INTERVIEW – Rencontre avec Venus VNR

Venus VNR, DR

Ça vous parle le concept de Pop énervée ? Alors, vous allez adorer « Idéal Turfu », le nouvel Ep du tandem Venus VNR composé de morceaux ultra addictifs, tour à tour drôles, caustiques ou même angoissants. En tout cas des titres jamais dénués de sens qui mettent le doigt sur les travers et les dérives de notre société. Nous avons contacté Félix (ex-Thérapie Taxi), l’un des deux protagonistes de Venus VNR afin d’en savoir un peu plus sur ce projet « Idéal Turfu » disponible le 7 mai prochain.

Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés avec Laurène ? Et qu’est-ce qui vous donné envie de monter ce projet Venus VNR ensemble ?

On accompagnait le même artiste, Laurène dans les chœurs et moi à la batterie. Nous étions donc accompagnateurs tous les deux. Nous avons tout de suite eu un bon feeling humain et artistique. Nous partagions des références en commun et j’avais quelques chansons en stock. J’ai fait chanter Laurène, et ça a bien fonctionné. On a lancé un premier projet, plus chanson. Et au fil des titres et des projets, on a trouvé la tournure que nous voulions donner à notre projet commun. C’est comme ça que Venus VNR est né.

L’esthétique pop énervée et déjantée que l’on retrouve dans ce projet n’était pas forcément là au départ.

Elle était là… mais plus discrètement ! (rire) C’est véritablement en affinant les contours et en grossissant certains traits que nous avons trouvé notre identité. Il a fallu le temps de nous assumer et nous affirmer. Les concerts notamment nous ont bien aidés à ce niveau.

Un premier Ep est paru il y a deux ans, qu’en retenez-vous ?

C’était la toute première pierre à l’édifice. Nous en restons très fiers et très contents. On avait sorti le titre « Phoque », le premier single, avec un clip que nous regardons aujourd’hui avec un brin de nostalgie, évidemment. En tout cas, ce premier EP nous a permis de faire une première tournée. Ça a été une année vraiment super. Nous étions en première partie d’autres artistes, donc, nous n’avions pas le stress du remplissage, c’était vraiment cool et très agréable.

Quand avez-vous recommencé à bosser sur « Idéal Turfu » ?

Quasiment dans la foulée, finalement. Quand le premier EP est sorti, nous avions déjà d’autres titres de côté. La machine à chansons, elle est constamment en route. Nous avons chacun un petit poste de maquettage, puis nous nous retrouvons en studio et nous finalisons des chansons que nous envoyons au label.

Quand le premier confinement tombe en mars 2020, vous en êtes où dans son élaboration ?

On doit avoir les deux-tiers. On a commencé pile poil à la fin du confinement à enregistrer. On avait juste un premier titre qui était en boîte, « Pop Porn », qu’on a d’ailleurs sorti pendant le confinement. Et après, on a continué à avancer avec notre réal Marsõ à distance pendant le confinement en se faisant un petit jeu de ping-pong, puis ensemble dès qu’on a pu se retrouver en studio. On a bouclé cet EP pendant l’été.

Finalement, mis à part pour la scène évidemment, le confinement n’a pas véritablement impacté le projet ?

C’est ça. On a juste dû ajuster la date de sortie… Nous aurions évidemment aimé que le EP sorte à un moment où les concerts étaient autorisés… Donc, on a patienté pendant un moment. Puis finalement, nous nous sommes dit qu’il fallait qu’on sorte les chansons le plus rapidement possible. Il faut qu’une chanson reste fraîche. Ce n’est jamais bon de la faire traîner des années avant de la sortir. Donc, non, tout ce qui concerne l’enregistrement, le tournage des clips, la promo… tout ça n’a pas été vraiment impacté. Nous avons tout de même fait quelques concerts filmés, et puis, nous en avons quelques-uns sur notre agenda… Ils finiront bien par se faire un jour ou l’autre ! (sourire) Pour la promo télé et radio, on enregistre aussi des lives, ce ne sont pas de vrais concerts, mais c’est déjà ça en attendant la suite ! C’est un petit « semblant de »…

Vous avez fait quelques résidences, je pense.

Oui, effectivement. On a passé pas mal de temps dans des salles de concerts et d’autres endroits. On a pu jouer nos chansons en live, mais malheureusement sans l’essentiel, sans le public.

Qui amène quoi dans le tandem ? Comment bossez-vous tous les deux ?

