INTERVIEW – Rencontre avec Oete

Oete © VEP

Avec seulement deux titres (« La tête pleine » et « HPV ») et une reprise très inspirée de « Pendant que les champs brûlent » de Niagara, Oete nous a éblouis. Sa poésie nourrie par le réel nous a bouleversés. Nous avons donc été à sa rencontre afin d’en savoir plus sur son parcours et ses différents projets. Rencontre avec un artiste qui chante le chaos, le vertige et les failles, mais qui, surtout, revendique le droit de rêver…

J’aimerais que nous fassions un petit voyage dans le temps si tu le veux bien et que nous remontions à ta toute petite enfance… Viens-tu d’une famille de musiciens ou dans laquelle on écoutait beaucoup de musique ?

Absolument pas. J’ai grandi dans un tout petit village de 250 habitants perdu dans les champs dans l’Oise. Ma mère était assistante sociale, mon père ouvrier. On n’écoutait pas vraiment de musique à la maison. Mis à part Yannick Noah quand il passait à la radio… ou peut-être Indochine. Il n’y avait pratiquement aucune pratique de la musique non plus, si ce n’est mon père qui jouait du violon, mais à très petite dose. Je me suis retrouvé à grandir au milieu de tout ceci, dans ma bulle. J’ai découvert Barbara, Bashung… et j’ai rapidement compris qu’une chanson pouvait avoir un propos. 

Tu écris déjà à cette époque ?

Oui et non. J’écrivais quelques petits poèmes, mais rien de très sérieux ni de très construit. J’ai commencé la guitare à 17 ans, et c’est là que je me suis mis à écrire des chansons. C’est hyper tard comparé à certains, mais voilà… c’est comme ça ! (sourire)

Raconte-moi un peu ton parcours.

Je pars à Lyon pour un an après mon bac pour y faire un service civique. À cette époque, je commence à chanter dans la rue. C’est là que je fais mes armes. Après, je remonte dans le Nord pour poursuivre mes études. Je participe en parallèle à quelques scènes ouvertes, et notamment avec l’association Rimes Croisées à Beauvais. Au niveau scène, c’est tout ce que j’ai fait. Ça représente quelques scènes, une par mois avec une ou deux chansons. Là non plus, ce n’est pas ultra costaud… (sourire)

Oete © VEP
Oete © VEP

Oete, il naît quand ?

Il naît en 2020, quand j’ai eu 20 ans, même si je ne suis pas né en 2000 ! (rires) Un jour, je me suis retrouvé devant un papier où il était inscrit « Poète ». J’ai biffé le P et il restait Oete. Je me suis dit que ce serait mon nom d’artiste.

Il se passe quoi à la suite ?

J’ai toujours ma passion pour la musique, mais en même temps, il faut que j’ai un « vrai » métier. J’ai donc fait des études d’éducateur spécialisé. Je me suis embarqué pour trois ans de formation et j’ai continué à écrire en parallèle. Où cette formation a joué un rôle capital, c’est qu’elle est venue me déconstruire et me reconstruire d’une certaine manière. Avant d’aller aider les autres en tant qu’éducateur, il faut se réparer soi-même… Du coup, j’ai pris conscience de mes failles, j’ai posé des mots sur différentes problématiques que j’ai pu vivre durant ma jeunesse. Et tout ça m’a énormément inspiré pour écrire des chansons. Depuis le CP, quand on me demande ce que je veux faire dans la vie, je réponds chanteur. Pendant cette formation, j’ai senti que tout se mettait en place.

Oete © Angor
Oete © Angor

La Covid, et plus précisément le premier confinement, a joué un rôle capital dans ton parcours.

Oui. Je devais rentrer chez Air France, mais revirement de situation, ça s’annule au dernier moment à cause de la Covid. En tant qu’étudiant en dernière année, j’ai été réquisitionné en « réserve sanitaire et sociale », au même titre que les infirmières, pour remplacer les parents qui devaient garder les enfants à la maison. Trois mois après, burn out. Je devais avoir six mois de Pôle emploi, quelque chose comme ça. Je me suis dit qu’en six mois, il fallait que je trouve un label et que je démarre mon projet. Je me suis provoqué, en fait.

