Interview – Rencontre avec Molly Pepper (Sandrine Quétier)

Molly Pepper © Julien Mignot

Molly Pepper a publié vendredi dernier un excellent premier EP aux couleurs rock garage, punk et électro. Séduits par le son rapidement addictif de Molly Pepper, nom derrière lequel se dissimulent Jean Bocheux, François Pavan et Sandrine Quétier, nous avons passé un petit coup de fil à Sandrine pour en savoir plus sur la genèse du groupe et ses projets. Rencontre avec une rockeuse qui, malgré son passé à la télé, se présente ici comme une débutante. Ou presque…

Molly Pepper, EP1
Molly Pepper, EP1

Tout le monde connaît l’animatrice et la femme de médias que vous êtes, nettement moins la rockeuse… J’aimerais donc qu’on parle un peu du parcours de cette rockeuse ! Venez-vous d’une famille dans laquelle on écoutait beaucoup de musique ?

Je ne viens pas du tout d’une famille de musiciens, par contre, oui, on écoutait de la musique à la maison. J’avais d’un côté l’influence de ma grande sœur qui écoutait des trucs un peu disco, et d’un autre celle de mes parents qui écoutaient plutôt de la grande chanson française et du jazz. Donc, on n’était pas du tout dans un univers rock… mais pas du tout ! Par contre, un des premiers disques que j’ai dû acheter, c’était un de Kim Wilde. Elle était l’une des premières artistes que j’ai vraiment adorées. Ensuite, ma sœur m’a initiée aux Beatles, ça a été un grand choc. Et après ça, j’ai eu une grande période Michael Jackson. J’étais très fan de lui, je le suis toujours d’ailleurs. (sourire) Vers quinze / seize ans, je suis tombée dans Depeche Mode et Cure, toute cette vague-là qui ne m’a jamais quittée non plus. Puis, petit à petit, j’ai écouté tout un tas de choses différentes comme du rock steady, du reggae, du ska… J’écoutais Radio 7 qui avait une programmation très rock. C’est à cette période que j’ai vraiment affiné mon goût pour le rock.

Quel est votre parcours d’enfant et d’adolescente, point de vue musique. Vous apprenez à jouer d’un instrument ? Vous montez des groupes ?

J’ai monté un groupe de Ska quand j’avais dix-sept / dix-huit ans. En fait, d’aussi loin que je m’en souvienne, la musique a toujours fait partie de ma vie. Toujours. Toutes mes émotions, je les ai vécues à travers la musique, elles se traduisaient en musique. Sans pour autant en faire, mais toujours en en écoutant.

Vous écriviez déjà des chansons ?

On va dire que oui et non… J’écrivais des petites paroles, mais je gardais tout pour moi.

Après, vous avez le parcours qu’on connait à la télévision. Vous n’êtes jamais très loin du monde de la musique, mais en écrivez-vous ? En faites-vous ?

Vous savez, très honnêtement, je ne me sentais pas légitime dans le fait de faire de la musique. Je manquais d’assurance et probablement de courage aussi. J’avais l’impression que tout ce que j’aurais pu sortir aurait été un peu naze, un peu mièvre… Par contre, j’ai toujours tenu des carnets dans lesquels j’écrivais des choses, des mots et des mélodies. Mais tout ça est resté à l’époque à l’état embryonnaire dans le sens où je n’osais pas le partager.

Molly Pepper © Julien Mignot
Molly Pepper © Julien Mignot

Aujourd’hui, vous osez donc vous affirmer en tant que rockeuse. Il y a d’abord eu l’aventure avec The Jokers, et maintenant Molly Pepper. Dans quelles circonstances avez-vous rencontré vos deux acolytes, Jean Bocheux et François Pavan ?

