Julien Doré : chronique de l’album Aimée

Julien Doré : chronique de l'album Aimée

Julien Doré publie aujourd’hui son nouvel album, au doux prénom de sa grand-mère « aimée ».

C’est toujours un (épi)phénomène lorsque Julien Doré publie un nouvel album. Le doux « aimée » est son cinquième. Que de chemin parcouru depuis « Ersatz », il y a douze ans déjà. Julien Doré a réussi à imposer son style unique dans un paysage radiophonique ultra formaté. La singularité, ça paie. Il n’y en a pas deux comme lui, aucun n’arrivant à l’imiter correctement, et lui ne cherchant à ressembler à aucun autre. Il trace son chemin à sa façon, en faisant gentiment la nique aux diktats de l’industrie musicale. Doré est bienveillant. Il est joueur et espiègle. Il est marrant, et pourtant son discours est tout sauf superficiel. Il est un poil déjanté (son génie capillaire en dit long à ce sujet). Carrément hors du cadre et hors du temps, et pourtant tellement ancré dans le sien…

L’artiste a compris mieux que quiconque quelle était l’essence de la culture pop. Des mélodies efficaces qui trottent dans la tête, des rythmiques qui vous mettent le diable au corps, ce qu’il faut de légèreté pour passer en radio et ne pas faire peur, et une esthétique musicale dans l’air du temps (ici parfaitement stylisée avec la complicité de Tristan Salvati qui cosigne les arrangements et Antoine Gaillet au mix). Mais loin des rengaines électropop vite faites mal faites et des textes faciles, il inscrit son « aimée » dans une réflexion plus profonde qu’il n’y paraît sur notre société.

Si ses précédents albums évoquaient essentiellement le sentiment amoureux, « aimée » s’ouvre au monde. Son propos est éloquent. L’urgence climatique et la société en manque de repères dans laquelle nous vivons actuellement sont au cœur des onze titres qui le composent. Après l’avoir prise  (tout comme le temps de la réflexion), les deux premiers extraits (« La fièvre » et « Barracuda ») donnent la température. Sous leurs airs de pop songs légères, les chansons d’« aimée » en disent long sur « Nous ». Avec une pointe de consternation, l’artiste évoque les lendemains avec Clara Luciani, les âmes errantes au large de l’île de « Lampedusa » et un peu plus loin notre besoin d’artifices avec Caballero et JeanJass. Il partage un gros « Waf » d’amour avec les merveilleux Simone et Jean-Marc.

Du prénom de sa grand-mère engagée dans la défense des droits des veuves de mineurs, et de celui de sa mère, engagée, elle, pour la protection des femmes battues, « aimée » porte particulièrement bien son nom. Bercée d’un amour infini, « aimée » est belle, rebelle et désenchantée. Julien Doré a compris que la chanson pop se sublimait avec un petit supplément d’âme et un emballage rose bonbon. Merci m’sieur.

Author: Luc Dehon