Interview Animal Triste – Rencontre avec Mathieu Pigné

Animal Triste

Animal Triste est une hydre à six têtes, formé par la réunion de six musiciens issus de différentes formations (La Maison Tellier, RadioSofa). Séduit par ce projet, dont les maîtres mots sont le plaisir, l’amitié et le partage de musique, nous avons contacté Mathieu Pigné, le batteur et fondateur de la formation (et par ailleurs batteur de Julien Doré, Marc Lavoine…) pour en savoir plus sur cet Animal Triste…

Animal Triste, album
Animal Triste, album

Animal Triste est né il y a deux ans, tu en étais à l’initiative.

Effectivement, nous étions trois à vrai dire. Il y avait Fabien, le guitariste avec qui je jouais il y a fort longtemps dans RadioSofa, et Yannick qui est le chanteur de La Maison Tellier. Nous sommes très amis depuis fort longtemps. Nous sommes des copains qui habitons dans le même quartier. Nous avons une relation très familiale. Et nous partageons les mêmes goûts musicaux. Nous buvions une bière dans une salle de concert un soir et nous nous sommes dit que ce serait chouette de jouer ensemble uniquement pour se faire plaisir. Ça fait complètement tarte ce que je te raconte, mais Animal Triste est vraiment parti de cette discussion. Plutôt que de gueuler parce qu’on n’est pas content de la musique qui est diffusée actuellement et qu’on n’y trouve pas le rock qu’on a envie d’écouter et plutôt que de devenir des vieux cons réacs et aigris – ce que de fait, notre éducation nous interdit ! (rires) – on s’est dit que nous allions faire la musique qu’on aimait ! Animal Triste est né de ça, juste l’envie de se faire plaisir pendant notre temps libre. On n’a rien projeté quant à l’avenir, et surtout pas sortir un disque. La seule chose qui nous animait était de nous faire plaisir.

On voulait vraiment faire de la musique triste. Il paraît que c’est elle qui met le mieux du baume à l’âme…

Vous enregistrez tout de même des maquettes…

Oui, mais juste quatre/cinq titres. Et là-dessus, notre ami Cédric, le bassiste, qui habite aussi dans le même quartier, nous a dit que c’était un peu con de rester à trois dans notre local, que ce serait cool de faire quelques répètes et pourquoi pas donner un concert… Du coup, comme des vieux, on s’est donné rendez-vous tous les lundis de huit heures à minuit. C’était l’occasion de nous voir, de jouer et de boire quelques bières. Yannick est venu se greffer. C’était la voix que nous voulions dans le groupe. En tant que fan des Doors, il avait ce superbe timbre qui se rapproche de Morrison ou de Nick Cave. Au fur et à mesure, un set a commencé à se mettre en place. Là-dessus sont arrivés Darko, avec qui je joue sur plein d’autres projets, et Seb de La Maison Tellier. Et… on a commencé à se dire que c’était finalement pas mal ce qu’on faisait ! (sourire) Du coup, on s’est dit qu’on allait se faire un petit plaisir et on a commencé à enregistrer nos morceaux. La suite… tu t’en doutes, on a fait écouter les enregistrements à différentes personnes, les retours étaient plutôt positifs, et beaucoup nous ont encouragés à les publier.

Quelles sont vos influences ?

Nous sommes tous les trois des gros fans des Doors, des Cure, de Joy Division, de Nick Cave… Et avec ce projet, on voulait vraiment faire de la musique triste. Il paraît que c’est elle qui met le mieux du baume à l’âme. Écouter Nick Cave, moi, ça ne me rend pas malheureux du tout, ça m’apaise ! (sourire)

Qui amène quoi dans le groupe ?

C’est très collégial. Au départ, c’est souvent Fabien, le guitariste, qui arrive avec des riffs et des idées. Puis j’essaye de les arranger un peu avec lui pour construire un début de chanson. Après, Yannick arrive et pose une voix. Et de là, on voit ce qui se passe… ou pas !

