Interview – Rencontre avec Kerredine Soltani

Kerredine Soltani - DR

Kerredine Soltani vient de publier « Héritier », un nouvel EP composé de sept chansons dans lesquelles l’artiste se livre comme jamais. Après avoir écrit pour de nombreux autres (Zaz – le fameux « Je veux » –, Kendji, Amel Bent, Elisa Tovati…) et avoir publié deux premiers albums dans lesquels il se cachait derrière de l’humour ou des orchestrations un peu sophistiquées, Kerredine revient aujourd’hui en toute simplicité avec des mots percutants, des chansons dans lesquelles l’artiste évoque notamment le parcours de ses parents qui ont vécu dans le bidonville d’Argenteuil. Nous évoquerons également le projet « Ma cité va chanter » qui verra le jour dans les prochains mois. Rencontre avec un artiste solaire et toujours aussi sympathique…

Même si le grand public connaît bon nombre des chansons que tu as écrites pour Zaz, Kendji Girac, Amel Bent, etc… Il te connaît, toi, finalement mal, voire pas du tout. J’aimerais donc que l’on évoque ton parcours et celui de tes parents, si tu le veux bien. Toute cette histoire qui a nourrit ce nouvel EP, « Héritier ».

Je suis donc né à Argenteuil. Mes parents, eux, venaient de Tunisie et sont venus travailler en France. On leur avait promis de gros salaires par rapport à ce qu’ils gagnaient en Tunisie, comme aujourd’hui certains vont en mission en Alaska ou au Canada. Sauf que… ils sont arrivés ici et ont vécu dans les bidonvilles d’Argenteuil pendant quelques années. Ma mère faisait des ménages, mon père travaillait sur des chantiers, tous les métiers un peu compliqués. Après, je suis né. J’ai eu la chance de ne pas naître en bidonville mais à l’hôpital et de grandir dans ce que ma mère appelle un château… un HLM. Dans le bidonville, il n’y avait ni eau ni chauffage, juste des tôles en guise de murs et quelques tapis pour essayer de freiner le vent. Du coup, moi, j’ai grandi dans cette cité, et j’y ai eu une enfance extraordinaire. La cité, à mes yeux, c’est un jardin d’enfants géant. On avait quelques petits jeux en bas dans un petit jardinet. Nous y étions toujours une trentaine d’enfants du même âge à jouer. Trente copains. On n’attendait pas l’école pour se retrouver, puisque nous allions tous à l’école ensemble. Nous étions juste tous là, à jouer. J’ai vraiment de bons souvenirs de cette époque, nous nous amusions bien. On jouait et on rigolait tous ensemble. J’ai donc grandi dans cet environnement, dans une super famille avec beaucoup d’amour. Et surtout, cerise sur le gâteau, une maman qui cuisinait les meilleurs repas du monde ! (sourire)

Kerredine, Héritier
Kerredine, Héritier

Tu étais le plus petit de la famille.

Oui. Et aussi le plus petit de mes amis. J’ai toujours été le petit, en fait, le plus jeune. Du coup, comme tous les plus petits, on parle moins et on observe. J’ai vu comment les gens se comportaient, j’analysais tout ça. Je n’étais pas quelqu’un d’actif, je regardais ce qui se passait, les bonnes comme les mauvaises choses. J’ai toujours eu le cœur proche de ma mère. J’ai toujours écouté ce qu’elle m’autorisait et ce qu’elle m’interdisait. Comme beaucoup d’enfants et de parents, d’ailleurs. Mais tous les enfants ne sont pas proches de la parole de leur mère comme je l’étais. Moi, mon cœur était accroché à la bouche de ma mère. Ce qu’elle me disait de faire, je le faisais. Elle dit de moi que j’étais un enfant sans problème… (sourire) Ça m’a évité de faire des bêtises comme beaucoup d’adolescents en font, et peut-être encore plus dans les quartiers difficiles où on passe d’une enfance idyllique au monde des grands. Il y a de la violence dans le comportement d’un adolescent, quelque chose d’un peu extrême. Peu importe d’où il vienne ou son milieu social. L’adolescent est comme ça. Nous, dans le quartier, il y avait des bagarres de bandes et ce genre de choses. Mais je n’étais pas du tout là-dedans. Je n’ai d’ailleurs aucune once de violence en moi, juste beaucoup d’amour.

