Rencontre avec Desmond Myers

Desmond Myers - DR

Il a été chanteur au Lido et a déjà publié plusieurs singles et EPs. Après la récente parution de deux titres à l’esthétique Soul/ Électro /R’n’b  (« Playing with fire » et « Chinatown »), Desmond Myers planche actuellement sur la création de son nouvel album. Aujourd’hui basé à Atlanta, nous l’avons contacté afin d’en savoir un peu plus sur ses projets…

Tu es donc né en Caroline du Nord, mais viens-tu d’une famille de musiciens  ou du moins dans laquelle on écoutait beaucoup de musique ?

Je ne viens pas d’une famille de musiciens, mais mon père aimait beaucoup la musique. Il m’en faisait beaucoup écouter. Tu sais, je suis né dans une ferme et je me souviens qu’il en écoutait toute la journée. C’était du domaine du sacré pour lui ! C’était son plaisir. Il m’a fait écouter du rock des années 60/70 du genre Led Zeppelin, Frank Zappa, Black Sabbath… Et du blues et de la guitare. Stevie Ray Vaughan, Jimi Hendricks… C’est tout cette « guitar music » que j’ai écoutée lorsque j’étais enfant.

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Quelle est ta première approche de la musique ?

Comme la « Guitar music » était très importante aux yeux de mon père… j’ai partagé sa fascination ! Au Noël de mes onze ans, il m’a offert une guitare, style Stratocaster, la même que Jimi Hendricks. J’ai donc appris toutes les chansons de Jimi Hendricks par cœur. J’ai monté un petit groupe, nous faisions des reprises. Tout a commencé par la guitare avant le chant.

Vous vous produisez sur scène avec ce petit groupe ?

Je viens d’une très petite vielle en Caroline du Nord, pas très loin de Charlotte, qui n’est pas véritablement une très grosse ville non plus, mais quand même ! Et nous nous produisions donc à Charlotte. Ça m’a permis de rencontrer tout un tas de musiciens professionnels. Quand j’ai eu quatorze ans, j’ai commencé à jouer plus régulièrement. Je menais une vie de musicien quand j’étais teenager. J’ai rencontré un producteur allemand. Il était en train de monter un label. Il a écouté les chansons que j’avais écrites et m’a proposé de publier un album. Du coup, j’étais sur le point de finir le lycée à cette époque… et au lieu d’aller à l’Université, je suis parti en Europe. En Allemagne plus précisément. C’est à cette époque que je me suis professionnalisé, en fait.

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Comment ça se passe quand tu arrives en Europe ? Tu arrives en Allemagne, d’abord.

Oui. C’était très difficile, j’avais tout juste 18 ans et je n’étais pas du tout préparé à ça… Avant je vivais chez mes parents… Là, je me suis retrouvé tout seul en Europe, tout près de Munich et je ne savais même pas ce que ça voulait dire de payer son loyer… (sourire) J’ai dû trouver une façon de gagner de l’argent autre qu’avec ma musique, parce que ça ne suffisait pas, même si j’ai fait pas mal de concerts et de premières parties. Quand j’y repense aujourd’hui, j’étais fort jeune, je n’avais pas encore assez vécu pour écrire des chansons vraiment intéressantes. Donc, voilà, j’ai sorti cet album mais il n’a pas eu beaucoup de succès… (sourire) Pendant quelques années, j’ai donc continué ma vie en écrivant des chansons. Jusqu’au jour où j’ai été amené à jouer sur Paris. J’ai tout de suite adoré cette ville, il y a eu une véritable connexion. J’ai rencontré quelques musiciens, et nous avons noué une relation très intense rapidement. J’ai donc décidé de m’installer à Paris.

Et là, tu es embauché pour chanter au Lido…

Oui ! C’est un hasard total cette histoire ! Quand je me suis installé à Paris, j’ai beaucoup fait de scènes ouvertes dans des bars. Un soir, j’ai rencontré une personne qui s’occupait des castings de « The Voice ». Elle voulait que je passe les auditions, mais ce n’était pas le chemin que j’envisageais pour ma musique… Elle m’a aussi parlé d’une autre personne qui organisait des castings pour le Lido. Et j’y suis allé… Et j’ai été engagé.

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C’est pas banal de chanter au Lido ! Qu’en retiens-tu ?

