Rencontre avec Chimène Badi

Chimène Badi © Boby Allin

Chimène Badi publie vendredi un double Best of et repart en tournée. L’artiste se produira notamment le 11 octobre sur la scène du Casino de Paris, pour deux représentations successives  (afin de respecter les mesures sanitaires). Nous l’avons contactée pour qu’elle nous explique comment elle appréhendait son métier dans ces conditions totalement inédites et comment, d’une certaine manière, elle réinventait son métier. L’occasion sera belle également pour se remémorer quelques moments importants de son parcours, et notamment sa rencontre avec Johnny. Rencontre fleuve avec une artiste qui a su rester la même et qui avoue ressentir de plus en plus le besoin de se reconnecter avec la nature.

Avant de parler de vos concerts au Casino de Paris, de la tournée qui se profile et de la sortie de votre Best of, j’aimerais vous demander comment vous allez et comment vous vivez cette période un peu particulière ?

Chimène Badi, Best of
Chimène Badi, Best of

J’essaye, et je dis bien j’essaye, de regarder du bon côté, pas du mauvais. J’essaye de balayer le négatif et me focaliser sur du positif. Ce qui a été difficile, bien évidemment, c’est l’annulation des concerts et ce qui l’est aujourd’hui, c’est le manque de visibilité qu’on peut avoir sur l’avenir. Mais on commence à trouver des solutions, comme le concert au Casino de Paris que je jouerai en deux temps, par exemple. Ça fait du bien de pouvoir se re-projeter, même si c’est un moment très difficile que nous vivons dans le spectacle aujourd’hui. C’est lourd. C’est pesant. Et c’est effrayant. Et puis, cette crise sanitaire est effrayante en elle-même. Elle m’effraye plus pour les gens que j’aime, mes proches… Je ne dis pas que personnellement je suis complètement effrayée et que je vis dans la peur, non. Je fais attention, je suis les consignes, je porte le masque, je me lave les mains plus que de coutume… Je fais de mon mieux en tout cas pour me préserver, et surtout préserver les gens que j’aime. Et dans le même temps, j’essaye aussi de me focaliser sur d’autres choses, parce que si on ne regarde que le négatif, ça va être très compliqué. Je fais partie de ces personnes qui essayent de continuer à relativiser et à garder espoir. Là, je me projette dans de futurs projets pour ma carrière, mais je profite aussi de mes proches, de mes amis, puisque le rythme, même si nous avons repris la promo et la scène, est tout de même ralenti. Cet été, par exemple, puisque je ne pouvais pas faire grand-chose, j’ai pris le temps d’écouter le chant des oiseaux, chose que je n’avais plus faite depuis un moment. Ça peut paraître stupide, mais qu’est-ce que c’est beau ! J’ai pris le temps de m’occuper de mon jardin et regarder le monde autour de moi. J’ai levé le pied, comme tout le monde, sans en avoir le choix, alors j’ai essayé d’utiliser ce temps dégagé à bon escient. Après, effectivement, l’ambiance est pesante, on ne sait pas trop sur quel pied danser. Tout n’est pas très clair, voire pas clair du tout. C’est très compliqué. J’essaye de laisser les choses venir, attendre et garder une certaine sagesse… même si certains jours, on a envie de hurler. (sourire)

Vous venez de reprendre vos concerts, appréhendiez-vous le fait de chanter devant un public masqué et distancié ? Et après coup, comment ça s’est passé ?