Et tu écrivais déjà beaucoup…

Oui, j’écrivais beaucoup. Je parlais peu, mais j’écrivais. Les gens qui parlent peu ont besoin de dire des choses, alors ça passe par un autre vecteur. Pour certains, c’est la peinture ou la sculpture. Moi, c’était l’écriture et la chanson. Le chant m’a vraiment aidé. C’était le seul moment où j’avais un micro et où les gens me regardaient et m’écoutaient, surtout. J’avais tellement de choses à dire que j’ai écrit plein de chansons.

L’Art (l’écriture, le chant…) t’a sauvé d’une certaine manière. Comment est-il rentré dans ta vie ?

Ça ne vient pas forcément de mes parents. Mes frères et sœurs écoutaient pas mal de musique. Ma sœur adorait Mike Brant. Mes frères, c’était du Stevie Wonder ou du Jackson. Mais en fait, mon premier vrai rapport avec le chant a commencé en chorale à l’école. Le prof de chant m’a dit que je chantais juste et bien. Je faisais déjà beaucoup de sport à l’époque, donc, j’avais du souffle, mais surtout, il m’a dit que j’avais l’oreille. Il m’a même dit face à la classe que j’étais un bon chanteur. Il m’a donné confiance en moi. Après, l’écriture je l’ai peaufinée à partir de la cinquième. C’est là que j’ai commencé à écrire des poèmes que je distribuais aux gens. Je me souviens, à quatorze ans, quand je rentrais chez moi, je chantais une chanson. Je me suis dit qu’un jour, il fallait que ce soit ma propre chanson que je chante.

Tu as rapidement su que tu voulais devenir chanteur.

Je ne voulais pas devenir chanteur. J’étais chanteur. C’est différent. Je n’avais pas le projet de devenir chanteur puisque dans ma tête, je l’étais déjà. Je n’ai jamais pensé à l’argent, je pensais juste à ma musique. Aujourd’hui encore, même si j’en ai gagné et même beaucoup, je ne l’ai pas fait exprès. Jamais je n’ai écrit une chanson en calculant ce qu’elle allait pouvoir me rapporter. Je suis le plus heureux quand je chante, que ce soit devant une, vingt ou cinquante personnes. Je n’ai jamais fait de Zénith ni de grosses salles. J’ai écrit des titres pour d’autres qui eux les ont chantés dans des Zénith, mais ils ne m’ont jamais invité en première partie… En même temps, je ne leur ai jamais vraiment demandé, mais eux ne m’ont jamais invité non plus… (sourire) Mais tout ça, ce n’est pas important, tant que je peux chanter, c’est le principal. Un p’tit concert, et je suis le plus heureux des hommes !

Revenons à ton parcours. Tu sors un disque alors que tu es en terminale.

Oui. L’année de ma terminale, j’ai sorti un CD chez un des plus grands producteurs de l’époque, il avait produit « Notre Dame de Paris ». On passait en radio, sur NRJ… On était trop contents avec mes copains. Tu t’imagines, on était au lycée et on passait à la radio !… Après, de fil en aiguille, les choses ont moins fonctionné. Je me suis dit qu’il fallait que je réussisse dans ce métier. Je suis sorti de mon quartier et je suis allé dans les plus belles soirées à Paris. Hélas, avec mes copains, on n’était pas les bienvenus. Non parce qu’on faisait des choses mal, mais à cause de notre physique, notre aspect. Mais avec mon esprit un peu revanchard, je suis revenu sans mes copains. J’ai changé un peu mon style et j’ai réussi à rentrer dans ces soirées. J’ai rapidement compris qu’on ne nous refusait pas l’entrée pour notre origine, mais pour notre style. Le style est plus important que tout, je l’ai compris très rapidement.

Tu rencontres alors pas mal de gens.

Oui, j’ai rencontré pas mal de gens dans toutes ces soirées. Des gens du monde du cinéma, de la musique… On m’a proposé une mission pour le Ministère de la Culture. J’ai continué à faire de la musique, mais j’étais tellement fier de bosser pour le Ministère de la Culture ! J’ai même travaillé sur des missions pour l’Elysée après. Parallèlement, j’ai toujours travaillé ma musique. Je n’ai jamais lâché. Pour moi, le timide, la musique a toujours été mon moyen d’expression. La musique m’a permis de parler, de m’exprimer. Quand je chantais, on me regardait et on m’écoutait. La musique était ma façon d’exister, tout simplement. Certains existent avec leur argent ou leur descendance, moi, j’existais avec ma musique. Ça me convenait parfaitement. Je bossais à côté pour le cinéma et ce genre de chose, mais j’avais mon projet perso en tête.

Tu te maries à l’époque.