C’est à cette époque tu rencontres l’équipe qui t’entoure aujourd’hui.

Oui. J’ai dans un premier temps rencontré Grégoire mon arrangeur, puis Cécile mon attachée de presse. Elle m’a demandé de passer chez elle pour me présenter Jérôme Ghern. La rencontre s’est fait comme ça. Tout a été très vite, tout s’est joué en une story Instagram.

Oete, La tête pleine
Oete, La tête pleine

Un mot sur « La tête pleine », qu’on entend beaucoup en ce moment. Dans quel mood l’as-tu écrite ?

Je venais de me faire plaquer… encore une fois ! (rires) C’était l’été à Paris, entre deux confinements et deux relations amoureuses. Paris, la vie parisienne, ça a quelque chose de grandiose. Je découvrais Paris, j’étais dans un mode découverte et en même temps en pleine frustration.

Un superbe clip a été réalisé. Il a été tourné à la Maison de la Création à Bruxelles.

C’est Jérôme qui m’a présenté Simon Vanrie qui a réalisé le clip. J’ai regardé son travail et j’ai tout de suite aimé la façon dont il composait l’image. Ce mec est vraiment dingue. J’ai juste eu quelques exigences au niveau vestimentaire. J’ai voulu m’occuper du stylisme, ou en tout cas faire appel à un styliste avec qui j’avais envie de travailler. Donc, ma patte a essentiellement été sur le rendu stylistique et l’esthétique. Le reste, c’est Simon qui a réalisé le clip. Il a fait un travail formidable au niveau de la tête. Il m’a donné quelques directions pour la danse. Et ça a été assez fluide et aérien. On s’est rejoints sur beaucoup d’idées, il n’y a pas eu de confrontation ni de tension, tout a roulé.

Le style, j’ai l’impression que c’est quelque chose que tu travailles énormément.

L’image aujourd’hui, dans la musique, c’est ce qu’on voit en premier. C’est primordial. On n’a même pas le temps d’appuyer sur Play pour envoyer le son qu’on a déjà des images qui apparaissent. Donc, c’est une chose à laquelle je réfléchis énormément. Le visuel de « La tête pleine », eh bien, c’est une photo que j’ai faite il y a plus d’un an maintenant. J’ai d’ailleurs les cheveux courts dessus. J’avais envie de quelque chose de fort comme visuel et cette photo avec ce costume jaune sur le fond rouge, elle tape, je trouve. On a travaillé avec le photographe sur les couleurs. Il y a une confrontation entre les deux couleurs presque saturées. L’image définit un artiste, ou plus précisément elle définit clairement ce que l’artiste a envie de montrer. La mode, le style plus précisément, vient complémenter un projet musical. Ça me permet de maîtriser la manière dont j’ai envie de me présenter aux gens. Mon style, ça fait partie de ma personnalité et de mon identité, au même titre que mes chansons. En plus, quand tu regardes le paysage musical français, des chanteurs qui ont cet aspect mode, chemises col lavallière, froufrous et compagnie, ça ne court pas les rues. Quand je me suis dit que j’allais faire de la musique professionnellement, j’ai aussi étudié un peu tout ce qui existait déjà ou… n’existait pas. J’ai donc choisi la manière dont j’allais me présenter, en adéquation avec mes envies et mes goûts.

Tu as fait une reprise très inspirée de « Pendant que les champs brûlent » de Niagara cet été. Déjà, pourquoi Niagara et ensuite pourquoi ce titre en particulier ? Ce n’est pas vraiment ton époque…

(éclats de rire) Niagara, c’est tout ce que j’aime dans la musique. Ils ont développé une image hyper forte. Leurs clips sont juste dingues et leurs visuels sont fous. Il y a quelque chose de très travaillé, très mode, limite punk parfois. C’est hyper intéressant et ça, j’adore ! Après, pourquoi ce titre en particulier ? C’est parce qu’il fait danser la tristesse. Il me touche personnellement énormément. Et en plus, il résonne particulièrement bien avec toute cette conjoncture Covid et compagnie. « Pendant que les champs brûlent, j’attends que mes larmes viennent », c’est vraiment ce que je ressens. Pendant que le monde est en train de brûler, je suis là à attendre que quelque chose se passe. Une partie de moi est en retrait, mais pour autant, ça m’affecte énormément. Faire danser sur un sujet triste ou pesant, c’est quelque chose qui m’intéresse dans la chanson, en tout cas.