Je ne vous cache pas que j’appréhendais ce moment. Je me jetais dans l’inconnu, n’ayant jamais vécu cette situation. Je ne savais pas ce à quoi j’allais devoir faire face. J’avais l’appréhension de me retrouver face à une espèce de mur, forcément. Ne pas voir le visage des gens devant qui vous chantez, quelle barrière ! C’est terrible ! Et c’est fou d’en être arrivés là… Et dans le même temps, j’espérais que la joie de nos retrouvailles allait prendre le dessus, pour le public et pour moi. Et c’est ce qui s’est – évidemment – passé. (sourire) Même masqué, j’ai ressenti le plaisir du public à être là. Sortir, aller voir un spectacle, s’amuser, prendre un peu d’oxygène, chanter, partager… ça fait du bien. Bien entendu, ça reste des conditions très particulières, je ne vous le cache pas. Mais j’essaye de voir le côté positif de ces « nouvelles dispositions ». Et au final, même si j’avais une petite crainte, ce premier concert a été bien plus agréable que je ne le pensais. Ce n’était pas comme d’habitude. C’était différent, mais c’était super. J’ai été hyper émue de remonter sur scène, l’émotion était très forte… Voir que le public était au rendez-vous m’a remplie de bonheur. Le partage était différent de celui d’avant, mais tout aussi intense, voire plus. Et puis, je vais vous dire ce que je ressens… il faut que nous profitions de ces moments qui restent rares, parce que nous ne savons tout de même pas si nous pourrons continuer longtemps. C’est ça le truc, quand je monte sur scène aujourd’hui, je me dis que ce pourrait être la dernière fois. Tout peut changer d’un jour à l’autre. Je suis très consciente de ça et je vis chaque concert comme s’il pouvait être le dernier pour un moment. On est tellement dans l’incertitude la plus totale…

Chimène Badi, Casino de Paris 2020
Chimène Badi, Casino de Paris 2020

Quand je monte sur scène aujourd’hui, je me dis que ce pourrait être la dernière fois…

Chimène Badi

Vous jouerez votre concert au Casino de Paris le 11 octobre en deux séances, une à 17h, l’autre à 21h. Là encore, c’est une expérience totalement inédite. Ça va être une énergie très particulière…

D’un côté, je me dis que j’ai du bol parce que je vais jouer deux fois au Casino au lieu d’une ! (rires) Mais d’un autre, je sais que cette histoire, ça va être physique. Très physique. Ça va me demander beaucoup d’énergie, mais je sais aussi d’expérience qu’il y a cette magie qui fait que quand on est un peu en détresse, qu’on est fatigué, qu’on vient d’apprendre une mauvaise nouvelle… et bien ce sont souvent les meilleurs spectacles. Les plus beaux spectacles que j’ai pu faire, je n’étais pas dans les conditions optimales, physiques ou psychologiques. Donc, finalement, ces deux Casino de Paris… je les sens bien ! Très bien même ! (sourire) Oui, ça va me demander un effort physique, mais j’aime relever des défis, et là, c’en est un de taille. Vous savez, et je pense l’avoir beaucoup montré, je suis de ces nanas qui aiment relever des défis et qui se disent qu’il faut assurer, coûte que coûte, au bon moment. Donc, quand on m’a proposé cette solution, je l’ai tout de suite acceptée. Je me sens capable d’honorer chacun de ces deux spectacles comme s’il était le premier et l’unique de la journée. Après, il ne faut pas non plus trop se poser de questions. Très souvent, lorsque je fais mes balances, je répète la quasi-totalité des titres. Là, il va suffire de me détendre et de ne pas trop me prendre la tête. C’est le public qui va me porter et me donner la force d’aller au bout des deux concerts. Le public est très conscient du défi que je relève, je le sais… mais ça va être très cool ! Ça va être fort, ce Casino de Paris ! Comme vous le souligniez, ça va être là encore un moment inédit dans ma carrière. La vie s’écrit, de belle ou moins belle façon, mais il faut gérer les choses tant bien que mal et garder l’espoir. Quand des solutions se proposent à vous, il faut foncer. Quand on m’a proposé de jouer en deux temps, jamais je n’aurais pu refuser, ça m’aurait bouffé. Je vais peut-être en baver un peu à la fin du deuxième… mais j’ai quelques ressources ! J’ai pris pas mal de cours de chant, il va être temps de mettre en pratique tout ce que j’ai pu apprendre pour aller au bout de ces deux spectacles. (sourire)

La vie s’écrit, de belle ou moins belle façon, mais il faut gérer les choses tant bien que mal et garder l’espoir.

Chimène Badi

Il y a dix-huit ans déjà, vous montiez sur la scène du Casino de Paris, c’était votre première scène… Et vous y revoilà aujourd’hui. Quel souvenir gardez-vous de ce premier concert ?