C’était vraiment très cool. Honnêtement, je ne connaissais pas bien le Lido auparavant… Je me revois encore arriver tous les soirs sur les Champs-Elysées avec ma guitare sur le dos, puis enfiler mon costume… C’était assez improbable et féérique d’une certaine manière. Le spectacle en lui-même me plaisait énormément. Que ce soient les danseuses, les animateurs… j’ai rencontré là des artistes incroyables. Le show était très long, donc en tant que vocaliste, c’était très intense. Nous devions adapter nos voix à des tonalités qui n’étaient pas forcément les nôtres, et tout ça m’a fait grandir dans mon métier. Avant, finalement, j’étais plutôt un guitariste, après cette expérience au Lido, j’ai appris ce que c’était être un chanteur.

Je me revois encore arriver tous les soirs sur les Champs-Elysées avec ma guitare sur le dos, puis enfiler mon costume…

Desmond Myers

À cette époque, tu écris des chansons ?

Oui, beaucoup. C’était une époque bénie à ce propos ! C’était un spectacle du soir qui était bien payé, donc j’avais le loisir d’écrire des chansons pendant la journée. Ce n’était pas comme avant où je devais donner des cours pour pouvoir payer mon loyer… J’ai donc écrit et enregistré pas mal de chansons à cette époque. J’ai passé un cap dans ma musique. C’est grâce au temps que le Lido m’a permis de dégager pour la création que j’ai trouvé mon son et mon style.

Tu as collaboré à cette époque avec le groupe Her également.

J’ai rencontré Victor Solf vers 2014/2015. Le groupe Her n’existait pas encore et il m’avait demandé un peu d’aide pour les textes, d’abord. Et j’ai continué à travailler avec eux par la suite. Ensuite, Simon est décédé et ils m’ont demandé de rejoindre le groupe. J’ai donc tourné avec eux un moment.

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Et puis tu retournes aux États-Unis.

Oui, à Atlanta où je vis aujourd’hui. À vrai dire, à Paris, j’ai aussi rencontré ma femme, qui est américaine également, et nous avons décidé de revenir nous installer aux États-Unis. Jusqu’à cette crise du Covid, tout allait bien, je revenais régulièrement bosser en France. Mais aujourd’hui, tout est devenu virtuel, mon équipe étant basée en France et moi à Atlanta. Cet album sera donc fait à distance… il faut faire avec ! (rires)

Parle-moi un peu de l’équipe que tu as réunie autour de toi. Il y a notamment Mathieu Gramoli.

Mathieu était le batteur de Her. Nous nous sommes rencontrés sur la tournée. Dès la première date, nous avons partagé la même chambre. Il est franco-américain et nous avons très rapidement sympathisé tous les deux. Nous avons beaucoup de choses en commun, et en plus, j’adore la manière dont il joue de la batterie. C’est tout à fait le genre de son que je recherchais pour mon projet solo. Après, je suis reparti aux États-Unis, et je pensais que nous allions nous quitter comme ça… mais non, en 2018, Mathieu est venu me rendre visite et nous avons fait des sessions ensemble. C’était incroyable. On a joué une date à Los Angeles et nous nous sommes dit que nous devions continuer à bosser ensemble. Faire de la musique avec quelqu’un avec qui on est complice, c’est précieux… et confortable.

Tu travailles également avec Louis Marin Renaud et Pierre Elgrishi.

J’avais rencontré Louis dans des écoles de musique où nous donnions des cours. C’est un fou de son, il a l’oreille absolue. Il a un studio à Bordeaux où il mixe tous mes titres. Pierre, lui, c’est le nouveau musicien tendance sur Paris. Il est surbooké, tout le monde veux jouer avec lui. Et je suis très fier et très content qu’il prenne le temps de bosser sur mon projet…

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Tu m’en as touché un mot tout à l’heure, mais comment bossez-vous aujourd’hui sur tes chansons ? Eux à Paris, et toi à Atlanta.

