Blackmail, Une hallucination française

Blackmail, Une hallucination française

Blackmail publiera ce vendredi son troisième album, « Une hallucination française ».

Avec sa ligne de piano sibylline digne d’« Une production américaine », Blackmail plante le décor. La situation est-elle excellente ? Faut-il se réjouir que tout parte en vrille ? Et si ? Et si ? Oui, mais comment ? Et… pourquoi ? Après, vient le moment où on commence à écouter des disques sans allumer l’ampli et où on lit des livres auxquels on ne comprend que dalle. Le début de la fin, peut-être ? Le décor est planté, les festivités peuvent alors commencer.

En 29 minutes et des poussières, Blackmail esquisse un panorama de ce monde dans lequel nous tentons de survivre et qui marche à l’envers depuis un long moment. C’est une synthèse de notre société à l’esthétique synthétique que le groupe livre ici. Le disque a été concocté à l’ancienne sur bande magnétique avec des instruments glanés au fil des années par le tandem Stéphane Bodin et François Marché, grands passionnés de vinyles, boîtes à musique et autres synthés vintage. La célèbre TR-808 de Roland occupe ici d’ailleurs une place de choix. Au chant, Sylvain Coatleven égrène d’une façon quasi robotique et glaciale une poésie noire et caustique. Une poésie dans l’air du temps, évidemment. Tellement bien vue !

Au-delà d’être purement jouissif au niveau sonore et musical, « Une hallucination française » va beaucoup plus loin et questionne sur notre seuil de tolérance plutôt mis à mal ces dernières années. Mais pour combien de temps encore ?

Vous l’aurez compris, c’est la grande fatigue de notre monde que Blackmail développe au fil des dix plages qui composent cet opus. « Une hallucination française » est un petit prodige de pop post-apocalyptique, voire de post-pop apocalyptique. Avec ses sonorités qui rappellerons les grandes heures de l’early techno ou même les géants de Kraftwerk, et avec beaucoup de sentiment finalement, Balckmail analyse le présent. Notre présent.

 « Une hallucination française », c’est probablement le disque le plus contemporain qu’on puisse écouter aujourd’hui. Et avec l’année que nous venons de passer probablement encore plus. Gros coup de cœur.

Author: Luc Dehon