C’était mon plus grand souhait, revenir au Casino. Je garde un merveilleux souvenir de ce premier concert. J’étais une jeune femme qui avait un premier album, qui avait bossé en studio avec des musiciens… et qui est arrivée sur scène un peu « comme ça ». On ne m’a pas appris la scène, comment en prendre possession. J’ai appris sur le tas, sans vraiment m’en rendre compte. Je suis rentrée sur la scène du Casino comme je serais rentrée sur un ring de boxe (sourire), quelque part, avec ma fougue et ma jeunesse, voulant prouver que j’avais ma place en tant que chanteuse. Je ne maîtrisais pas le truc. Je ne savais pas ce que ça pouvait engendrer. Je ne savais pas qu’il y aurait des critiques le lendemain dans les journaux, bonnes ou mauvais d’ailleurs, peu importe. Je savais à peine ce qu’étaient les médias. Je n’étais pas préparée à tout ça. Je suis entrée là-dedans comme une balle, j’ai tout donné et j’en garde un souvenir superbe. C’est dans cet état-là, brut de décoffrage, que j’ai fait mon premier Casino de Paris. C’était un moment particulier de ma vie. Un très joli moment. Et puis, je ne voulais décevoir personne. J’étais tellement dans l’affect avec toutes les équipes avec lesquelles je travaillais à l’époque… J’évoluais dans un monde de Bisounours… qui n’en était pas un, je l’ai appris très vite ! (éclats de rires)

Dix-huit ans plus tard, vous publiez votre premier Best-of. D’où est venue cette idée ? De la scène où vous chantez vos plus grands succès ?

Exactement. Vous avez mis le doigt dessus, vous avez tout pigé, c’est super ! (éclats de rire) C’est en préparant mon spectacle avec ma prod que je me suis dit que j’avais envie de rechanter des chansons de mes débuts qui me manquaient. Et je me suis mise à la place du public qui me suis depuis mes débuts : eux aussi devaient avoir envie que je rechante différents titres… Quand je conçois un spectacle, je réfléchis énormément par rapport au public, je tiens à lui faire plaisir parce que c’est grâce à lui si je suis là encore aujourd’hui. On a tissé un lien tellement particulier au fil des années !… Je suis parfaitement consciente du fait que c’est le public qui m’a faite et personne d’autre. Du coup, comme on avance main dans la main, je voulais leur rechanter ces anciennes chansons. Je suis donc replongée dans mes premiers albums, et l’idée de publier un Best of m’a paru légitime. Depuis le début, j’ai chanté beaucoup de chanson très « adultes », j’ai donc eu besoin d’imagination pour les chanter à l’époque. Depuis, j’ai vécu et je les chante différemment aujourd’hui. Quand j’ai entendu la réaction du public sur « Si j’avais su t’aimer », « Je vais te chercher », « Le jour d’après »… des « Ahhh », des « Ohhh »… je me suis dit que ce serait sympa de les rééditer sur un disque. Du moment où j’ai compris que ça leur faisait plaisir, l’idée était sur les rails. Ce sont des chansons qui rappellent une époque, un moment, une émotion. Ce sont des « chansons repère » comme j’aime les appeler. Du coup, j’ai fait le choix de mettre sur ce disque quarante-trois chansons qui ont toutes une importance particulière et une histoire. Toutes, mises l’une à côté de l’autre, racontent une histoire de dix-huit ans, cet échange entre le public et moi.

Vous avez choisi de faire figurer les chansons dans un ordre chronologique, de « Entre nous », la toute première, à « Je veille », une des dernières. Et je me suis fait la réflexion que plus le temps passait, plus vous vous dévoiliez et alliez vers un répertoire plus intime. Êtes-vous d’accord avec moi ?