Tous nos plans ont été chamboulés depuis le mois de mars. Nous avons fait une date à Paris au mois de mars justement. C’était censé être le début de l’aventure live de mon projet… (sourire) On avait travaillé pendant un an en studio, et nous avions programmé de publier progressivement quelques titres et surtout aller les chanter sur scène en 2020. Sauf que… le coronavirus est passé par là. À minuit ce soir-là, Trump annonçait qu’il fermait les frontières américaines. Du coup, je suis reparti à Atlanta. Nous avions deux tournées planifiées en été, une en Europe, l’autre en Amérique. Tout a été annulé. Et nous avions en même temps un album à terminer… Donc, j’ai investi dans mon home studio à Atlanta et nous bricolons les chansons avec Mathieu, Louis et Pierre à distance, au-dessus de l’Atlantique ! Nous nous envoyons des fichiers par What’s App. On rigole beaucoup parce que finalement, cet album se sera fait à distance quasi intégralement.

Comment as-tu vécu l’annulation des deux tournées ?

Assez bien, finalement. Annuler deux tournées, ce n’est pas cool, c’est certain. Mais je sais que nous allons rejouer un jour prochain. À côté, il y a tellement de gens qui ont perdu des proches ou leur job que je relativise. Moi, j’ai la chance de pouvoir donner des cours virtuellement, et ça se passe très bien. Et puis, je viens d’avoir mon premier enfant et j’ai eu le temps de pouvoir m’en occuper. Donc, très personnellement, cette crise, je la vis plutôt bien (sourire). Je fais partie des chanceux…

Dans quelles circonstances as-tu écrit « Playing with fire » ?

C’est une chanson que j’ai écrite en 2019 qui parle de la tentation, que ce soit au sein d’une relation amoureuse ou autre… Quand on écrit une chanson de R’n’B à propos de la tentation, la figure féminine est toujours très présente. À cette époque, on était en pleine vague du mouvement #metoo et ça a beaucoup influencé ma façon d’appréhender ce texte. Je me suis aperçu que l’attraction qu’on a pour une personne peut s’apparenter à de la folie mentale. Du coup, ça donné un côté sombre à ce titre.

Ensuite, tu as publié « Chinatown ». Tu as vécu à Belleville…

C’est une chanson qui existe sous différentes formes depuis très longtemps. J’ai commencé à l’écrire quand je vivais à Belleville justement. Que l’on soit à Paris ou à Los Angeles… Chinatown, c’est une ambiance particulière. Ce sont les panneaux lumineux que je trouve très beaux la nuit… C’est très inspirant. J’aimais beaucoup le refrain de la chanson, mais il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas, l’instru ne matchait pas avec la mélodie. Ça me frustrait un peu. Matthieu m’a proposé un nouveau son de batterie qui a complètement débloqué ce titre et m’a permis de le terminer. « Chinatown » marque le début de notre collaboration avec Mathieu. C’est symbolique.

Paris a laissé une empreinte indélébile sur ma création artistique.

Desmond Myers

Belleville, et plus généralement Paris et l’Europe, ça te manque ?

Oui. Ma femme et moi avons vécu nos meilleures années de jeunesse là-bas… donc, il y a beaucoup de nostalgie quand je repense à Paris et Belleville. Mais au-delà de ça, je reste extrêmement  impressionné par la scène artistique parisienne. Que ce soit la musique, mais aussi la mode, la culture au sens large… Paris a laissé une empreinte indélébile sur ma création artistique. Et je m’en rends d’autant plus compte aujourd’hui que je vis aux États-Unis. Tu sais, je suis un mec du sud des États-Unis. Et ici, c’est le blues, le gospel ou la trap qui règnent. J’adore tout ça et j’en suis très fier, puisque ce sont mes racines. Mais Paris m’a ouvert sur tant d’autres choses ! Que ce soit dans la façon d’aborder la création, dans l’utilisation des instruments… Avant d’arriver sur Paris, je connaissais à peine Daft Punk. J’ai tout appris à Paris, ou presque, en termes de culture musicale. Je pense qu’il y aura toujours dans ma musique une nostalgie pour la France. Je me rends compte que vivre à Paris a fortement influencé ma façon d’aborder l’écriture de chansons. Au niveau du visuel aussi. Le niveau qu’on trouve en France pour aborder la conception d’un clip est assez dingue.

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La suite, tu l’envisages comment ? Tu bosses sur un album ?

