INTERVIEW – Rencontre avec Chico

Chico & The Gypsies et Hasna, DR

Chico & the Gypsies et Hasna ont publié « Unidos » il y a quelques semaines, un disque mêlant musique orientale et gipsy, langue arabe et espagnole. Nous avons contacté Chico afin d’en savoir un peu plus sur ce projet solaire plein de sensibilité. Dans le même temps, nous évoquerons également la sortie de l’autobiographie de Chico, « C’était mal parti ! ». L’occasion de faire le plein d’anecdotes, mais aussi – et surtout – de bonne humeur !

Avant de parler musique et fête… Comment allez-vous Chico ? Et comment avez-vous vécu cette année et demi un peu pourrie que nous venons de passer ?

Comme tout le monde, dans le confinement, la restriction et le manque de liberté. Le peu de liberté que nous avions, nous l’avons justement mis à profit pour enregistrer cet album « Unidos ». Et j’en suis très content parce que le résultat est vraiment bien sympathique. Finalement, ça nous a permis de garder le sourire et partager de la joie. Et ça, par les temps qui courent, c’est déjà pas mal ! (sourire)

Ça a dû être assez difficile à vivre pour vous qui êtes constamment avec les copains à faire la fête…

Effectivement, ça n’a pas été simple. Mais nous étions au diapason : c’était la même chose pour tout le monde. Ce n’était certes pas une année exceptionnelle, mais nous gardons toujours la foi et restons optimistes. On nous annonce de nouvelles vagues. Voyons le bon côté des choses : les vagues ne font que passer, ce n’est pas comme l’eau d’un lac qui stagne pendant des années… (sourire)

Chico & the Gypsies et Hasna, Unidos
Chico & the Gypsies et Hasna, Unidos

Parlez-moi un peu d’Hasna avec qui vous partagez cet album. Le public français la connaît finalement assez peu…

Hasna est une chanteuse d’origine marocaine mais elle a fait toute sa carrière au Moyen-Orient, dans les Émirats… et en Egypte en particulier. Hasna est une star qui a fait sept ou huit albums. Nous nous sommes rencontrés en 1993 et très rapidement la musique nous a réunis. J’ai adoré sa voix à l’époque. Nous avons d’ailleurs à plusieurs reprises donné des concerts ensemble. Je me souviens de soirées mémorables au Sporting à Monaco, en Allemagne et au Moyen-Orient. Nous avons toujours eu le plaisir de nous retrouver pour partager des moments sympathiques sur scène. Et puis, il y a un an et demi à peu près, nous nous sommes retrouvés à Marrakech chez des amis pour fêter un anniversaire. Ce fut une soirée extraordinaire. Une soirée vraiment magique. Nous avons voulu faire perdurer la magie. On est donc rentré en studio pour enregistrer un single… et nous en sommes sortis avec un album entier ! Onze titres originaux. Il y a eu là un moment d’inspiration et de création fabuleux.

Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés avec Hasna en 1993 ? Je sais que vous n’êtes pas avare d’anecdotes…

(rires) Et comme je sais que vous les aimez… vous allez être servi ! J’en ai une belle à vous raconter à propos de cette rencontre ! Nous nous sommes rencontrés dans un aéroport. Elle a vu mes musiciens et elle leur a demandé si Chico était là. Ils ont répondu que oui, que j’étais un peu plus loin. Et là, elle me regarde avec un air surpris… Pour la petite histoire, il y avait à l’époque un mec qui se faisait passer pour moi et elle avait chanté avec lui pensant que c’était moi ! (sourire) Depuis la séparation des Gipsy Kings, le mec se faisait passer pour Chico des Gipsy Kings ! Elle avait donc chanté avec lui pensant que c’était moi… et donc, elle ne me reconnaissait pas ! (rires) Connaissant l’histoire avec cet usurpateur d’identité, j’ai rapidement compris le pourquoi de son désarroi. Nous avons ensuite pris l’avion ensemble et je lui ai raconté toute l’histoire. Je ne vous raconte pas la tête qu’elle a fait ! (rires) Le mec, c’est un mytho complet qui se faisait passer pour moi. Elle avait été trompée et en était fort vexée, mais nous en avons ri ensemble. Pas banale cette première rencontre, n’est-ce pas ?!…

Chico & the Gypsies, DR
Chico & the Gypsies, DR

Effectivement pas banale du tout. C’est digne d’une série !

