INTERVIEW – Rencontre avec Adèle & Robin

Adèle et Robin © David Planchenault

Adèle & Robin publient ce 12 novembre leur premier EP intitulé « YAM ». Séduits par leur musique pop pleine de fraîcheur et d’enthousiasme, nous les avons contactés pour en savoir un peu plus sur eux, leur parcours et leurs projets. Adèle et Robin se produiront notamment le 19 novembre prochain sur la scène du Bus Palladium (Paris 9ème) et le 25 janvier sur celle du Cancan (Paris 9ème).

Avant de parler plus précisément de votre premier EP « Yam » qui arrive le 12 novembre, j’aimerais qu’on évoque un instant vos parcours respectifs. Venez-vous l’un et l’autre de familles de musiciens ou du moins dans lesquelles on écoutait beaucoup de musique ?

Adèle : Oui, nous venons de familles de musiciens tous les deux. Mon père est musicien professionnel depuis ses 18 ans. Étant guitariste, il m’a fait écouter beaucoup de rock. Les Beatles, par exemple.

Robin : Ma maman était musicienne, violoniste plus précisément. J’ai donc été baigné par la musique classique toute mon enfance. Je suis même parti en  tournée quand j’étais encore dans son ventre ! (sourire) Mon père, lui, écoutait pas mal de variété française et anglo-saxonne. De Dire Straits à Cabrel en passant par Renan Luce et Police, c’est large !

Adèle & Robin, YAM
Adèle & Robin, YAM

Avez-vous pris des cours au Conservatoire ? Appris à jouer d’un instrument ?

Adèle : On a ce point commun d’avoir commencé la guitare acoustique quand nous étions enfants… et donc avoir appris à jouer d’un instrument deux fois trop gros pour nous ! (sourire) J’ai pris des cours à cette époque… qui m’ont rapidement saoulée. Et j’ai donc poursuivi essentiellement en autodidacte par la suite. À vrai dire, je n’ai jamais trop aimé les cours !… (sourire) Du coup, je n’ai aucune notion de solfège ou ce genre de choses.

Robin : J’ai commencé le violoncelle à l’âge de 4/5 ans et le solfège dans la foulée. J’ai donc de bonnes bases. Puis mon prof a été absent pendant une année complète et j’ai eu un peu de mal à me motiver tout seul. J’ai donc pris une guitare et j’ai appris seul à poser des accords dessus. Je me suis débrouillé en autodidacte, en fouillant des tutos sur internet. Très rapidement, j’ai eu envie d’écrire des chansons, et j’ai monté un premier groupe.

L’envie d’apprendre le violoncelle, ce n’est pas banal pour un gamin de 4/5 ans… ça venait de toi ou de tes parents ?

Robin : De moi. J’avais deux rêves quand j’étais enfant : devenir ingénieur à la Nasa et violoncelliste. Finalement, je ne serai ni l’un ni l’autre, je me suis fait une raison… (éclats de rire) En vrai, le fait d’avoir une maman musicienne classique a certainement joué dans mon choix pour le violoncelle.

Adèle & Robin © David Planchenault
Adèle & Robin © David Planchenault

Quels sont vos débuts dans la musique ?

Robin : J’ai monté un premier groupe avec ma sœur et deux copains quand j’étais en CM2, « As de Pique ». Le groupe est maintenant dissous, mais la page Facebook existe encore pour les curieux qui voudraient aller y jeter un œil ! (sourire) Le père du batteur bossait dans une boîte d’évènementiel pour une boîte de matos d’escalade, du coup, on a fait plein de concerts lors d’évènements d’escalade. Même si nous étions tous encore très jeunes, nous avions envie de faire quelque chose de pro. Nos parents avaient monté une association et nous avons enregistré deux disques. Après, j’ai monté un groupe de reggae avec le batteur et puis ce projet avec Adèle.