Nous avions fait une première partie de tournée avec mon précédent groupe, The Jokers, donc. J’ai connu Jean Bocheux à cette époque. Il était venu nous rejoindre sur scène. J’aimais vraiment beaucoup son travail, c’est un musicien génial qui touche à tout, il a travaillé pour la publicité, le théâtre… il réalise aussi des vidéos. Bref, nous nous sommes très bien entendus très rapidement. Et à cette époque le premier confinement tombe. C’est donc le clap de fin de la tournée de The Jokers. Jean me dit alors qu’il a fait deux trois trucs et qu’il aimerait me les faire écouter. Il m’a donc envoyé quelques morceaux, et j’ai tout de suite trouvé son univers très sympa. Très rock garage, comme j’aime bien. Au sortir du premier confinement, il m’a présenté un autre guitariste, François Pavan,  producteur également, et m’a suggéré que ce serait peut-être bien qu’on fasse quelque chose tous les trois. Nous nous sommes donc retrouvés dans son garage dans le Xème au milieu de toutes ses motos et de tout son matériel de musicien. Quand je vous disais que c’était un vrai garage band, ç’en est un vrai de vrai ! (rires) Au fil du temps, nous nous sommes retrouvés dans ce garage de plus en plus souvent pour chercher des sons, poser des voix, etc… L’alchimie a vraiment fonctionné dès le départ entre nous. On était tous les trois sur la même longueur d’ondes. Notre crédo : ne rien s’interdire. Le principe de Molly Pepper, c’est faire ce qui nous plaît, et rien d’autre. Il n’y a jamais de considérations du genre « C’est trop rock ou pas assez ». Non ! Si on a envie de créer un morceau et qu’on le trouve bien, on travaille dessus. Petit à petit, pendant le deuxième confinement, on a créé pas moins de quatorze titres. Et on les a enregistrés dans la foulée dans ce garage.

Jean Bocheux, Molly Pepper © Julien Mignot
Jean Bocheux, Molly Pepper © Julien Mignot

Qui amène quoi ?

On travaille vraiment les morceaux à trois en répète. J’amène parfois des textes ou des mots. Après, les garçons s’occupent de tout ce qui est production, ils ajoutent des sons et des effets. Nous avons travaillé également avec Jean Baret qui a mixé nos titres après une première résidence. Pour ce qui est du mastering, on ne savait pas vraiment trop avec qui travailler. On a envoyé nos prods à différentes personnes, et le travail de Chab collait vraiment bien à notre univers. Il a masterisé notre album.

François Pavan, Molly Pepper © Julien Mignot
François Pavan, Molly Pepper © Julien Mignot

Si je comprends bien, tout a été très vite. Vous avez mis à profit les différents confinements pour mettre ce projet Molly Pepper sur pieds.

Oui, tout a été très vite, comme une évidence. Une sorte de fulgurance. On a été très très productifs sur quelques mois tout au plus et un album a été mis en boîte. On a donné nos premiers concerts plus tardivement. Enfin, tardivement… façon de parler (sourire) On les a donnés l’année dernière en juillet. Disons que malgré notre courte existence, on a déjà fait pas mal de choses. Tout s’est bien imbriqué dans le temps. Les étoiles étaient alignées. Nous avions tous les trois les mêmes envies au même moment et nous avons foncé. On avait tous pas mal de travail à côté, mais là, avec les confinements, on a pu se rendre disponibles et nous avons profité de ce temps dégagé pour travailler sur nos morceaux. Une fois que l’album a été enregistré, il y a eu un énorme travail de production, mais la base a été très vite posée. Au bout de compte, c’est un énorme boulot que nous avons fourni, mais toujours dans la joie tous les trois enfermés dans ce garage… Jamais on n’a accouché d’un morceau dans la douleur. Ça ne nous plaisait pas plus que ça ? On ne s’acharnait pas, on passait à autre chose et on y revenait un peu plus tard… ou pas, d’ailleurs. On a beaucoup bossé via What’s App aussi quand on ne pouvait pas se retrouver au garage. Tout a vraiment été très fluide.

Vous avez donc un album de quatorze titres en boîte et vous publiez un premier EP. Il faut le voir comme une carte de visite ? Une présentation ?

Voilà, c’est ça. On a envie de faire découvrir l’univers de Molly Pepper au travers de ces quatre titres, sachant qu’il y a tout un tas d’influences et d’envies différentes. On a un album qui sortira avant la fin de l’année et là, notre plus grand souhait, c’est d’aller sur scène. On travaille là-dessus en ce moment. Entre l’EP et l’album, il y aura peut-être un single ou quelque chose comme ça. On ne sait pas très bien encore comment tout va s’articuler, on est encore en pleine réflexion.

Sandrine Quétier, Molly Pepper © Julien Mignot
Sandrine Quétier, Molly Pepper © Julien Mignot

J’aimerais qu’on évoque rapidement ces quatre titres qui figurent sur ce premier EP, tous très différents les uns des autres. Dans quel mood les avez-vous créés ?