Yes ! (rires) Depuis le début, nous travaillons dans l’optique d’un album. Mais l’idée était de publier d’abord plusieurs singles. Aujourd’hui, en tant qu’artiste émergent, c’est difficile de se pointer avec un album. C’est faire le choix de laisser certains titres sur le côté, et c’est dommage. C’est les tuer d’une certaine manière. Alors que publier plusieurs singles en amont, ça permet de mettre le focus sur eux. On prévoit de publier au moins quatre singles avant l’album, peut-être cinq. Dans l’idéal, on avait pensé publier cet album au printemps 2021, en espérant pouvoir le défendre sur scène… Là, on est dans l’incertitude. Donc, en attendant le printemps, nous allons continuer à publier des singles, accompagnés à chaque fois d’un clip.

Peux-tu déjà m’en dire un peu plus sur ces prochains singles ?

Le mot qui revient quand on évoque ces titres avec Mathieu c’est « confessionnel ». J’ai publié il y a quelques années « Brother and Father », qui parlait beaucoup de mon père. Je vivais à Paris à l’époque, et j’éprouvais beaucoup de nostalgie vis-à-vis de mon chez moi en Caroline du Nord… Mon père venait de décéder aussi. Et je me suis rendu compte que les titres que j’ai écrit par après évoquaient aussi mes racines. Je me considère comme franco-américain, même si je suis totalement américain. (rires) Au fil du temps, j’ai compris qu’il fallait que je laisse de côté ce questionnement à propos de mon identité pour aller vers quelque chose de plus universel et plus essentiel en fin de compte. Cette constatation est venue de plusieurs discussions que j’ai pu avoir avec des artistes que j’admire. Aller vers des sujets qui ne sont peut-être pas les plus beaux ni les plus joyeux, mais plus intimes et qui dévoilent quelque chose sur notre personnalité propre, c’est la façon la plus intéressante de se présenter sur un disque. Je pense à des artistes comme Freddie Mercury ou Prince. Ils avaient le talent de montrer leur essence dans leurs chansons. Et j’essaye humblement de tendre vers ça.

Desmond Myers, Playing with fire
Desmond Myers, Playing with fire

Concrètement, il en est où cet album ?

On vient de terminer le mastering du prochain single. Et ce week-end, j’ai enregistré des voix. Tous les titres sont écrits et sont au stade de démo. L’album est presque fini en fait. On retouche surtout au niveau des singles et on travaille beaucoup sur les clips.

Le prochain single, il arrive quand ?

Décembre/janvier. Je pense qu’avec les élections américaines, le mois de novembre était à éviter !!! (rires)

Un mot sur l’équipe avec laquelle tu travailles sur les clips.

Ce sont des français, également. Il n’y a que le chanteur qui est aux États-Unis finalement dans ce projet ! (éclats de rires) Trêve de plaisanterie, le projet est né en France, donc, c’est assez logique en fait. Là, comme je n’ai pas pu revenir à Paris, avec la Covid19, j’ai été obligé de sortir de ma bulle et travailler avec des artistes locaux. Il y a ici à Atlanta une scène artistique bouillonnante, et surtout au niveau de la vidéo, puisqu’on tourne énormément de films ici aujourd’hui. Donc, j’ai rencontré plein d’artistes de la scène locale, et notamment un réalisateur et un chorégraphe (c’est la première fois que je vais faire quelques pas de danse dans une vidéo !). On va donc tourner ce clip ici à Atlanta. J’en suis heureux parce que ça agrandit la famille autour de ce projet. Le but n’a jamais été d’être uniquement basé en France, j’ai toujours voulu réunir les deux scènes, américaine et française. Donc, là, nous avons été un peu forcés de le faire et j’en suis assez content.

Bien que tu sois totalement américain, une partie de ton cœur est en France. Va-t-on trouver un titre en français sur ton album ?

Avant même d’arriver en France, j’écoutais déjà du Françoise Hardy, du Gainsbourg ou du Benjamin Biolay. J’ai une réelle affinité pour la chanson française mais j’ai essayé… Et même avec Victor Solf, avec qui j’ai travaillé au début, nous avons essayé des titres en français… mais force est de constater que je suis trop limité en termes de sens poétique, et donc je préfère chanter en anglais. Alors pourquoi pas quelques mots en français ? Ça, c’est possible, mais un titre entier, je serais incapable de l’écrire correctement aujourd’hui.

Propos recueillis par Luc Dehon le 2 novembre 2020.
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Author: Luc Dehon