Oui. Ma femme était extrêmement jalouse et elle m’a très bien fait comprendre que la musique, ce ne serait pas possible. Elle ne voulait pas voir des filles tourner autour de moi. J’ai accepté, mais mon cœur mentait. J’ai dit OK avec la bouche, mais pas avec le cœur. J’ai donc continué en douce à faire de la musique… dans la cave. Sans qu’elle ne le sache, pour qu’elle ne s’en aperçoive pas. J’avais vraiment l’impression d’être un dealer qui se cachait parce qu’il faisait des choses pas nettes (rires) C’était pourtant juste de la musique… (sourire)

Tu commences à écrire pour les autres à cette époque.

Oui, puisque je ne pouvais plus chanter moi-même, j’écrivais pour les autres. J’ai voulu écrire pour celles et ceux dont personne ne voulait s’occuper. Là, j’ai commencé à m’occuper de certaines personnes, dont une jeune fille qui s’appelait Isabelle et que personne ne voulait signer. Je lui ai écrit la chanson « Je veux ». Elle s’est appelée Zaz, et la chanson est devenue un succès planétaire. Beaucoup m’ont demandé d’où je sortais… je sortais de ma cave ! (éclats de rire) Juste avant le succès de Zaz, je me suis séparé de mon ex et j’ai donc continué mon chemin dans la musique. J’ai eu la chance qu’on s’intéresse à moi et aux chansons que j’écrivais.

Tu as publié deux albums. Un premier éponyme en 2012, puis « Bandit Chic » en 2014.

Ouais !… Et je suis parti un peu dans n’importe quoi avec ces deux albums. En promo surtout… Tout simplement parce que je ne suis pas arrivé dans le milieu de la musique comme un chanteur classique avec sa guitare ou son clavier. Non, je venais d’une histoire tellement grande et tellement dingue avec « Je veux » qui a été un succès planétaire, que je n’ai pas compris ma place dans la musique. J’ai invité tout le monde à ma table. En promo, je n’avais pas de ligne directrice. J’avais tant de choses à dire que je voulais toutes les dire d’un coup. Du coup, beaucoup de gens m’ont suivi, mais pas assez. Après, j’ai continué à écrire pour d’autres, comme Kendji ou Amel Bent.

Et là, tu reviens avec un nouveau projet plus « épuré » ai-je envie de dire.

C’est ça. Je ne crache pas dans la soupe, avoir écrit pour les autres m’a rapporté beaucoup d’argent, mais ce n’était pas le but. Mon but, c’était d’écrire pour moi. Comme je ne pouvais pas le faire, j’ai écrit pour les autres. Un jour, quelqu’un m’a posé la question. « Tu es auteur. Tu aimes ce métier ? » Je lui ai répondu que je détestais ça. Mais que je n’avais pas eu le choix. Le problème, c’est que quand quelqu’un me demande quelque chose, je ne sais pas dire non. Du coup, je me suis dit qu’il fallait remettre les choses en place et qu’il était temps que j’écrive pour moi. Et « Héritier » est né.

Tu as toujours parlé de toi, ton histoire et celle de ta famille, dans tes deux précédents albums, mais jamais de façon aussi frontale et directe qu’aujourd’hui.

Je suis entièrement d’accord avec toi. Avant, je me cachais. Que ce soit derrière l’humour, des arrangements sophistiqués ou des mélodies un peu gaies et entrainantes. Aujourd’hui, j’ai voulu proposer des chansons sans maquillage. L’émotion que je porte en moi depuis des années, je la transporte directement dans mes chansons aujourd’hui, sans artifice. Avant, même si l’émotion était là, je ne la livrais pas de la même manière. C’est un peu comme quand un ami te demande si tu vas bien et que tu réponds « Oui, oui », même si ça ne va pas du tout. Aujourd’hui, c’est comme si je répondais « non, pas du tout ». (sourire) J’ai donc retranscrit tout ceci musicalement avec des notes plus douces et plus touchantes, et, surtout, des mots plus directs, comme tu le soulignais. En musique, il faut souvent se plaindre, il faut chialer sa vie d’une certaine manière… Et je ne voulais pas le faire, parce que j’ai une belle vie. Quand j’ouvre les fenêtres et que je regarde le monde et je me dis que j’ai une belle vie. Une très très belle vie. Du coup, je n’osais rien dire… Aujourd’hui, j’ose. J’ai une belle vie, mais je dis ce qui ne va pas. C’est en tout cas de cette manière que j’ai abordé l’écriture d’ « Héritier ». Du coup, il y a plus d’émotion, c’est plus chargé…

La voix est beaucoup plus mise en avant, aussi.