Adèle : J’ai commencé un peu toute seule dans ma chambre à écrire des chansons assez simplistes genre « You love me but I don’t love you » (rires) C’était un début. Mon premier vrai concert remonte à 2014, j’avais 13/14 ans et j’avais chanté à l’occasion deux chansons. C’était une scène ouverte organisée par ma ville et je me souviens que j’étais seule sur scène avec ma guitare et que j’étais très, mais très, effrayée. (sourire) Au lycée, j’ai rencontré pas mal de gens qui faisaient aussi de la musique et j’ai monté un premier groupe dans lequel je jouais de la batterie, étonnamment. Ce groupe s’appelait « Lemon Tree » et pareil que Robin, nous avions enregistré un disque. Nous n’avions pas la volonté de faire plus, du moins nous ne savions pas très bien comment nous y prendre. Mis à part quelques concerts dans la région et ce disque, ce n’est jamais allé beaucoup plus loin.

Quand vous êtes-vous rencontrés ?

Robin : Nous nous sommes rencontrés le 25 octobre 2017 dans un Conservatoire à Voiron lors d’un stage organisé par une MJC. J’y étais avec le bassiste de mon ancien groupe et Adèle avec son groupe. Nous avons été mis dans la même salle de répète, et très rapidement, nous avons voulu aller plus loin ensemble.

Adèle : On avait l’un et l’autre envie de faire de la chanson française, ce que nous ne faisions pas vraiment avec nos groupes respectifs. Du coup, au départ, nous étions partis sur l’idée que chacun accompagnerait l’autre sur ses propres chansons. Aujourd’hui, on écrit ensemble, mais au départ, nous nous accompagnions mutuellement.

Si je comprends bien, vos débuts, ce sont un peu des débuts d’artistes solo, mais en duo…

Adèle : (rires) on peut résumer ça comme ça. On se produisait dans des petits bars et ce genre d’endroits. En vrai, on avait un peu de mal à évoluer. On le sentait bien. C’est vraiment l’année dernière, quand nous avons décidé d’écrire nos chansons ensemble que le projet est né. On peut dire qu’« Adèle et Robin » est né en 2020, en fait.

Adèle & Robin © David Planchenault
Adèle & Robin © David Planchenault

Qui amène quoi aujourd’hui ?

Robin : Nous enregistrons chacun de notre côté des suites d’accords, des petits bouts de mélodies ou de textes sur nos téléphones, mais l’écriture et la composition se fait vraiment à deux. Sur le plan para-musical, je vais plus avoir à gérer tout ce qui est démarchage avec les éditeurs, les programmateurs de concerts, etc… Adèle, elle, va plutôt s’occuper de tout ce qui est réseaux.

Adèle : On se complète bien, en fait.

2020, c’est l’année un peu pourrie, celle du confinement. C’est à cette époque que vous publiez ce fameux Mashup Billie Eilish / Pomme en jouant 15 instruments différents. C’est un moment charnière pour le groupe, ça.

Adèle : Oui, ce MashUp, c’est clairement le début officiel de notre groupe. C’est la première fois que nous apparaissions sur les réseaux sociaux.

Que s’est-il passé à la suite de ce MashUp ?

Adèle : On ne s’attendait à rien, en fait. Ce MashUp, c’est, à la base, une petite vidéo confinée comme plein d’autres internautes en ont publiées. Nous avons eu un joli retour de la part des internautes, mais aussi de quelques professionnels. Et ça, nous ne nous y attendions absolument pas.

Robin : Nous étions confinés chez les parents d’Adèle, et quand nous avons vu les réactions suite à ce MashUp, nous nous sommes dit que là, il fallait se mettre un bon coup de pied au c** et qu’il fallait battre le fer tant qu’il était chaud.

À ce moment-là, vous avez de la matière ?

Adèle : On a quelques chansons, dont une, surtout, « La rivière », qui sortira dans quelques semaine. C’est la première chanson que nous avons écrite ensemble. C’est cette chanson que nous avons envoyée aux professionnels qui nous ont contactés, dont Remi Guirao qui s’occupe de la réal de notre EP.

Si je comprends bien, vous n’avez pas beaucoup de chansons dans les tiroirs à cette époque. Quand vous vous mettez à écrire, de quoi avez-vous envie de parler ? Vers quelles sonorités avez-vous envie d’aller ?