C’est pas faux… (sourire) Je pense que c’est surtout un choix de titres que j’ai fait à partir du moment où j’ai pris possession des choses. Au début, tout est allé très vite. On me donnait des chansons, je les chantais, et voilà. Petit à petit, je me suis imposée et j’ai voulu aussi dire des choses. J’ai ressenti le besoin de parler de ce que j’avais dans les tripes, ce que je ressentais dans mon cœur. Donc, oui, de ce point de vue, ayant choisi de plus en plus les chansons que j’allais chanter au fil des années, je me suis certainement plus dévoilée. Maintenant, quand je me raconte et que je raconte des histoires sur mes albums, je ne parle pas que de moi, mais aussi des personnes qui se retrouvent dans ce que je chante. J’ai des soucis et des joies dans ma vie, comme tout un chacun. J’ai des doutes aussi. J’ai des similitudes de vie avec tout un tas de gens qui me suivent, ça fait partie du partage. Et tout ceci m’a amenée à faire des choix de chansons de plus en plus précis.

C’est la première fois qu’est édité en CD votre duo avec Johnny « Je te promets » au Parc des Princes en 2003. Quels souvenirs gardez-vous de ce moment face à ce « montre », ai-je envie de dire ?

Un « monstre » dans le bon sens du terme, oui. En plus, il était tellement grand et moi toute petite face à lui (sourire)… Comment vous dire ? C’était dingue. Complètement fou. J’en ai faits des duos dans ma carrière. Plein !… Avec de très grands artistes que je respecte et pour qui j’ai une affection infinie… Mais la rencontre humaine et artistique avec Johnny, elle est… comment vous dire ?… Il est unique Johnny. Il est à part. Il est inégalable. Quand il a ouvert la bouche et qu’il a commencé à chanter, je me suis demandé ce qu’il se passait, tant c’était impressionnant. Il était debout, droit, j’allais dire presque tranquille, là, devant moi. Elle était incroyable sa voix, quel grain ! Quelle caisse de résonnance. Et cette présence ! Et sa générosité… C’était un homme tellement gentil. C’est avec une très grande émotion que j’ai revu ces images. Des gentils, dans ce milieu, je n’en ai pas rencontrés beaucoup. Johnny était l’un d’eux. C’était un grand cœur, un grand artiste, une grande voix, une grande authenticité. Il était lui. Point barre. J’aurai toujours pour lui une grande admiration, d’ailleurs je le chante sur scène parce que j’aime chanter les artistes qui m’ont donné envie de faire ce métier, ceux qui m’ont fait rêver ou ceux avec qui j’ai partagé la scène. Johnny, il est tout ça à la fois. Il fait partie des artistes qui m’ont fait grandir artistiquement. En France, on est riche de grand artistes, comme Piaf, Berger, Brel, Balavoine… Et ça me manque beaucoup des artistes qui vous filent le frisson avec leur chanson. La dernière fois, c’était Alain Souchon. Son dernier album était juste sublime. Que ça fait du bien d’entendre une belle mélodie et un beau texte. Une belle chanson à l’état pur, sans artifice, sans attirail qui pousse à être dans la tendance, c’est rare et c’est tellement beau.

De toutes les chansons que vous avez enregistrées, qui figurent ou non sur ce Best of, d’ailleurs, y en a-t-il une pour laquelle vous avez une petite tendresse particulière ?

Il y en a plein pour lesquelles j’ai beaucoup de tendresse… mais il y en a une que j’aime beaucoup, mais vraiment beaucoup, c’est « Je sais ». C’est une chanson qui se trouvait sur mon deuxième album. C’est Rick Allison et Zoé Gilbert qui l’avaient écrite. C’est une chanson qui me touche énormément et une chanson que j’ai toujours aimé écouter. Je l’ai chantée sur scène à une époque… Elle est tellement douce. Quand on parle de tendresse, je pense à elle. J’aime aussi beaucoup une chanson qui s’appelle « Tu me manques déjà ». C’est une chanson qui me fait du bien. Elle a un côté nostalgique que j’aime bien. Ce sont des chansons un peu moins connues, mais bon…

Avec « Là-haut », vous avez souhaité représenter la France à l’Eurovision. Racontez-moi cette histoire… C’était un vieux fantasme de participer à l’Eurovision ? C’était un challenge ?