C’est ça. Que ce soit au niveau du mix ou le fait de gommer des arrangements superflus, on a voulu détacher les mots. J’ai travaillé avec les Bionix, qui ont bossé avec Stromae, et c’était un de leurs souhaits : détacher la voix. Il fallait que je raconte plutôt que de chanter d’une certaine manière, pour mieux faire passer le texte.

Le fait de ne plus te cacher derrière des orchestrations ou de l’humour a-t-il rendu l’écriture de ce disque plus difficile ?

Ça a été beaucoup plus difficile, oui. Extrêmement difficile, même. Et c’est en partie dû à mon tempérament. Pour la petite histoire… Comme tu le sais, je fais pas mal de foot. Quelqu’un m’a taclé l’autre jour et je me suis ramassé contre un mur. Je me suis fait plutôt très – très – mal… Mais je me suis relevé tout de suite en disant que tout allait bien. Dans mon tempérament même, je ne me plains jamais. Donc en musique, c’est la même chose. Pleurer ou marquer de la nostalgie dans une chanson, c’est quelque chose de compliqué. Si je prends l’exemple de la chanson « Héritier », je l’ai chantée devant de vrais héritiers au sens où on l’entend… eh bien, j’étais extrêmement gêné. La démarche n’est pas évidente par rapport à mon caractère. Mais je me suis fait violence, et j’en suis content, finalement.

Maintenant que tout est posé sur le papier et gravé, ça doit faire du bien.

Ce qui me fait du bien, c’est que les gens me comprennent mieux. C’était important pour moi. On se dit maintenant que Kerredine, ce n’est pas qu’un petit rigolo avec qui on passe une soirée marrante… On comprend que j’ai une véritable histoire.

Ton histoire, tu l’as aussi racontée dans les chansons que tu as écrites pour les autres. Je pense au fameux « Je veux » de Zaz.

Effectivement, quand Zaz dit « Donnez-moi une suite au Ritz, je n’en veux pas ! Offrez-moi du personnel, j’en ferai quoi ? », c’est mon histoire que je raconte, pas la sienne. J’ai été traité de voleur par le grand-père de mon ex-femme. Il pensait que j’avais pris les clés de son appartement… Au lieu de lui dire que je n’étais pas un voleur, je lui ai écrit ça. Je ne suis pas un aristocrate, je ne suis pas un héritier. Il vient de là le texte de « Je veux ». Avant, je ne le disais pas, aujourd’hui, je peux me permettre de le dire. Ce texte parle de mon histoire. C’était ma réponse.

Te cacher pendant toutes ces années, c’était peut-être une façon de te protéger, non ?

Clairement. J’avais un sourire permanent aux lèvres… Mais je l’ai toujours eu, même quand je n’avais rien. Il y a quelques années, en 2008, je vivais avec mes deux enfants dans 28 m² sans savoir comment j’allais payer le loyer. Du coup, j’ai pris un étudiant en colloc’ pour alléger les frais. On y a vécu à quatre. J’avais budgété 2.5 € par jour pour manger. Et on y arrivait. Mais à l’époque, même mes meilleurs amis et ma famille l’ignoraient. J’ai toujours fait comme si tout allait bien. Quand les gens venaient chez moi, je les recevais comme il fallait, sauf qu’on ne mangeait plus rien le reste de la semaine… Je n’ai jamais rien laissé paraître. Aujourd’hui, j’ai compris que ce n’était pas la meilleure façon de faire, dire que tout va toujours bien quand ça va mal…  

Louise, ta compagne, te rejoint sur le titre « Sidi Valentin ». C’était un souhait de sa part ou de la tienne ?

C’était mon souhait. Louise n’est pas chanteuse du tout… Mais dans mon objectif d’être vrai et coller à la réalité, je me suis demandé avec qui chanter une chanson d’amour en toute honnêteté, si ce n’est avec ma femme ? (sourire) Je ne pouvais pas partager ce titre avec une autre chanteuse, ce n’aurait pas été honnête. Elle n’était pas forcément pour, elle est trop pudique, mais on a fait des essais en studio, et ils se sont avérés concluants. J’en ai été le plus heureux. Aujourd’hui, je sais qu’elle est contente de l’avoir fait, mais quand on chante le titre devant des gens, je sens bien qu’elle est un peu gênée. Ce n’est pas trop son truc la chanson, ni le fait de se mettre en avant, mais bon… (sourire)

Je sais que tu as une tendresse toute particulière pour le titre « Première ligne »…

Oui, parce que c’est une chanson qui raconte l’histoire de ma mère et mon père. Ce titre, je l’ai co-écrit avec ma mère qui est illettrée. Elle m’a donné quelques mots en arabe en me disant de raconter comment et pourquoi ils étaient venus avec mon père en France, et surtout dire aussi que la France leur avait donné beaucoup. Du coup, ce titre, « Première ligne », est le premier titre coécrit par une illettrée…

Quel regard pose ta maman sur ton parcours ?