Adèle : On a besoin de parler de nous. Et on a envie de toucher les autres. On a aussi cette envie de faire bouger, danser. Notre single « Je te vois partout », c’est totalement ça. C’est une des chansons qui nous tient d’ailleurs le plus à cœur.

Robin : Après, musicalement, on a des influences assez diverses. Et on a envie qu’elles se retrouvent dans notre projet. Et ça, c’est source de nombreux débats entre nous ! Ce qui nous motive aussi, c’est essayer de trouver des sonorités, des mélodies ou des accords qu’on ne s’attend pas forcément à entendre sur des chansons en français. On aime beaucoup ce que font des artistes ou groupes comme Claire Laffut, Angèle ou Balthazar, par exemple. Quelque part, on a envie très humblement de boucher des cases manquantes dans la scène musicale francophone.

Adèle & Robin © David Planchenault
Adèle & Robin © David Planchenault

Sans rentrer dans l’explication de texte pure et dure de chaque chanson, y a-t-il selon vous une idée générale qui se dégage des cinq titres qui figurent sur votre EP ?

Adèle : C’est amusant que tu nous poses cette question, parce que c’est après avoir écrit les chansons que nous nous sommes rendu compte qu’il y avait une sorte de fil rouge qui les reliait entre elles. Ce n’était pas volontaire, mais ce fil rouge est assez clair. C’est l’évocation du côté aléatoire de la vie. On ne sait pas où on va ni comment, mais on y va quand même. C’est cette quête, ou ce chemin finalement, qui ressort de nos chansons.

D’où le dé qui vous accompagne visuellement.

Adèle : Tout à fait. Le dé symbolise le Yam, ce jeu de dé. Et nous en parlons clairement dans la dernière chanson du EP « Yam ». Et cette chanson nous tient aussi vraiment à cœur, elle dit beaucoup de choses qui nous touchent.

« Demain » est clairement une chanson d’urgence. Vous y évoquez le drame écologique que nous vivons.

Adèle : Très clairement. C’est d’ailleurs une chanson typique de confinement. On évoque les problèmes écologiques dont tout le monde a pris conscience, mais aussi le fait qu’on en a marre d’attendre demain. On a envie d’agir tout de suite, avant qu’il ne soit trop tard.

Robin : « Demain », c’est la chanson de l’anti-procrastination par excellence.

Adèle : Au-delà du propos écologique, c’est aussi une façon de dire qu’on commence notre projet musical sans attendre demain pour le faire. C’est une chanson qui booste, je pense, plutôt que de faire peur. Même si on y tire une sonnette d’alarme, c’est vrai…

Faut-il y voir un rapport avec le film du même nom de Cyril Dion et Mélanie Laurent ?

Robin : C’est drôle, parce que c’est une question qui revient régulièrement.

Adèle : Le clin d’œil est inconscient, honnêtement.

Robin : Nous n’y avions pas véritablement pensé avant que les journalistes ne nous le fassent remarquer, à vrai dire. Mais c’est vrai que c’est un film d’urgence et que c’est une chanson d’urgence et qu’ils portent le même nom… (sourire)

Deux très jolis clips ont été publiés pour « Je te vois partout » et « Demain ». Quel est votre rapport à l’image ?

Adèle : En soi, c’est un travail super intéressant, mais c’est un métier à part entière. On débute et nous n’avons clairement pas les capacités pour réaliser un clip, par exemple. Mais c’est quelque chose qui nous intéresse vraiment pour le futur. C’est certain. Nous sommes tous les deux étudiants, je suis pour ma part dans la filière « stratégie digitale des nouveaux médias » et dans mon parcours, il y a de la réalisation. Donc, oui, j’aimerais me tourner vers ça dans le futur. Maintenant, je sais clairement que je n’ai pas les capacités nécessaires pour le faire aujourd’hui, alors nous préférons nous entourer de gens dont c’est le métier.

Robin : Nous manquons de temps aussi. Travailler sur un clip demande énormément de temps et d’investissement. Nous n’en avons pas assez à dégager pour le moment. Le MashUp, nous l’avions tourné avec les moyens du bord, les clips que nous avons publiés, c’est tout de même un autre niveau ! (sourire) Et puis, en parallèle, il y a aussi une volonté de nous entourer d’équipes qui apportent un œil extérieur, leur propre expertise et tout leur savoir. Ça nourrit énormément notre projet. Clairement, je prends l’exemple du clip de « Je te vois partout », nous avons laissé carte blanche au réalisateur Julien Peultier.