Effectivement ! Le mec a été condamné à trois reprises pour contrefaçon et usurpation d’identité. Mais ça ne s’arrête pas là cette histoire… Ils enregistraient à l’époque Alabina. Hasna est en fait la première chanteuse d’Alabina. Elle s’est brouillée avec le producteur et elle a continué sa carrière au Moyen-Orient. Mais la première voix d’Alabina, c’est Hasna et pas Ishtar. À cette époque mon manager m’a appelé en me disant qu’un projet sympa se montait et qu’ils cherchaient des musiciens gitans sérieux. J’ai proposé les musiciens qui travaillent avec moi et ils sont montés à Paris pour jouer avec Ishtar. Encore une histoire incroyable !… (rires)

Mais l’histoire se finit bien, puisqu’Hasna est votre compagne aujourd’hui.

Oui, l’histoire se termine bien. Non seulement, nous chantons ensemble, mais nous vivons ensemble et nous vivons de belles choses. On partage des moments extraordinaires.

Vous vous connaissez donc depuis 28 ans avec Hasna. Cette idée d’album commun n’est jamais arrivée sur la table ?

C’est cette soirée à Marrakech dont je vous parlais tout à l’heure qui nous a ouvert les yeux d’une certaine manière. C’était un coup de foudre artistique. L’idée d’un disque commun s’est imposée à nous, comme une évidence. Auparavant, nous avions déjà enregistré une petite chanson marocaine ensemble, mais rien de plus. Vous savez, depuis quarante ans que je fais de la musique, j’avance sans plan de carrière. Mon moteur, c’est le bonheur, le plaisir et la passion. C’est ça qui me fait avancer, rien d’autre. Donc, quand j’ai un coup de cœur en chemin, j’essaye de l’immortaliser. Charles Aznavour, ça faisait trente ans que je le connaissais, et il a fallu vingt ans pour que nous enregistrions un duo. C’est ça qui est génial. Nous ne sommes jamais dans le calcul ni le timing. Hasna, c’est pareil. Cet album n’aurait pas pu paraitre il y a dix ou vingt ans. Il n’aurait pas été aussi beau.

Chico & the Gypsies et Hasna, DR
Chico & the Gypsies et Hasna, DR

C’est Hasna qui signe les passages en arabe.

Tout à fait. Elle les a écrits et elle les interprète d’une manière incroyable. Avec une telle émotion et un tel feeling… Elle raconte tant de belles choses ! Et avec les chanteurs Mounim, Kassaka, José et un petit soliste Rosendo, qui sont extraordinaires, il y a eu une osmose incroyable. C’est un moment de rencontre musicale magique.

De quoi parlent toutes ces nouvelles chansons ?

Uniquement de belles choses et de belles valeurs. Elles parlent d’amour et de famille, évidemment, mais aussi des choses de la vie. C’est un peu ce dont nous parlons dans nos chansons depuis des années. Chacun dans la même chanson raconte sa version de la même histoire. Hasna a beaucoup voyagé, elle a vécu tout un tas de choses extraordinaires, sur scène ou dans la vie. Et tout ceci, elle le met dans ses chansons. Elle raconte ses bonheurs et ses souffrances aussi.

Vous avez enregistré de nombreux titres avec des chanteuses. Mais c’est la première fois que vous partagez un album entier avec une d’entre elles. J’imagine que ça a bousculé vos habitudes… Une femme dans la bande, ça change tout, non !

C’est effectivement la première fois que nous enregistrions un album complet avec une chanteuse. Et je vous rejoins pour dire que l’ambiance en studio était différente. Il y avait une sensibilité différente. Mais tout a roulé de A à Z comme jamais finalement. C’était le bon timing pour enregistrer cet album. Tout a été très naturel. Comme nous nous connaissons depuis des années, ça a facilité la chose évidemment. Mais même les garçons ont pris beaucoup de plaisir. Je parle au nom de tous, mais tous ceux qui ont touché ce projet de près ou de loin pourront vous le confirmer, ce n’était que du bonheur. Du preneur de son aux musiciens en passant par le mastering, tout le monde a été heureux de bosser sur ce disque. Il y a eu aussi beaucoup de respect entre les différents intervenants. Et ce son, vous avez entendu comme il est beau ? Ces arrangements ?

Chico & the Gypsies et Hasna, DR
Chico & the Gypsies et Hasna, DR

Justement, c’est pour cette raison que vous avez souhaité éditer un vinyle ?

