INTERVIEW – Rencontre avec Yoann Marra (Yo & The South)

Yo & The South © David Maurel

Yo & The South a publié au début de l’été un très chouette nouvel EP intitulé « Orange », un EP chanté exclusivement en français, qui marque un tournant dans la direction musicale du groupe. Séduits par ce disque, nous avons contacté Yoann, le leader, pour en savoir un peu plus sur le projet Yo and The South. Et nous pouvons vous dire qu’il y a de belles choses qui arrivent !…

Avant de parler de ce nouvel EP « Orange » de Yo and The South, j’aimerais, si tu le veux bien que nous remontions un peu le temps, jusqu’à ta petite enfance. Viens-tu d’une famille de musiciens ou tout du moins dans laquelle on écoutait de la musique ?

On écoutait beaucoup de musique à la maison. Ma mère était chanteuse dans sa jeunesse, elle chantait dans un groupe de folk progressif aux Pays-Bas. Ils étaient signés sur un label et ils ont pas mal tourné. Du coup, elle avait à la maison beaucoup de vinyles qu’elle écoutait. Bob Dylan, Joan Baez, et même les Beatles… Mon oncle est guitariste professionnel, dans le domaine classique par contre. Tout ça a fait que j’ai grandi dans une ambiance artistique et ça m’a donné envie de faire ce métier. Ils m’ont montré que c’était possible, d’une certaine manière.

Quel est ton parcours dans les grandes lignes ?

J’ai commencé par l’apprentissage de la guitare classique avec mon oncle. Mais c’est à partir du lycée que j’ai rencontré un prof qui m’a appris la guitare électrique, l’instrument qui m’intéressait le plus. J’ai créé à cette époque un premier groupe de musique, Blide. J’étais en seconde. Nous nous sommes frottés à la scène et là, j’ai rapidement compris que je voulais faire ça dans la vie. Après le Bac, j’ai suivi deux formations, la première en Angleterre au Guitar Institute pendant deux ans, puis au CMDL à Paris [le Centre des Musiques Didier Lockwood]. Parallèlement, j’ai fait pas mal de scène. C’est d’ailleurs au CMDL que nous nous sommes rencontrés avec les autres membres du groupe.

Yo & The South, Orange
Yo & The South, Orange

À cette époque, tu es juste instrumentiste ou tu écris déjà ?

Je suis plus instrumentiste. C’est un peu plus tard que j’ai écrit des chansons véritablement. J’ai toujours plutôt composé des titres, mais on restait plus dans le domaine de l’instrumental. J’ai composé pour différents artistes qui le plus souvent écrivaient eux-mêmes leurs textes. Avant Yo and The South, je ne pense pas que j’avais déjà écrit un morceau paroles et musique de A à Z.

C’est quoi les débuts de Yo and The Souh ?

Au début, nous étions avec Florian Gouello, le batteur, et Pierre Elgrishi, le bassiste. Nous écrivions plus des groove instrumentaux, des morceaux dans l’esprit Nouvelle Orléans. Petit à petit, on a intégré le chant. Ce sont les copains qui m’ont poussé dans cette direction. Au début, j’écrivais en anglais. On sa cache toujours un peu au début… (sourire) Puis, je me suis mis au Français.

Ça t’a plu de passer au Français ?

Oui, beaucoup. Je ne te cache pas que ça a été un peu difficile au début. Mais finalement, je me suis senti beaucoup plus à l’aise pour chanter. Le français, c’est ma langue, quand même. Aujourd’hui, j’y prends beaucoup de plaisir en tout cas.

Les chansons qui composent « Orange » sont toutes en français.

Oui, mais « Mélancolie & Ivresse » et « Près de moi » sont deux titres qui ont d’abord existé en anglais. « L’histoire est belle » et « Orange » ont quant à eux été écrits directement en français. En fait, ce sont les autres membres du groupe qui m’ont dit que ce serait bien que toutes les chansons du EP soient chantées en français, donc, j’ai adapté deux titres. J’ai essayé de garder le sens des titres, mais en posant des mots plus justes. Et aujourd’hui, je n’écris plus qu’en français… (sourire)

Quelles sont tes principales influences ?

Elles sont très nombreuses. À la base, c’est la folk des années 60/70 qui m’inspire beaucoup. Les Beatles aussi. Après, j’adore le Blues, le Blues acoustique, le Chicago Blues… En tant que guitariste, c’est classique ! (sourire) Je me laisse inspirer aussi par toutes ces musiques d’ailleurs. Je n’aime pas trop parler de musiques du monde, mais j’aime la musique malienne, la musique brésilienne. C’est assez large. Et plus récemment, toute la folk contemporaine. Kevin Morby, Bibio et ce genre d’artistes.

Sans rentrer dans l’explication de texte pure et dure, raconte-moi un peu dans quel mood tu as écrit ces nouveaux titres.