Ton premier titre, « HPV », fait référence au Papillomavirus.

Ce n’est pas la chanson que j’ai eu le plus de mal à écrire, parce que ça a été assez fluide, mais c’est la plus sensible en tout cas. À la base, c’est un titre piano/voix, et on a fait un super arrangement dessus. Merci Grégoire ! Je n’étais pas hyper bien quand je l’ai écrite. J’étais encore étudiant à Beauvais. J’étais seul dans ma chambre… Je voulais évoquer ce HPV sans forcément rentrer dans un côté pathos, et surtout garder une ouverture pour que chacun puisse y voir ce qu’il avait envie d’y voir. C’est d’ailleurs une constante quand j’écris, j’essaye que chacun puisse s’y retourner même si à la base, j’évoque des choses intimes.

Écris-tu beaucoup à l’heure d’aujourd’hui ?

On va dire oui !

Ça veut donc dire pas beaucoup…

(sourire) C’est-à-dire qu’il y a plein de choses qui se passent dans ma vie en ce moment, et donc, j’ai assez peu de temps à dégager pour l’écriture. Habituellement, quand j’écris une chanson, elle vient de manière assez fluide, puis je la développe quand on la produit.

Tu as de la matière quand même ?

Oui, oui. On a un bel EP / mini album qui est prêt. Là, dans mes concerts, je tourne sur neuf chansons, donc c’est cool. Je suppose que le projet verra le jour en 2022. Idéalement, je pense au mois de septembre.

Tu travailles avec la même équipe ?

Oui, toujours avec Roy Music. Je rentre en résidence dans quelques jours pour bosser tout ça.

Qu’est-ce qui t’inspire en règle générale ?

Je suis très dans le réalisme. J’ai besoin de choses réelles. Par exemple, tout ce qui est film de science-fiction, je n’accroche pas du tout. Dans mes chansons, c’est pareil, c’est le réel qui m’inspire. Les failles, les carences… Par contre, quand je parle de réel, je ne suis pas dans une certaine forme d’ego trip, pas du tout. Même si j’emploie le pronom personnel Je, la chanson a très bien pu être inspirée par la vie d’une tierce personne. Les gens, leurs vies et leurs parcours cabossés, m’inspirent énormément. Dans mon entourage proche, évidemment, mais aussi des personnalités comme Béatrice Dalle, Daniel Darc… Leur point commun, c’est que ce sont des gens qui en ont bavé et qui ont des choses à raconter. Ils font passer la lumière à ceux qui vivent des situations similaires. Il y a aussi le droit de rêver qui m’inspire énormément. C’est essentiel…

Oete © VEP
Oete © VEP

Tu te frottes à la scène depuis quelques jours. Ça se passe comment ?

C’est très excitant comme sentiment. C’est comme une libération. Ce sont des textes que j’ai écrits et travaillés pendant des mois, et là, pouvoir les chanter devant les gens, les leur donner d’une certaine manière, danser avec eux dessus, c’est vraiment excitant. J’aime beaucoup en tout cas, j’espère pouvoir en faire beaucoup par la suite !

Que va-t-il se passer dans les prochaines semaines ?

Je travaille beaucoup la scène. J’ai vraiment envie d’avoir un vrai set bien carré de A à Z. Donc dans les prochaines semaines, comme tu peux t’en rendre compte, ce sera plutôt du travail en off. Il y aura tout de même un concert le 23 novembre prochain à La Dame de Canton en co-plateau avec Bison Chic et Edgar Mauer.

Propos recueillis par Luc Dehon le 6 octobre 2021.
Photos : Veb, Angor

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Author: Luc Dehon