Mathieu Pigné, Animal Triste DR
Mathieu Pigné, Animal Triste DR

À deux ou trois, c’est déjà pas toujours facile, un groupe. À six, ça se passe comment ? L’amitié que vous avez les uns pour les autres doit aider, sur ce coup.

Effectivement. Animal Triste, c’est avant tout une histoire de potes qui veulent se faire plaisir. Il n’y a aucune idée marketing là-dessous. Le marketing, c’est ce qui tue la musique. Je connais des artistes qui réfléchissent au marketing avant même de penser aux chansons qu’ils vont publier. Nous, ce n’est pas notre démarche. On se connait tous depuis très longtemps et on s’aime très fort. Quand Darko, Seb ou Cédric décide de faire quelque chose, je ne regarde même pas. Je sais d’avance que ce qu’ils ont fait va me plaire puisque ce sont les musiciens avec qui je rêve de travailler depuis toujours. Ce sont les musiciens que je préfère au monde ! Tu vois, il règne une entente parfaite entre nous. On a une confiance aveugle les uns envers les autres. Ce sont mes amis, je ne pourrais même pas penser un seul instant qu’ils puissent avoir mauvais goût ! (rires) Animal Triste, c’est une histoire de potes, le business ne rentrera jamais en ligne de compte.

Le nom d’Animal Triste, il est arrivé comment ?

C’est presque devenu un gros mot aujourd’hui le « Rock », ça semble old school ! Et ça ne l’a jamais été, c’est juste une contre-culture qui est un peu moins mise en lumière aujourd’hui. C’est Yannick qui a ramené « Animal Triste » un jour en répète. On cherchait un nom et comme nous voulions revenir au rock, qui est nos racines… Le rock, il y a quelque chose d’animal dedans. Comme le rock n’est pas en très bonne santé aujourd’hui… « Animal triste » résumait bien notre état d’esprit.

En regardant le clip de « Wild at Heart », avec ces images extraites de « The Plague Dogs » [un film d’animation de Martin Rosen de 1982 qui dénonçait la vivisection, NDLR], je me suis dit qu’il y avait peut-être aussi une prise de conscience ou un message à voir dans ce nom de groupe.

Sincèrement non. Mais oui, de fait, parce que c’est quelque chose qui fait partie de notre quotidien. Mais le nom du groupe ne se veut pas être une prise de position. J’ai horreur des donneurs de leçons. C’est quelque chose qui ne me touche pas. Et donc, on n’a jamais voulu de ça avec le groupe. Mais effectivement, ce film, « The Plague Dogs », est un film qui m’a marqué quand j’étais gamin. Mais il n’y a pas de prise de position par rapport à la cause animale. Nous avons chacun nos prises de positions, mais elles restent individuelles et propres à chacun de nous six. Le nom du groupe n’a pas la prétention de pointer quelque chose du doigt.

Les premiers bons morceaux, ils arrivent rapidement ?

Ha Ha ! J’adore ta question (éclats de rire) Et quand j’y réfléchis, c’est intéressant cette question… Ils sont, de mon point de vue, arrivés très vite. Mais attention, c’est le batteur qui parle ! En tout cas, dès que Yannick, qui a une des voix que je préfère au monde, a posé sa voix sur les guitares de Fab, qui est un des guitaristes que je préfère au monde (sourire), déjà, rien que ça, ça faisait un bon morceau. On avait réussi quelque chose. Je pense que quand tu es artiste, et dans ce cas précis, quand tu es musicien, si tu ne crois pas que tes morceaux sont les meilleurs morceaux au monde, c’est que tu as perdu la foi. Et la foi, je l’ai retrouvée avec Animal Triste. On s’est tout de suite dit que nos morceaux tenaient la route. C’est le genre de morceaux que tu as envie de réécouter dans ta bagnole quand tu rentres chez toi. Quand tu te dis « ces morceaux, c’est moi », c’est plutôt bon signe. Et dans ces conditions, ça devient très facile de composer. Parce qu’on se fait une confiance aveugle. Quand Yannick, chante, je suis heureux. C’est déjà pas mal !…

Jouer de la musique, c’est refuser d’être adulte…

Je suppose que le fait d’être aussi proches dans la vie de tous les jours fait que quand quelque chose ne va pas, vous vous le dites franchement, vous ne prenez pas de pincettes.