J’adore les vinyles. Ils représentent toute une époque. Je suis de l’époque de ceux qui achetaient des 33 tours ! Donc, oui, c’est une grande fierté d’avoir édité un vinyle pour « Unidos ». C’est un bel objet collector.

Pourquoi un tirage aussi confidentiel ? 300 exemplaires, il n’y en aura pas pour tout le monde…

Justement parce que nous souhaitions que ça reste un objet collector. Ceux qui auront la chance de l’avoir, ils auront un vrai collector entre les mains. Je souhaitais une édition très limitée de cet objet. Ça apporte à ce tirage un côté précieux. Moins on en édite, plus ils auront de la valeur ! (rires)

Mélanger l’arabe et l’espagnol sur un même disque, c’était un souhait qui vous trottait dans la tête depuis un moment ?

J’adore ça. Ce sont mes racines. J’adore les mélanges comme j’adore les duos, vous le savez. Et j’aime aussi tout ce qui peut paraître improbable sur le papier, comme là, la réunion de l’arabe, de l’espagnol, de la musique orientale et gipsy. Et puis, au-delà du fait que ça me plait beaucoup, je trouve que c’est intéressant d’ouvrir le panel d’écoute pour les gens qui nous suivent depuis toutes ces années. Ça ouvre des horizons différents, des sensibilités différentes… et ça, j’aime bien !

Finalement, quand on écoute « Unidos », il est très différent des derniers que vous avez publiés.

Je suis d’accord avec vous. On est presque rentrés là dans une espèce de World Music. Et pour nous aussi, ça a changé beaucoup de choses. Quand on écoutait les pistes au fur et à mesure de l’enregistrement, on était nous-mêmes assez émerveillés du résultat. La sensibilité orientale d’Hasna avec notre savoir-faire gipsy, ça matche vraiment bien. Hasna est notre petit diamant et nous lui avons confectionné un écrin à sa dimension.

Chico & the Gypsies et Hasna, DR
Chico & the Gypsies et Hasna, DR

Vous reprenez « La Mamma ». Vous étiez très proche de Charles…

Ça fait plus de trente ans que nous nous connaissions avec Charles… Les quinze dernières années, il est venu habiter en Provence à vingt kilomètres de chez moi. Nous nous voyions toutes les semaines. Nous avons fait tellement de choses ensemble. Charles, c’était mon grand ami. À tel point que nous avons enregistré un duo ensemble. C’était un homme et un artiste incroyable.

Pourquoi « La Mamma » en particulier.

C’est un hommage que je voulais rendre à Charles, évidemment, mais à toutes les mamans également. Et spécialement à la mienne qui s’appelait Mama. C’était ça l’idée ! Et puis, vous avez vu l’interprétation d’Hasna ? Elle est fabuleuse… L’autre jour, nous étions au Maroc pour faire la promotion de l’album, et un journaliste que nous avons rencontré pleurait tellement cette version était belle.

Comment « Unidos » est-il reçu dans le monde arabe ?

Super. Ça faisait un moment qu’Hasna n’avait plus publié d’album et son retour était très attendu. Elle est revenue par la grande porte avec ce projet. Il y a tout le côté international de sa musique, beaucoup de sincérité, et cette couleur que nous lui avons apportée… Le choix des chansons est bien reçu aussi, tout comme leur interprétation.

Dans le même temps, vous publiez « C’était mal parti », une autobiographie. Drôle de titre !

Bah… écoutez… c’est la vérité ! C’était mal parti ! (rires) Au départ, quand j’ai démarré ma vie de musicien avec les gitans à Arles, tous mes amis me disaient « Eh bien, mon pauvre, tu es mal barré ! » (sourire) J’étais un fils d’émigrés, je faisais de la musique avec des gitans… tout ça il y a quarante ans… Les gitans étant vus comme des voleurs de poules et d’enfants à l’époque. Il y avait tout un fantasme autour de ça. Même mes propres parents ne voyaient pas ça d’un bon œil. Pour réussir dans la vie et gravir les échelons, il fallait faire des études. Et moi, je les descendais en allant faire de la musique avec les gitans. Quand on se reporte à l’époque, je le confirme… C’était mal parti ! (rires)

Quand on vous interviewe, vous aimez raconter des histoires à propos de votre parcours. Mais là, écrire un livre, c’est un autre exercice. C’est vraiment replonger dans votre passé. Qu’est-ce que ça vous a fait ?