Un vieux fantasme ? Non, pas vraiment (éclats de rires) C’est vraiment un concours de circonstances qui a fait que. Au départ, on m’avait contactée et très sincèrement, je n’en étais pas plus convaincue que ça. On m’a mis en relation avec une personne qui était chargée de trouver un représentant pour la France. On a discuté pas mal, et elle m’a bien vendu le truc (sourire). À l’issue de notre conversation, je lui ai dit très franchement que j’allais aller en studio enregistrer des chansons et que si j’avais un titre qui tenait la route, je la recontacterai. Si je n’avais pas eu un titre adéquat pour ce concours, il était clair que je ne me présenterais pas. On a beaucoup bossé avec Alain Corson et un jour, juste avant que je ne quitte le studio, il m’a dit qu’il voulait me faire écouter un titre. Il m’a fait écouter « Là-haut » et j’ai été séduite immédiatement. Clairement, j’ai su tout de suite à la première écoute que cette chanson avait le potentiel pour aller à l’Eurovision. J’avais la chanson qui me permettait d’avoir envie de relever le défi, et l’aventure a démarré comme ça. Comme je suis quelqu’un qui aime bien devoir assurer au bon moment, c’était finalement le genre d’aventure, ou de challenge comme vous le disiez, qui me correspondait bien. Relever un défi, quand j’ai les cartes dans les mains, ça me plait ! Au final, ça a été une aventure assez dingue et assez folle. Au bout de dix-sept ans de carrière, c’est toujours un peu hasardeux de se mettre en danger comme ça. Et en même temps, j’ai toujours trouvé que c’était cool de ne pas se prendre au sérieux, et de faire une espèce de remise à niveau de temps en temps. Là, je me retrouvais avec des artistes avec des parcours différents, des artistes de styles différents, de générations différentes… et finalement, ça m’a ravivé de fortes émotions et ça a rallumé un truc, ça m’a donné envie de repartir sur les routes, de refaire un nouvel album… ça a été un moteur formidable. Ça ne fait pas de mal de se remettre en question de temps en temps. Il y a eu un élan du public qui a voté pour moi, et ça m’a fait plaisir vous ne pouvez pas vous imaginer comment ! Le public m’a emmenée en finale, et je crois, avec le recul aujourd’hui, que j’avais besoin de cette « réponse » du public quelque part. Y aller, ç’aurait été la cerise sur le gâteau, mais le gâteau était déjà très beau ! (sourire)

C’était une putain de chanson, excusez mon langage.

Je suis d’accord avec vous, c’était une putain de chanson ! (rires) C’était une très belle chanson, très forte, avec une belle progression. C’est une chanson qui donne de l’espoir. En tout cas, moi, elle m’en a donné et c’est pour cette raison que j’ai eu envie de la chanter. Elle m’a fait beaucoup de bien à un moment de ma vie où j’avais besoin de ce genre de texte. Et sa construction, en termes d’arrangements et de structure, était béton. C’est un super titre.

Je suis parfaitement consciente du fait que c’est le public qui m’a faite et personne d’autre.

Chimène Badi

Nous avons un peu regardé dans le rétro au cours de cette interview, et c’est un peu le jeu quand on publie un Best of, quel regard jetez-vous sur ces dix-huit années qui viennent de s’écouler ?

C’est fou. Et plus j’en parle en faisant la promo de ce Best of, plus je me rends compte de ce que j’ai fait en dix-huit ans. C’est génial. Ce qui est le plus gratifiant, au-delà de tout ce que j’ai pu faire artistiquement et des magnifiques rencontres que j’ai faites, c’est que ce métier m’a fait grandir. J’ai appris tellement de choses… J’en ai bavé. Un peu, et même beaucoup. Mais pas que. Il y a eu tellement de jolis moments. Des moments intenses. Des moments fous. Des moments dingues. Des moments auxquels je n’aurais même jamais pu rêver quand j’étais plus jeune. Je porte un joli regard sur mon parcours en fin de compte. Je n’ai ni remords ni regrets. On voudrait toujours parfois refaire mieux certaines choses, c’est certain. Mais faut-il seulement pouvoir le savoir et le faire à cette époque ! Mon parcours est tel qu’il est, avec des hauts, avec des bas, mais il me ressemble. Ce dont je suis la plus fière, c’est d’être restée la même. Ce métier ne m’a pas changée, et c’est une grande fierté pour moi. Je ne me suis pas laissé bouffer par tout ce qu’engendre la célébrité. J’aime chanter et je continuerai toujours à chanter, que ce soit pour le public ou pour moi-même. C’est ma vie. Tout ce qu’engendre la célébrité, j’en suis très détachée. Ce n’est pas ce qui m’anime. Je porte un regard bienveillant sur tout ça et je me dis que je viens d’écrire un premier bouquin. Et là, j’ai l’impression d’en recommencer un nouveau.