Exactement. Il faut que ce soit fluide. L’amitié c’est ce qu’il y a de plus important dans un groupe. En plus, quand on fait de la musique, on dit « jouer de la musique ». Ce n’est pas anodin. Le verbe « jouer » veut dire beaucoup. Trop d’artistes l’oublient aujourd’hui, qu’il s’agit de jouer de la musique et non pas fabriquer de la musique. Jouer de la musique, c’est refuser d’être adulte. Ça ne veut pas dire que tu ne le fais pas sérieusement. Loin de là ! Mais ça veut dire que tu prends du plaisir avec tes copains… Mes copains ont du talent, profitons-en ! (rires)

Contrairement à beaucoup d’autres groupes, vous n’avez pas publié d’EP avant l’album, juste trois singles. C’est un choix délibéré ?

Oui. On a préféré mettre en lumière trois singles, comme une carte de visite. Et après les mettre sur un album, dans une autre version. Je n’ai rien contre le format EP, il ne faut pas y voir un choix politique (rires)… si ça se trouve on en publiera un après, il n’y a aucune stratégie là-dedans… mais je crois qu’on avait envie d’avoir cet album. On est un jeune groupe, même si nous ne sommes plus tout jeunes tous les six (sourire), et on s’est dit qu’un album était un acte de naissance. Ce n’est pas de la résistance… mais un peu quand même. Quand tu fais du rock, tu ne prends pas l’autoroute, tu prends les contrallées pleines de boue ! Donc, on s’est dit « soyons jusqu’au-boutistes » et publions ce qu’on a envie de faire, ce dont on est fier. C’est aussi simple que ça.

Elle est venue rapidement l’envie de publier cet album ?

Fin 2019, à peu près… On répétait et on s’est dit qu’on avait une petite dizaine de morceaux qui tenaient la route… Alors allons-y ! On a la chance d’avoir un tourneur, Melodyn. Ce sont des artisans fabuleux. Ce sont des gens qui résistent contre vents et marées, contre les grands conglomérats avec beaucoup d’argent. Eux se démerdent avec leur savoir-faire et leur moralité que j’adore. Ils ont un label au sein de leur boîte et donc, comme on s’entend bien avec eux, ils nous ont suivis.

Vous êtes rentrés en studio en début d’année… puis il y a eu l’épisode Covid…

On est rentré en studio fin février/début mars. On est passé entre les balles en fait ! On a enregistré l’album en quatre jours, dans des conditions très live chez un type qu’on adore, David Fontaine. Il a son studio dans la pampa normande. C’est un style de Steve Albini normand avec qui on adore bosser. On a enregistré un vendredi jusqu’au lundi et le lundi soir, notre Président nous annonçait que le ciel nous tombait dessus. Paf ! Confinement. Pendant ce confinement, on a tout de même eu le temps de mixer l’album. C’est Etienne Caylou qui a fait ça à distance. C’est un garçon formidable lui aussi. On aime beaucoup travailler avec lui, Darko et moi. Quand le confinement s’est terminé, on a validé les mixes et c’est parti en fabrication.

Timing serré, mais pile poil.

Oui ! Pile poil comme tu dis. Avec ce groupe, j’ai vraiment l’impression que tout se passe toujours bien. On a un très bon karma ! (sourire)

En parlant de bon Karma… vous le publiez pendant le deuxième confinement…

Là… c’est un mauvais karma, de fait ! (éclats de rire) Mais le disque va survivre, parce qu’on va tout faire pour. On sait que ça va être beaucoup plus compliqué que s’il avait pu sortir dans des conditions normales. Mais disons que jusqu’ici, on a bénéficié d’un bon karma, donc, on ne va pas s’arrêter là. (sourire)

On ne va pas rentrer dans l’explication de texte, parce que je pense que ce serait plutôt à Yannick de répondre à cette question, mais y a-t-il selon toi une idée générale qui se dégage des chansons ?