Je m’occupe des compos, de l’écriture et Laurène est l’interprète qui va donner leur âme aux chansons, leur profondeur. Je lui balance souvent des démos, puis elle vient avec moi terminer les mélodies de voix, les arrangements et l’interprétation. Finalement, c’est un des points essentiels de notre projet, l’interprétation. Nous avons beaucoup bossé ensemble sur l’attitude, qu’elle soit vocale ou plus générale. Tout ça, nous le faisons à deux.

Vos chansons mettent le doigt sur les travers et les dérives de notre société. Est-ce qu’on peut parler de tout dans une chanson ?

Je le pense. Et plus j’avance, sans viser personne, ce qui me dérange le plus, ce sont les chansons creuses qui ne parlent de rien. J’aime bien qu’une œuvre artistique fasse réfléchir. C’est en tout cas de cette manière que je la conçois. Donc, il faut de la profondeur ou un propos dans une œuvre, quelle qu’elle soit. Donc, oui, on doit parler de tout.

Venus VNR, DR
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Quand on a un style caustique, grinçant, parfois même drôle comme celui de Venus VNR, a-t-on le souci que le message passe bien ?

Forcément. Mais il est très difficile d’évaluer si le message passe ou pas. En tout cas, de notre côté, nous essayons de faire la musique la plus sincère et la plus transparente possible. Il n’y a pas vraiment de métaphores dans nos chansons, elles sont assez cash. Donc, je pense que le message passe bien. Après, on reste un groupe en développement et on ne peut pas faire passer notre message à grande échelle ! (rires) En tout cas, dans le regard des gens lors des concerts ou au stand de merch’ après, je pense que nos chansons amènent certaines personnes à réfléchir. Après, nous ne sommes pas là pour donner des leçons à quiconque, on est là aussi pour divertir avant tout.

J’aimerais qu’on parle un peu des collabs qu’on retrouve sur cet EP. Il y a d’abord Spider Zed sur « J’attends que ça passe ». Comment est-il arrivé sur le projet ?

Spider ZED, je l’ai découvert parce qu’un ami à moi faisait sa première partie. J’ai adoré son univers. Même si  nous évoluons dans des styles différents, il y a une démarche assez commune. Sa manière d’écrire me parle. Je pense qu’on est assez proches sur certains points, même si ce n’est pas évident comme ça sur le papier. J’ai ressenti une sorte de filiation, et donc tout naturellement, je lui ai envoyé une ou deux chansons que j’avais dans les tiroirs et que je n’arrivais pas à terminer. De fil en aiguille, nous nous sommes mis d’accord. Tout s’est fait à distance hyper simplement et naturellement, alors que nous n’habitons pas loin l’un de l’autre. Ce n’est finalement que quand le titre est sorti que nous nous sommes rencontrés en vrai, pour la promo.

Tout ça, hors confinement et hors règles sanitaire.

Oui, oui, nous aurions pu nous avoir avant. Mais ça ne s’est pas fait. C’est aussi ça la musique 2.0. C’est une autre manière de fonctionner qui est sympa aussi. Elle a ses avantages et ses inconvénients. Au lieu de passer une après-midi ensemble dans un studio, on réfléchit et on met des choses en place chacun de son côté à distance. C’est pas mal comme façon de travailler aussi (sourire).

Bagarre a fait le remix de « Pop Porn ». Vous aviez fait leur première partie.

Effectivement, mais comme avec Spider ZED, nous ne les avons pas revus pour ce remix. Tout s’est fait à distance également. Nous nous étions rencontrés un an auparavant, mais assez brièvement finalement, dans les loges. C’était assez bref.

Et pourquoi Bagarre ?

Je les aime beaucoup, je les suis depuis le début. On a donc joué avant eux à Epinal. J’ai trouvé que leur set sonnait hyper bien, que c’était hyper énergique. Pareil, j’ai ressenti une espèce de « cousinade » immédiate et certains points communs. Leur point fort, selon moi, ce sont leurs prods. Leur son est excellent. Je me suis imaginé l’agressivité de Bagarre, mélangé à leur côté club sur une de nos chansons et je me suis dit que ça collerait bien. Je leur ai passé un petit message sur Instagram et ça s’est fait assez rapidement.

C’est Valentin Marceau qui a réalisé le EP. Pourquoi avoir fait appel à lui ? Vous vous êtes croisés à l’époque de Boxon, je suppose.