Chimène Badi © S Bouteiller
Chimène Badi © S Bouteiller

Dans deux ans, vous fêterez vos quarante ans et vos vingt ans de carrière. Vous aurez donc été chanteuse professionnelle la moitié de votre vie… Vous y pensez ?

Oui et non… Je ne vais pas vous mentir, je n’y pense pas plus que ça. Je sais qu’aujourd’hui, ça fait dix-huit ans et dans deux ans, ça fera vingt ans, j’en suis parfaitement consciente. Et c’est chouette de durer dans ce métier qui est très difficile et qui a beaucoup perdu de sa magie.  D’avoir la chance d’avoir eu un public qui m’a accompagné tout ce temps, c’est formidable. Les vingt ans en tant que tels, je n’y pense pas vraiment. Je pense plutôt en termes de projets. Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? Qu’ai-je envie de raconter ? Qu’est-ce qui me met en colère aujourd’hui ? Envers quoi suis-je apaisée ? C’est ça qui m’anime, pas véritablement célébrer un anniversaire. Mais évidemment les médias m’en parlent, donc j’y pense. Forcément. Mais c’est encore loin. Je n’aime pas trop me pencher sur moi. Comme je le dis souvent dans mes chansons, j’ai peur que ça me rende triste. Alors, je préfère me pencher sur mes amis, ma famille… ça me fait du bien. C’est comme ça que je me sens le mieux. C’est là que j’ai l’impression de servir à quelque chose. J’espère en tout cas dans deux ans que tout ce que nous vivons sera un peu calmé et adouci. En tout cas, on fera une grosse fête, c’est certain !

Ma vie aujourd’hui est faite de chansons, de fous rires et de balades en forêt.

Chimène Badi

J’avais envie de terminer cette interview sur ce point. En dix-huit ans, finalement, vous êtes restée la même. Vous avez évolué, forcément, mais intrinsèquement, vous êtes restée vous-même.

Merci. Je l’espère en tout cas. Vous savez, ma famille n’aurait pas supporté que je pète un câble. Ils m’auraient remise au diapason très, mais très, rapidement ! Si mes parents n’avaient pas reconnu leur fille un jour, ils me l’auraient très vite fait comprendre. Vous savez, j’ai un parcours atypique… J’ai vu mes parents galérer pour nous offrir le meilleur. Ce n’était pas simple, pour plein de raisons. On ne peut pas zapper des moments comme ceux-là. Personnellement, ça m’a marquée et je n’ai jamais oublié d’où je viens. Bien sûr qu’à un moment on est jeune, on est encensée par tout le monde… c’est tentant de se la jouer. C’est tentant. Mais il faut très vitre redescendre et se rendre compte que la vie, ce n’est pas ça. Il était essentiel que je reste la même. Mais je n’ai pas dû me forcer, c’est dans ma nature. Autant j’aime par-dessus tout mon métier parce que j’aime profondément chanter, autant la célébrité ne m’intéresse pas du tout. Là, je vis dans le Sud-Ouest entourée de mes amis et de ma famille. Ma vie aujourd’hui est faite de chansons, de fous rires et de balades en forêt. Je profite de plus en plus de la nature. J’en ai besoin, ça me fait du bien. Je m’occupe de mes plantes. Je dessine. Et… je chante. Il est là mon bonheur…

Propos recueillis par Luc Dehon le 29 septembre 2020.
Photos : S. Bouteiller, Boby Allin

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Author: Luc Dehon