Il faudrait le lui demander, mais je pense qu’elle est très fière. Elle trouve extraordinaire ce qui m’arrive. Pour moi, c’est la plus belle des récompenses. Quoi de plus beau qu’avoir la reconnaissance et la fierté de sa mère ? C’est la plus belle des choses qui pouvait m’arriver.

Ton papa, lui, est décédé il y a longtemps.

Oui, il n’a pas pu voir mon parcours dans la musique. Mais mon père était déjà fier… Il était un ouvrier illettré et son fils bossait à l’Elysée. C’était extraordinaire. J’avais déjà comblé son cœur.

Les chansons qui figurent sur « Héritier » ont été écrites il y a deux/trois ans maintenant. Quid de la suite ?

J’ai déjà écrit pas mal de chansons, il faut juste que je les finalise. Je n’écris pas en vue de publier quelque chose, donc, j’ai tout un tas de titres qui n’attendent qu’à être publiés. Donc, oui, il y aura une suite à cet EP.

Vas-tu publier de nouveaux clips prochainement ?

Des clips, peut-être pas véritablement, parce que j’aime beaucoup le concept de la lyrics vidéo, ça correspond mieux à mon projet. Et donc, nous allons en publier une pour le titre « Dans ma tête ».

Il y a également un autre projet qui va bientôt voir le jour, c’est « Ma cité va chanter ».

Ce sont de grands standards qui ont été revus par différents producteurs et qui seront chantés par des jeunes qui vivent dans les cités. C’est un projet qui va sortir chez Polydor dans peu de temps. Tu sais, je déteste l’injustice par-dessus tout. J’ai combattu le racisme toute ma vie. Je me bats depuis des années pour parler différemment de la cité. Beaucoup de rappeurs, depuis des années, sont en train de foutre en l’air tout le boulot que nous, la majorité silencieuse, faisons derrière depuis des années. Ils publient des vidéos et des chansons horribles. Entre la violence, la misogynie, etc… ils évoquent les cités de la pire des manières qui soient. Ça gâche des années de travail.. Ce n’est pas ça vivre en cité. Eux sont des cas à part, qui existent certes, mais qui ne reflètent pas les jeunes qui vivent dans les quartiers. Donc, au lieu de dire « Ma cité, elle va craquer », je dis « Non ! Ma cité elle va chanter ». Il est né de ce constat, ce projet. Mettre en lumière la majorité silencieuse qui vit dans les cités. Nous sommes républicains, nous respectons la France, nous l’aimons. On ne crache sur aucun drapeau, on n’a pas d’armes, on ne vend pas de drogue. Du coup, on a repris les codes de certains rappeurs en reprenant des chansons sociales issues du répertoire français. On va évoquer l’homosexualité avec « Ziggy », le racisme avec « L’Aziza », « Foule sentimentale »… Et c’est repris d’une très belle manière avec des jeunes extraordinaires qui viennent de toute la France.

Il n’y a effectivement que la violence des cités qui est relayée dans les médias ou par la plupart des rappeurs…

C’est pour ça que j’ai voulu reprendre leurs codes mais monter un autre versant. Parce que tout n’est certes pas rose dans les cités, il s’y passe plein de trucs violents, mais pas que ! Il y a de belles choses qui s’y passent aussi. Les gars qui veulent faire de l’argent, c’est normal qu’ils prennent les codes de la violence, c’est ce qui marche de nos jours. Tout le monde ou presque a une approche mercantile. Aujourd’hui avec la guerre en Ukraine, les chaines d’info en continu vont cartonner. C’est du pain béni pour eux. Les gens aiment voir ce qui leur fait peur. Ils en redemandent. Pour les quartiers, c’est la même chose. Ce qui fonctionne, c’est la peur, le feu, la drogue… C’est montrer des images chocs et effrayantes. Dire que le petit Romain ou le petit Bilal a appris à faire du vélo et s’amuse avec ses copains, ça n’intéresse personne. Pourtant, c’est ça le quotidien dans les cités. Avec « Ma cité va chanter », on ne fera pas peur. On nous regardera moins, c’est certain, mais j’espère qu’on nous regardera différemment et qu’on nous écoutera un peu quand même…

Propos recueillis par Luc Dehon le 28 février 2022.
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Author: Luc Dehon