Effectivement ! Valentin, c’est un ami que je connais depuis l’époque du lycée. Nous avions l’un et l’autre un groupe de rock, comme vous le soulignez, et on jouait souvent dans les mêmes soirées. Il se trouve que je l’ai recroisé un peu par hasard il y a quelques temps à une soirée organisée par un magazine, Paulette, pour ne pas le citer. On a repris contact à cette soirée. On a parlé de nos projets respectifs, on cherchait quelqu’un pour réaliser nos chansons, et nous nous sommes entendus très rapidement. En plus, il habite pas très loin de chez moi. Avec Valentin, tout s’est fait assez naturellement comme avec un vieux pote qu’on retrouve un peu par hasard au bar ou sur une aire d’autoroute…

Yannick Dangin-Leconte (Stupeflip, BT93…) vient de réaliser trois de vos derniers clips.

C’est ça. Yannick nous a été présenté par l’intermédiaire de notre label, qui a donc sorti les disques de Stupeflip. Son nom est arrivé sur la table lors d’une réunion avec notre label. On cherchait quelqu’un pour les prochains clips. Pour la petite histoire, on avait tourné un premier clip pour « Pop Porn » qui ne nous avait pas plu. Il ne collait pas du tout à l’image de ce qu’on avait en tête, donc, nous ne l’avons pas sorti. Sur ce, le label nous a présenté Yannick. On a aimé son travail sur le visuel, ses références. Et il nous a fait un super clip pour « Pop Porn » qui collait, pour le coup, parfaitement à l’idée qu’on s’en faisait. Ce clip, nous l’avons tourné pendant le confinement, et il a compilé les images. Il est vachement subtil…

Un mot sur le visuel qui entoure le projet. Quelle importance lui accordez-vous ?

Moi, en vérité et en toute honnêteté, je suis assez obsédé par le son… et le visuel m’embête un peu. Donc, à titre personnel, je n’ai pas envie de gérer ça. Le truc ne me passionne pas, je ne le maîtrise pas bien… Donc, je préfère déléguer à des gens qui savent faire. Laurène est beaucoup plus à cheval là-dessus. Donc, notre job se résume à trouver les bonnes personnes de qui s’entourer, et c’est déjà pas mal ! (rires) J’ai envie de vous dire que le visuel, c’est un peu comme un carnet de vacances qu’on commence et qu’on n’arrive pas à terminer sans l’aide de quelqu’un plus expérimenté… Au final, le visuel donne une autre dimension au projet, il le complète. Donc voilà… un rapport un peu conflictuel, mais nécessaire.

Pour un obsédé du son… le fait que la plupart des gens aillent écouter la musique sur Youtube, ça vous fait quoi ?

Ça me passionne en fait, l’époque dans laquelle on vit en termes de son ! (sourire) Je n’ai vraiment rien contre Youtube et les plateformes digitales. Il y a tout un modèle économique qui est en train de se remettre en place, de nouvelles dynamiques qui se créent. Ce qui permet à de nombreux artistes de se développer et se faire connaître plus facilement. Ça donne beaucoup plus d’autonomie aux artistes, finalement. On arrive à produire de plus en plus de sons depuis chez soi. Tout ceci crée une dynamique assez sympa entre les artistes et le public. Donc, ce sont des canaux de diffusion ultra intéressant. Et même en termes de compression, des progrès ont été fait. En fait, je suis obsédé par le son, par sa dynamique, sa posture, le message qu’il peut véhiculer, et ce qu’on peut faire avec, mais je ne suis pas un puriste non plus… (sourire)

Auriez-vous une petite anecdote amusante (ou même énervée) à me raconter à propos de l’une ou l’autre des chansons.

Il y a cette chanson « Traquenard » qui est l’histoire d’un rencart Tinder qui tourne un peu mal… à la fois le garçon et la fille sont très déçus quand ils se rencontrent dans la vraie vie. Je me rappelle avoir écrit cette chanson après avoir entendu cette histoire d’un couple qui se retrouve après un date sur Tinder et la fille se rend compte que le mec avait prévu de faire un véritable massacre… On a parlé de cette histoire qui a tourné vraiment vraiment mal pendant toute une soirée. Partant de cette histoire-là (était-elle vraie ou pas ? je n’en saurais jamais rien, mais peu importe), j’ai écrit « Traquenard ». La chanson ne va pas si loin, mais elle vient de là…

La suite, après ces deux EP, vous l’envisagez comment ?

C’est très difficile de s’avancer sur la suite, surtout aujourd’hui… L’idée en ce moment, c’est se consacrer à fond sur ce deuxième album et attendre la reprise des concerts pour faire la promo. On a déjà pas mal d’autres titres dans les cartons avec Valentin… donc je ne sais pas vraiment quelle forme prendra la suite ni quand.

Propos recueillis par Luc Dehon le 8 avril 2021.
Photos : DR

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Author: Luc Dehon