Je pense effectivement que Yannick serait le plus indiqué pour te répondre, même si nous lisons tous ses textes. On a tendance à penser qu’en vieillissant les artistes embrassent des causes. Et souvent, mais ça n’engage que moi, je pense que c’est parce qu’ils n’ont plus rien à dire, ou plus grand-chose. Je pars du principe que si c’est personnel, c’est universel. Ça ne veut pas dire que c’est égotique, pas du tout. On a tous traversé des deuils, des séparations, des moments de doute… C’est propre à l’être humain. Et c’est ça qu’il faut raconter dans les chansons. Nous avons du vécu, mais c’est le premier album d’Animal Triste, donc on est dans quelque chose de très personnel finalement avec ce disque. On aime le travail littéraire d’un Nick Cave, alors très humblement, je ne dis pas qu’on écrit comme lui, mais il y a quelque chose de très abrasif et de désabusé dans les textes. On parle de choses qui nous appartiennent.

Vous faites une reprise de « Dancing in the dark » de Bruce Springsteen. Pourquoi lui et pourquoi ce titre en particulier ?

C’est rigolo, ça. C’est encore un truc très instinctif. Nous étions en répète et on cherchait une reprise à faire parce qu’on trouvait que notre set était un peu trop court. Du coup, on avait fait une reprise de Bob Dylan, « Masters of War ». Un super titre, mais on sentait bien qu’on n’arrivait pas à la triturer comme il aurait fallu. On marchait trop dans ses pas, en fait. C’était un peu scolaire comme reprise. Et comme Springsteen a été une de nos influences majeures à nous tous, on s’est dit que ce serait pas mal d’essayer un de ses titres. Quand tu prêtes attention au texte de « Dancing in the dark », c’est tellement contemporain qu’il aurait pu être écrit hier. Ce titre, c’est un appel à l’insurrection, ç’aurait pu être une chanson écrite pour les gilets jaunes. Quand il écrit « I need a love reaction », qu’est-ce qu’il y a de plus contemporain ??? On a voulu garder cette belle mélodie et ce beau texte, et lui rendre hommage à notre façon. Springsteen est un mec ultra important. C’est une étoile à suivre, ce gars. Il n’a pas une carrière, il a un parcours… ça change tout. D’un autre côté, reprendre Springsteen, c’était une façon de montrer de qui on se rapprochait moralement, politiquement et musicalement.

Je suis assez friand d’anecdotes. En aurais-tu une petite à me raconter à propos de l’un ou l’autre titre ?

J’en ai une sur « Darkette » qui ouvre l’album… j’avais ce morceau depuis au moins un an sur mon téléphone. C’est mon collègue et ami Darko qui l’avait composé. Il n’y avait pas de ligne de chant, juste ce riff de guitare. C’était un truc qu’on avait improvisé en studio un jour. Et je l’avais enregistré sur mon téléphone sous le nom de « Darkette » parce que ça me faisait marrer et que je l’appelle comme ça de temps en temps ! (rires) On devait être un lundi, on savait que Macron allait faire son allocution à 20h, on avait bien bossé et avancé sur les morceaux et j’ai proposé aux gars de bosser sur celui-là. On a donc bossé sur ce titre, sans chant, sans texte… Et il se retrouve sur le disque, on l’a appelé « Darkette » comme titre de travail. Il ne faut voir ni mysticisme ni satanisme là-dedans c’est juste un surnom mignon pour désigner notre copain. C’est donc une anecdote qui n’est pas très rock’n’roll, mais qui a le mérite d’être anecdote quand même… (sourire)

Retrouve-t-on un petit accident sur les bandes def ?