« This Is » est un parallèle avec le monde dans lequel on vit, qui se construit au fur et à mesure qu’il se déconstruit. Un clip a d’ailleurs été réalisé dans ce sens, avec un mouvement perpétuel. On s’est demandé comment, stylistiquement, évoquer ça, et on a eu cette idée de scander des mots. Au final, ce titre se retrouve avec un refrain très catchy et un côté très universel. Pour « All the things », c’est un peu différent. L’idée, c’est « oublie tout ce que tu sais ». C’est un peu l’histoire d’une dérive. C’est un morceau qui existait déjà et que j’ai réinterprété. C’était assez drôle d’ailleurs parce que les garçons me disaient que je n’étais pas assez énervée pendant l’enregistrement. On a fait un nombre impressionnant de prises pour le chant, avec à chaque fois un peu plus d’énervement dans la voix. Je hurlais littéralement dans le garage. Je me suis époumonée sur ce morceau avant de trouver la bonne intention… j’ai vraiment été gênée pour les voisins ! Surtout qu’on a fait les prises à 10 heures du mat’ (rires)… J’étais à peine réveillée !

Sandrine Quétier, Molly Pepper © Sébastien Andreani
Sandrine Quétier, Molly Pepper © Sébastien Andreani

« Song », pour le coup est beaucoup plus douce. C’est une balade…

Oui, il en faut pour tous les goûts ! (rires) Cette chanson est partie d’une ligne de basse. Je suis allée dans le dictionnaire voir la définition d’une song. Et c’est ce qu’on retrouve en partie dans les paroles. Qu’est-ce qu’une chanson ? À quoi peut-on la comparer ?

« Hi Gene » est un morceau dans un esprit plus punk, quant à lui.

Oui. C’est un morceau que j’aime beaucoup. C’est l’histoire d’un mec qui rentre chez lui et qui trouve sa femme dans les bras de quelqu’un d’autre. On est plus dans le fait de raconter une histoire qui se trame ici.

Molly Pepper… Vous avez personnifié le nom du groupe en lui donnant un prénom et un nom.

C’est tout à fait ça. On voulait donner au groupe le nom d’un personnage imaginaire. On voulait que chacun puisse imaginer Molly Pepper comme il le souhaitait, ou qu’il puisse s’identifier à ce personnage. Molly Pepper n’est rien d’autre que la projection que vous vous faites de ce personnage imaginaire. Ce peut-être un super héros ou une super héroïne, votre voisine ou votre voisin de palier. Peu importe. C’est un personnage qui nous permet, à nous aussi, de jouer dans la création. Quand vous regardez le visuel du EP, ce pourrait être Molly Pepper. Molly Pepper peut prendre toutes les formes qu’on a envie qu’elle prenne. C’est un personnage de fiction.

Qui s’occupe du visuel, image et vidéo, de Molly Pepper ?

On travaille tous les trois dessus… mais très honnêtement, c’est Jean Bocheux qui en fait au moins les 80%. Il est vidéaste, c’est un artiste complet, et il maîtrise l’image. C’est lui qui a eu cette idée du clip de « This is ». C’est un clip tourné à l’Iphone. Il a fait un travail de production de dingue, image par image, pour donner cette illusion de monde qui s’écroule. Le visuel du Ep, c’est un extrait retravaillé de ce clip. Cette image correspond à la mort d’Elvis, c’était un clin d’œil qu’on voulait faire à mon ancien métier. En fait, comme vous avez pu le voir dans le clip, j’interprète différentes speakerines à travers les époques. Celle-ci correspond à la mort d’Elvis. C’est donc un clin d’œil à mon ancien métier, et un clin d’œil à Elvis, que Jean adore.

Vous qui avez officié à la télé pendant des années, vous connaissez le pouvoir de l’image. Mais quel est votre rapport à l’image pour votre projet musical ?

Il est crucial. L’image est devenue un vecteur essentiel de nos jours. À terme, on aimerait créer un univers visuel et graphique autour de Molly Pepper aussi bien dans la vidéo, l’image ou la scénographie. Là, nous en sommes aux balbutiements du projet et on est en pleine réflexion à ce propos d’ailleurs. Nous venons de publier le clip de « All the things », et là on est encore dans quelque chose de très différents. On est dans un univers très rock, très saccadé. Il faut que l’image raconte une histoire, et que ce soit esthétique.

Les deux clips publiés sont d’ailleurs très travaillés.

