Rodolphe Burger et Erik Marchand, Glück Auf!

Rodolphe Burger et Erik Marchand, Glück Auf !

Rodolphe Burger et Erik Marchand s’apprêtent à publier ce vendredi « Glück Auf! », un nouvel album commun.

Dix-sept années après « Before Bach », Rodolphe Burger et Erik Marchand se retrouvent sur un nouvel album. Un opus parfaitement déconcertant et véritablement enthousiasmant qui va chercher son inspiration dans de multiples recoins musicaux.

Il y a un peu plus d’un an, Rodolphe Burger publiait un excellent nouvel album, « Environs », un opus emmené par des titres comme « Le chant des pistes » au fil duquel l’artiste éclectique cartographiait en musique son territoire. Vaste territoire, étrange et foisonnant. Pandémie oblige, le disque n’a malheureusement jamais pu véritablement vivre sur scène. À l’instar de beaucoup d’artistes, Burger a alors dû se réinventer.

C’est avec le chanteur traditionnel breton Erik Marchand (avec qui il avait publié il y a 17 ans « Before Bach ») qu’il entame alors l’écriture d’un nouveau chapitre de son œuvre musicale. « Glück Auf ! » (comprenez « Bonne chance ! ») était né. Ou presque. Sont venu rejoindre le tandem Mehdi Haddad, joueur de oud déjà présent sur « Before Bach », les compagnons de route Julien Perraudeau et Arnad Dieterlen, et la violoncelliste Pauline Willerwal au chant et à la gadulka, violon populaire bulgare.

Cet album hybride (que certains pourront qualifier d’hérétique) esquisse en musique et avec brio un périple qui emmène l’auditeur dans un territoire où les frontières n’existent plus, un triangle flottant tracé entre la Bretagne, les Balkans et le Maghreb sur lequel plane les racines rock, blues et folk américaines.

Les influences se mélangent, non sans heurts parfois, mais avec bonheur. Des morceaux empruntés à la musique traditionnelle turque teintés d’électro (« Kara Toprak »), d’autres issus du folklore albanais (« Nuit Albanaise »), un poème extrait de « Waste land » du prix Nobel de littérature T.S. Eliot, un blues dédié à « John Henry », le célèbre « Ar Froudennou » du trio Erik Marchand devenu ici un hypnotique « Kazanova » et quelques titres emprunté au répertoire de Burger. L’opus se termine en apothéose avec une étonnante reprise du titre « Eisbär » emprunté à Grauzone (premier groupe de Stephan Eicher). Marchand qui chante en allemand, on n’y aurait pas pensé !

Souhaitons « Glück Auf ! » à cet album (il en aura besoin tant il aura du mal à être compris et perçu à une époque tout se doit de rentrer dans d’étroites petites cases bien lisses.) Heureux pourtant seront ceux qui emprunteront ce chemin proposé par Burger et Marchand, sans forcément le comprendre de bout en bout. Cet album, véritable patchwork sonore est tout simplement génial. Une curiosité, certes, mais faite avec élégance et intelligence. Véritablement passionnante.

Author: Luc Dehon