Et oui ! Sur « Dancing in the dark », si tu es bien attentif, sur le pont, donc juste après le deuxième refrain, Yannick chante et on entend une espèce de bruit de porte. Pour la petite histoire, Seb, le guitariste qui était en bas et ne savait pas que Yannick était en train de chanter, est entré et a ouvert la porte du studio. C’est ce petit bruit de grincement de porte qu’on entend. On lui a rajouté un petit effet pour l’embellir, mais voilà d’où vient ce petit bruit qu’on entend… Et si tu fais bien gaffe, on entend un petit sourire dans la voix de Yannick à ce moment-là.

Quatre jours pour l’enregistrement, vous n’avez pas trainé…

Oui, c’est super rapide, je te le concède. Mais après, comme nous sommes tous des musiciens professionnels en activité, on a tout de même un peu de métier (sourire). Et surtout, on avait besoin de l’enregistrer comme ça, avec une espèce de joie et de spontanéité. Ça a été, je pense, l’enregistrement le plus joyeux de ma vie. Et j’en ai fait des enregistrements ! Nous étions tous là pour les bonnes raisons, on s’est marré, on se foutait de la fatigue et de l’heure. On voulait juste jouer et prendre notre pied. On sentait bien que le monde était en train de bouger, qu’il allait se passer quelque chose de pas chouette du tout… mais on était perdu au milieu de la campagne, sans 4G, sans WiFi. On n’avait rien, si ce n’est un stock de bières (rires), et on était bien ! On a joué sans nous arrêter jusqu’à pas d’heure. J’ai envie de te dire que cet enregistrement a été comme une espèce de parenthèse seventies dans nos parcours respectifs. Aujourd’hui, tout se fait, ou presque, avec des ordinateurs. Nous, on a voulu se la jouer analo, comme au bon vieux temps. Et… quel pied ! (sourire) On voulait se présenter sans maquillage, sans mascara.

Réfléchir avec l’époque et le contexte, penser ce qui va plaire aux gens au non, ce n’est pas une démarche artistique. La société de consommation dans laquelle nous vivons nous a foutu dedans, alors, essayons de nous en sortir !

Ce fameux lundi soir, quand vous quittez le studio et que le Président annonce le confinement, il se passe quoi dans vos têtes ? Vous pensez au devenir de l’album ?

On s’est posé plein de questions… et pour être très honnête envers toi, ces questions on se les pose aujourd’hui encore. Faut-il reculer la date de sortie ? Faut-il postposer la publication des singles ? Le truc, c’est qu’on ne sait pas. Et que personne ne sait de quoi demain sera fait. À vouloir tout le temps reculer les choses, on n’avance pas. Donc, on s’est dit que le disque, il était là. L’époque est ce qu’elle est. Mais sortons-le. Peut-être que tactiquement, ce n’est pas une bonne idée de le sortir, là, maintenant. On n’en sait rien. Et quelque part, on s’en fout. J’espère de tout mon cœur que les gens rencontreront ce disque, mais peut-être le rencontreront-ils en septembre de l’année prochaine ou peut-être rencontreront-ils le deuxième ? Peu importe. Il faut avancer. Je vais te faire une confidence… J’adore la démarche d’un Murat. C’est un artisan. Il sort un album quand il a des chansons. Il se contrefout de la conjoncture, du marketing… Il n’en a rien à foutre. J’aime beaucoup sa démarche. C’est ça, à mes yeux, la définition d’un artiste. Tu te lèves le matin, tu fais ta musique, tu écris des trucs et tu es fier de les sortir quand ils sont finalisés, quelle que soit l’époque. Réfléchir avec l’époque et le contexte, penser ce qui va plaire aux gens au non, ce n’est pas une démarche artistique. La société de consommation dans laquelle nous vivons nous a foutu dedans, alors, essayons de nous en sortir ! Ne pas sortir un disque en fin d’année parce que c’est embouteillé ? Ne pas le sortir en mars parce que les gens n’ont pas d’argent ? Non. Très peu pour nous. On le sort parce qu’on a envie de le sortir. Point barre.