Avez-vous une petite tendresse particulière pour l’une ou l’autre chanson ?

Robin : Très clairement « Je te vois partout ». Pour la petite histoire, c’est un titre qui ne devait pas figurer sur le EP. Nous étions en studio pour enregistrer un autre. Nous avons passé des heures à essayer de trafiquer la maquette et trouver des choses pour pouvoir l’enregistrer, et ça ne convenait pas. Au bout de six heures, nous avions tous faim, nous avons craqué, on a tout stoppé. On a laissé le titre en plan, en attendant des jours meilleurs pour le bosser. On le retrouvera d’ailleurs sur scène prochainement, il s’appelle « L’eau salée ». Bref, pour en revenir à l’anecdote, les autres sont allés chercher des sandwiches et nous sommes restés dans le studio. En vingt minutes, nous avons écrit « Je te vois partout ». Finalement, c’est une chanson arrivée inopinément et qui nous plaît beaucoup. Nous sommes heureux qu’elle figure sur le EP.

Adèle : C’est une chanson qui est venue comme ça et qui vient compléter le EP d’une belle manière. Elle fait la bonne transition entre les morceaux plus légers et les plus complexes. Cette chanson, c’est la bonne surprise de l’EP.

La suite, comment l’envisagez-vous ?

Adèle : On rêve de publier un album.

Robin : C’est la finalité, c’est certain.

Adèle : Déjà qu’on a galéré sur cet EP, un album, ça va être une autre paire de manches ! (rires) Mais forcer la créativité, c’est bien aussi. On a vraiment hâte.

Robin : ça fait presqu’un an et demi qu’on travaille sur cet EP. Et avant de penser à la conception d’un album, même si on y pense évidemment et qu’on a quelques chansons sous la main, là, notre envie, c’est d’aller chanter nos chansons sur scène. Aller à la rencontre du public. Ça va être très formateur. Aller convaincre un public, ce n’est pas évident.

Adèle & Robin © David Planchenault
Adèle & Robin © David Planchenault

Vous avez finalement assez peu joué en live depuis la naissance officielle du duo.

Adèle : Oui. Nous avons fait la première partie de LEJ à La Belle Électrique à Grenoble. On a été contactés quatre jours avant. Nous n’étions pas prêts du tout, mais ça s’est très bien passé.

Robin : On a joué chez des gens également. Superbe expérience là aussi.

Adèle : Et puis, là, il va y avoir notre release party à Paris au Bus Palladium le 19 novembre. C’est un début d’accomplissement.

Robin : ce sera notre première date parisienne. Un grand moment ! Après, on espère choper des premières parties dans les prochains mois. On travaille dessus en ce moment. Au bus, nous serons accompagnés de trois musiciens, ce qui va changer de la formule des premières parties que nous faisons actuellement, où nous sommes seuls avec des bandes. Il y aura d’ailleurs un concert à Paris dans cette configuration le 25 janvier au Cancan.

Pour terminer cette interview, dans quel état d’esprit êtes-vous à quelques jours de la sortie de ce premier EP ?

Adèle : Stressés… Très stressés !

Robin : Stressés, tendus… que dire d’autre ?

Adèle : Je pense que le jour de la sortie, nous ressentirons une espèce de soulagement. On en rêve depuis tellement longtemps de cette sortie ! On l’a assez peu fait écouter à nos proches finalement, cet EP, pour leur laisser la surprise. Donc, là, on a hâte d’avoir leur retour.

Robin : Et puis, on voit cette sortie clairement comme le début d’une aventure qui s’ouvre à nous. C’est un projet dans lequel on a mis tous les deux tout notre cœur en tout cas.

Adèle : Je pense que nous aurons un sentiment de fierté quand il sera sorti. Et de joie aussi…

Propos recueillis par Luc Dehon le 12 octobre 2021.
Photos : David Planchenault

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Author: Luc Dehon