Oui, rien n’a été fait au hasard. Jean a fait un travail exceptionnel. Tout a été réfléchi en amont. Nous sommes tous les trois très exigeants dans notre travail, donc, le storyboard avait été vraiment détaillé en amont. Molly Pepper, ce n’est pas juste de la musique. C’est tout un univers visuel. C’est une proposition complète. Notre souhait est que Molly Pepper invite les gens à s’évader, à réfléchir et à imaginer… C’est d’ailleurs notre souhait dans l’image qu’on véhicule : ne pas enfermer les gens dans une vision restreinte. Toutes les portes restent ouvertes. Nous avons, nous, notre idée et notre point de vue, mais chacun est libre de se faire le sien.

Jean Bocheux, Molly Pepper © Sébastien Andreani
Jean Bocheux, Molly Pepper © Sébastien Andreani

Il va se passer quoi dans les prochaines semaines ? De nouveaux clips ?

Oui, très certainement. On a en tout cas beaucoup d’images qui ont été tournées sur fond vert qui ouvrent tout un champ de possibles. On va dévoiler un titre très fort prochainement. Je ne peux pas en parler aujourd’hui, c’est encore trop tôt, mais il y a des choses surprenantes qui arrivent.

Même si c’est encore un peu difficile de parler concerts et tournées, il y a des dates qui se profilent ?

Oui. Et notamment une résidence avec un concert le 15 avril à Guyancourt en première partie de Ray Wilson. Ça va être super. Il y aura aussi des dates à la fin du printemps et cet été. Je dois avouer qu’avec l’embouteillage dû au Covid, ce n’est pas forcément très simple pour un jeune groupe de booker des dates…

Ghislain, Molly Pepper © Sébastien Andreani
Ghislain, Molly Pepper © Sébastien Andreani

Avez-vous des musiciens additionnels sur scène ?

Oui, nous avons un quatrième acolyte, Ghislain qui s’occupe de la basse et des machines.

Vous avez l’habitude de la scène en tant que comédienne. L’abordez-vous différemment en tant que chanteuse ?

Oui, forcément. Disons qu’avec les Jokers, on a beaucoup tourné et on a eu l’occasion de faire de grosses salles en première partie. Donc, j’ai une certaine expérience de la scène en tant que chanteuse. Là, le projet est encore différent, donc ce sera une autre histoire. Je vais me retrouver « nue » devant les gens. C’est vertigineux et en même temps très enrichissant. Voir les gens qui dansent devant vous quand vous chantez, c’est quelque chose d’ultra touchant.

François Pavan, Molly Pepper © Sébastien Andreani
François Pavan, Molly Pepper © Sébastien Andreani

Après la carrière que vous avez eue à la télévision, ce ne doit pas être évident de repartir de zéro, ou presque, dans le rock…

Je suis comme une adolescente ! Comme c’est excitant !… Et angoissant aussi, parce que là, je vais être jugée sur ma musique. Mon passé d’animatrice, que je ne renie absolument pas, il faut se rendre compte que c’est à la fois un formidable ticket d’entrée, et un même temps c’est assez casse-gueule. Je sais que je suis attendue au tournant et qu’on va me juger beaucoup plus rapidement qu’une autre. C’est à double tranchant avec l’image de la fille qui a fait de télé… En tout cas redémarrer de zéro avec une vraie proposition artistique, que je pense intéressante, c’est un challenge qui me plait. J’espère convaincre le public qu’on est un groupe de rock qui tient la route. De toute façon, notre but, c’est d’avoir un public et partager avec lui notre musique. S’il n’y a pas de partage, autant chanter dans sa salle de bain ou son salon. En tout cas, ce challenge, je le trouve super excitant et super réjouissant.

Vous qui avez interviewé de nombreux artistes, vous retrouver de l’autre côté, j’imagine que c’est une sensation bizarre…

Ah là là ! Ça fait drôle ! Très drôle ! (rires) Pendant des années, j’ai interviewé des chanteurs, des chanteuses, des groupes… et là, je suis à leur place. Je vais vous avouer que je ne suis pas encore rompue à cet exercice-là. C’est tout nouveau pour moi, finalement… C’est spécial, mais souvent bienveillant. Et ça, c’est chouette.

Propos recueillis par Luc Dehon le 18 février 2022
Photos : Julien Mignot (Studio), Sébastien Andreani (Scène)

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Author: Luc Dehon