Le fait que la scène ça va être très compliqué dans les prochaines semaines voire les prochaines mois, ça c’est un problème quand même, non ?

C’est ce qu’il y a de pire. On est d’accord. On ronge notre frein, déjà, parce que ces chansons, on a une furieuse envie d’aller les chanter sur scène, tu t’en doutes bien ! Nous sommes tous des musiciens de scène et s’il y a bien un endroit où nous sommes, tous les six, très bons, c’est sur scène. On a l’expérience, on a l’envie et on est plein de fougue avec ce nouveau projet. Animal Triste n’a fait que deux concerts au jour d’aujourd’hui, donc, oui, ça c’est un problème, le fait de ne pas pouvoir jouer en live. Autre problème, même les répètes, nous ne pouvons plus les faire. Ça, c’est insupportable. Et ça, ça nous ronge, c’est certain. On va dire que c’est un peu comme vivre d’amour par correspondance, quand on se retrouvera et qu’on rebranchera les amplis, ce sera le feu d’artifice ! (sourire)

Et un concert de rock devant un public masqué et distancié, ça a un sens ?

Évidemment non ! Mais c’est un moindre mal, ai-je envie de dire… Après, s’il n’y a pas d’autres choix, je préfère ça que rien. Les concerts debout sont les plus touchés par la crise de Coronavirus. Les concerts de rock, de métal, de rap… Ceux qui arrivent encore un peu à s’en sortir sont les concerts de chanson. Je ne le dis pas avec méchanceté, mais disons que nous sommes fort impactés en ce moment, nous les groupes de rock. Très égoïstement, les rockeurs ont besoin de jouer live, c’est vital pour nous. On a besoin d’être en contact avec nos instruments et nos émotions avant tout. Le rock, ça se transpire avant de s’écouter (sourire). En plus, avec Animal Triste, on avait pensé le live avec une grande part d’improvisation. On ne voulait pas arriver sur scène avec des séquences et un concert qui ressemble en presque tout à celui de la veille. On ne voulait pas de ça. On voulait un spectacle vivant. Un concert rock, il faut qu’il s’y passe quelque chose. Parfois, c’est pas terrible, parfois, c’est du tonnerre. Mais jamais il ne se passe rien. C’est notre vision du live en tout cas.

Une dernière chose, et pas des moindres ! Vous avez fait le choix de publier cet album en vinyle et en digital. Pas de CD.

Effectivement. Nous avons fait le choix pour deux raison : le son et l’esthétique. On fait du rock, ce qui s’apparente à du donquichottisme. Aujourd’hui faire du rock, c’est comme faire du jazz il y a vingt ans. C’est devenu un gros mot ! (sourire) Bref, faire du rock, c’est devenu compliqué. Et comme dans ce groupe tout est simple et fluide, que nous aimons les beaux objets et le bon son, il était évident que nous devions publier un vinyle et pas un CD. C’est aussi simple que ça. De toute façon, le CD ne se vend plus, ça n’aurait ajouté que du plastique en plus sur la planète. Ce qui n’est pas très écolo… Tu vas me rétorquer que le vinyle, c’est du plastique aussi. OK. Mais le vinyle, c’est beau et esthétique, donc, ça apporte une plus-value par rapport au CD. Alors pour ce premier disque, nous nous sommes dit « autant se faire plaisir ! ». Avoir un bel objet chez nous dont nous serions fiers, eh bien, ce sera une façon de matérialiser notre musique et nous faire plaisir. La pochette, là aussi, nous avons travaillé avec des amis. Nos amis ont du talent, profitons-en ! Avoir un groupe, publier un disque, c’est une aventure d’amitié, en tout cas, c’est comme telle que nous voyons la concrétisation de cet album. Alors pour ce que soit probant de A à Z, nous avons travaillé avec des amis là aussi. Nous fabriquons des souvenirs, pas une carrière. Après, en ce qui concerne les plateformes numériques… il faut vivre avec son temps.

Propos recueillis par Luc Dehon le 5 novembre 2020.
Photos : DR

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Author: Luc Dehon