Je suis d’accord avec toi, il vaut mieux laisser l’auditeur se faire une idée de ce que les chansons racontent. J’aime l’idée qu’il se crée ses propres images. Et d’ailleurs mon écriture va dans ce sens, je n’écris jamais un texte de manière frontale. J’aime bien qu’il puisse y avoir plusieurs pistes d’interprétation. Le fil conducteur qui se dégage de ces morceaux, l’envie que j’ai eue, en tout cas, c’était d’écrire sur le passé. Et l’influence que le passé peut avoir sur nos actes au présent. Ce peut être, par exemple, des expériences joyeuses ou douloureuses de l’enfance.

Une petite anecdote à propos de la chanson titre, « Orange » ?

Quand j’ai écrit ce morceau, j’écoutais énormément « Ribbons » de Bibio. Et le riff que j’ai écrit, il a clairement été inspiré par ce disque. J’essayais humblement de retrouver le son de cet album.

Comment fonctionnez-vous avec le groupe ? Qui amène quoi ?

Ça dépend pas mal. En général, j’apporte la base. Le premier EP, par exemple, a été beaucoup travaillé en répète en trio, avec Pierre et Florian. Il y vraiment quelque chose d’un peu « garage » dans ce premier EP. On a joué pendant des heures dans notre sous-sol à Paris à essayer de faire tourner les morceaux. Après, ça a vraiment évolué, j’arrivais avec des instrus et des textes et une petite maquette guitare/basse faite à l’ordinateur. J’amenais déjà une matière assez précise. Comme je suis en admiration devant les musiciens qui m’accompagnent, je me suis laissé influencer par les idées de mes copains. Pour cet EP, « Orange », on a loué un studio semi-professionnel à deux heures de Paris. On a amené nos instruments et nos micros, et nous avons produit l’EP nous-mêmes de A à Z. Le mix a quant à lui été fait par une tierce personne. Comme tu vois, même si j’amène la base, c’est vraiment une affaire de groupe. Chacun met sa patte sur les titres.

Et la suite, c’est quoi ?

Eh bien, la suite, ce sera encore différent. J’ai un troisième EP qui est prêt, là. Et un des morceaux, je l’ai fait moi-même de A à Z. J’ai écrit texte, composé la musique et enregistré en une journée. Un autre a été co-composé avec Pierre, le bassiste.

Et il en est où cet EP ?

Il est masterisé et fin prêt. En ce moment, on est sur la préparation de sa sortie. On réfléchit aux clips, au visuel, aux photos de presse. On prépare toute cette nouvelle identité qu’il va amener. On espère le sortir début 2022.

Le fait de repartir sur un nouveau format court, c’est un véritable choix ou du fait de la conjoncture actuelle ?

C’est un mélange des deux. Mais les quatre morceaux qui figurent dessus ont clairement une cohérence entre eux. Et d’ailleurs, ils ont, je pense, moins de cohérence avec les autres titres que j’ai aussi dans les tiroirs. Il était plus judicieux à mon sens de les sortir ensemble dans un mini-album. Après, je ne te cache pas que nous avons aussi un album qui est bien avancé. Il n’est pas mixé et il reste encore un peu de travail de prod dessus, mais il est bien avancé. J’ai consacré beaucoup de temps ces dernier temps à l’écriture. À cause des confinements successifs, puisque je suis musicien professionnel et que j’ai été à l’arrêt pendant un bon moment. Le temps qui s’est dégagé, je l’ai mis à profit pour écrire beaucoup de choses. Après, quand les restrictions ont été levées, nous avons pu enregistrer avec le groupe. Et puis, je suis devenu papa il y a peu de temps, et ça m’a beaucoup inspiré, toute cette période avant la naissance. Et je savais par ailleurs que j’aurais moins de temps à consacrer à la musique avec l’arrivée de ma fille, donc tout ceci a fait que nous avons engrangé pas mal de matière nouvelle.

Un très beau clip a été réalisé sur « Orange ». Toi qui es musicien à la base, tout ce travail de l’image qui accompagne la musique, ça te plaît ?

Disons que j’ai besoin de m’entourer de gens en qui j’ai confiance et qui m’inspirent. Personnellement, je vais très rarement regarder des clips d’autres artistes sur Youtube. Je le fais de temps en temps parce que ça fait partie du job, mais ce n’est pas ce que je préfère. Donc, comme je ne maîtrise pas plus que ça l’image, j’essaye de m’entourer de gens en qui j’ai totale confiance et je leur laisse carte blanche. Je sais qu’avoir un clip est essentiel. Déjà au niveau de la presse, si on sort un titre sans clip, ça devient tout de suite encore beaucoup plus compliqué. C’est un peu dommage, mais c’est comme ça. Du coup, quand on ne sait pas faire ou qu’on n’a pas véritablement envie de faire… on essaye de s’entourer des bonnes personnes ! (sourire)

Des scènes sont-elles prévues ?

Il y aura une date importante le 13 novembre prochain au Hasard Ludique [Paris 18ème]. Nous serons quatre groupes. Et nous attendons cette date avec grande impatience, ce sera la première depuis le confinement avec le groupe. Nous faisons une résidence ce week-end pour la préparer.

Propos recueillis par Luc Dehon le 6 octobre 2021.
Photos © David Maurel

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Author: Luc Dehon