Franchement ? J’y raconte tout un tas d’anecdotes, de rencontres, tout ce qui m’est arrivé, etc… Mais quand je l’ai relu, j’ai vraiment eu l’impression que ce n’était pas moi qui l’avais écrit, que ce n’était pas ma vie. J’ai vraiment eu l’impression de lire un roman, tant cette histoire est une épopée extraordinaire. Je pense que les gens me connaissent puisque je raconte tout un tas de choses depuis des années, mais à travers ce bouquin, ils me découvrent. On faisait la manche au départ. On ne peut pas dire qu’on a galéré puisque nous étions heureux de faire ce que nous faisions. Nous étions jeunes et pleins d’espoir. Je me souviens que quand nous avons écrit « Bamboléo », aucune maison de disques ne voulait nous signer. Personne n’y croyait. Alors, oui, c’était bel et bien mal parti. Mais au final, quand vous voyez ce qui est arrivé, eh bien, c’est plutôt pas mal ! 25 millions d’albums vendus, des milliers de concerts dans le monde entier, une renommée mondiale, le premier groupe français qui a ramené un disque d’or des États-Unis… Je raconte dans ce bouquin des choses qui font sourire, d’autre moins. D’autres même qui font grincer des dents. J’y raconte mon aventure au sein des Gipsy Kings, puis avec Chico & les gypsies et ma vie personnelle.

Une vie bien remplie. Avez-vous tout de même des regrets ?

Mon seul regret ? C’est que le groupe de légende que nous avons créé il y a quarante ans, les Gipsy Kings, est aujourd’hui désintégré. Il n’y a plus que deux personnes de l’époque qui jouent ensemble. Chacun a monté son propre groupe. Il y a quinze groupes portant le nom de Gipsy Kings qui tournent dans le monde, mais aucun n’est les vrais Gipsy Kings. Chacun joue avec une partie de ses enfants, c’est tout à leur honneur. Mais annoncer au public le nom de Gipsy Kings, ce n’est pas honnête. Finalement, le public est trompé. C’est dommage. C’est mon seul regret, en fait. La seule ombre au tableau. Ce n’est pas beau. Ce n’est pas l’histoire que nous avions écrite à l’époque. On doit le respect au public. On ne peut pas le tromper. Qui accepterait qu’il y ait quinze Rolling Stones qui sillonnent le monde ? Personne !… N’empêche que la vie est belle !

Toujours optimiste Chico !

Toujours. Vous savez, Manitas de Plata, c’était vachement confidentiel. Nous avons inventé un style de musique, le Gipsy Rock, un mélange de rumba, flamenca… et de l’autre côté l’énergie du rock. Dans « Bamboléo », c’est flagrant. Il y avait une énergie dans ce titre incroyable. Aux États-Unis, on était diffusé en même temps que Madonna ou Michael Jackson. C’était incroyable. C’était toute une histoire. Et ce qui est génial, c’est qu’aujourd’hui, la relève est assurée ! Mon petit-fils Pépino vient de sortir son premier disque de Noël, « Feliz Navidad ».

Chico & the Gypsies, DR
Chico & the Gypsies, DR

En parlant de Pépino. Vous souvenez-vous de la toute première fois où vous avez touché une guitare ?

Ma première guitare, c’est mon grand frère qui me l’a offerte. C’est lui qui m’a fait aimer Manitas et José Reyes, à l’époque. Je ne connaissais pas. Ce n’est qu’après que j’ai rencontré les frères Reyes, puisque nous habitions dans le même quartier. Je les ai connus un par un, sans savoir qu’ils étaient frères, jusqu’au jour où je suis allé dîner chez eux et que je les ai tous vus arriver au repas. J’ai halluciné. Et à la fin, j’ai vu arriver José Reyes, le chanteur de Manitas, que j’écoutais sur l’album que m’avait offert mon frère. Depuis ce jour, nous ne nous sommes plus jamais quittés. Leur maman, Clémentine, était une femme extraordinaire, d’une gentillesse, d’une générosité et d’une bienveillance fabuleuses ! J’ai été adopté par la famille Reyes, et nous ne nous sommes plus quittés. Et je fais toujours de la musique gipsy… même si c’était mal parti ! (rires)

Propos recueillis par Luc Dehon le 24 novembre 2021.
Photos : DR

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Author: Luc Dehon