INTERVIEW – Rencontre avec Evie

Evie © Christophe Crénel

Evie publie ce vendredi « Le Hic », un quatrième album plus électrique et électro dans lequel l’artiste revient à ses premières amours. Emmené par le titre « Nuit Noire » (mis en images par Christophe Crénel), cet album nous a rappelé le roman de Richard Bohringer « C’est beau une ville la nuit ». C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons contacté Evie afin d’en savoir un peu plus sur ce « Hic »… (que nous vivons depuis un moment…)

Avant de parler du « Hic », j’aimerais revenir un instant sur votre précédent album, « Balades électriques » qui est paru il y a un peu plus de trois ans. Qu’en retenez-vous ?

« Balades électriques » est un album qui a été conçu d’une manière artisanale, à l’ancienne. J’avais travaillé avec mes musiciens de l’époque, un guitariste et une violoncelliste. C’est un album qui a été concocté dans ma résidence secondaire en Bourgogne. Ça a été une belle aventure… Comme sur tous les albums, il y avait des chansons un peu plus intimes que d’autres. Disons que cet album était une tranche de vie.

Evie, Le Hic © Christophe Crénel
Evie, Le Hic © Christophe Crénel

Pour « Le Hic », vous avez travaillé différemment. Vous l’avez composé à la basse.

Oui. On ne retrouve d’ailleurs pas de violoncelle sur le « Hic », par exemple. Uniquement pour des raisons de son. « Le Hic », je l’ai donc composé à la basse, qui est mon instrument principal depuis quelques années. Avant, je composais surtout au clavier et quelques fois à la guitare. Là, j’ai essentiellement composé à la basse, qui n’est pas à la base forcément un instrument idéal pour la composition. Il n’est pas des plus harmoniques (sourire)… même si j’ai essayé de lui donner des effets comme on pourrait le faire avec une guitare. Du coup, ça a donné un démarrage un peu différent à ce « Hic ».

Vous revenez à vos premières amours, des sons plus atmosphériques, plus électriques et électroniques.

Effectivement. À la base, ce que j’aime, c’est le Trip Hop. Beaucoup de groupes m’ont marquée, comme Portishead. Mon premier projet, Time Factory, était d’ailleurs dans cette esthétique électro-pop, électronique et drum and bass. Donc, là, j’avais envie de revenir à ces sonorités. J’ai toujours aimé les rythmiques électro, les arpégiateurs, etc… Avec au centre, la voix et la basse.

Pourquoi l’avoir intitulé « Le Hic » ? Y aurait-il comme un « Hic » depuis une année ?

(éclats de rires) C’est une des dernières chansons que j’ai écrites, et je l’ai écrite l’année dernière. Je trouvais qu’elle correspondait bien, déjà à ce qu’on allait trouver dans cet album, et aussi à cette période particulière que nous vivons depuis un an maintenant. Dans « Le Hic », je parle essentiellement des réseaux sociaux, des sites de rencontres comme Meetic et Tinder, des télé-crochets, « The Voice » et compagnie… J’en parle comme s’ils étaient devenus les moyens de communication obligatoires pour rencontrer des gens et vivre aujourd’hui… C’est un titre un peu ironique. Mais comme nous vivons depuis un an de manière tout à fait improbable, rien ne tourne très rond… il y a comme un « Hic » !

En parlant de cette année improbable que nous venons de vivre… Si on se reporte au mois de mars 2020, vous en êtes où dans votre projet ?

J’avais un Ep à cette époque, ce qui représente plus ou moins la moitié des titres. J’étais vraiment dans l’optique de publier un EP. J’étais vraiment débordée à cette époque. Et puis paf, le confinement est tombé et toute cette dynamique de sortie d’EP dans laquelle j’étais s’est stoppée net. Donc, passé le moment de stupeur, j’ai continué à écrire et je suis partie sur l’idée de publier un album en lieu et place de ce premier EP puis un second que j’envisageais un an plus tard, grosso modo. À cette époque, une partie des titres était donc déjà enregistrés. Et je suis rentrée en studio il y a deux mois pour enregistrer les nouveaux.

Evie © Christophe Crénel
Evie © Christophe Crénel

Si je comprends bien, la pandémie vous a fait sortir un album plutôt que deux EP.

Oui. De toute façon, le temps, quand on est indépendant comme je le suis, est long. On n’a pas toujours les budgets à l’instant T. On ne les a d’ailleurs pas toujours, tout simplement. Donc, nous sommes soumis à différents aléas. La pandémie en a été un sacré ! (sourire) Finalement, le projet s’est étalé plus dans le temps. Sans la pandémie, avec deux Ep et des scènes, la dynamique aurait été toute autre. La durée de vie des albums est devenue très courte aujourd’hui et le format EP colle mieux à notre époque, je trouve. Sortir un Ep tous les ans ou tous les ans et demi a plus de sens que de sortir un album tous les trois ans. Après, ça n’engage que moi. Disons que la pandémie en a décidé autrement, et je publie un album aujourd’hui.

Vous avez écrit ces nouvelles chansons à Paris et en Bourgogne. Mais il en ressort tout de même un album extrêmement urbain… pas vraiment rural…

Nous sommes d’accord. (sourire) Il n’y a pas beaucoup de campagne dans « Le hic ». C’était juste un cadre d’écriture. Vous savez, je suis parisienne, j’habite à Paris et je suis forcément influencée par cette vie parisienne si particulière. La Bourgogne, ce sont mes racines, c’est la famille. J’avoue que pendant le premier confinement, je suis retournée en Bourgogne. Et c’est un lieu où je travaille tranquillement. C’est un lieu propice à l’imagination et à la création, mais ce n’est pas un endroit spécifique qui va m’inspirer un texte. En tout cas, ça n’a pas été le cas sur cet album.

J’ai envie de dire que « Le hic » ne raconte pas une histoire particulière, mais qu’il donne un cadre à tout un tas d’histoires.

Je suis d’accord avec vous. Chaque thème que j’évoque m’est inspiré par des choses que je vis et que je vois. Et donc, en ce sens, ce dont je parle dans chaque chanson est marqué par un instant dans un lieu, en l’occurrence Paris. Cet album donne un décor à mes états émotionnels.

« Le Hic » va sortir dans des conditions inédites, sans scène, et sans perspectives scéniques à court terme. Ça vous fait quoi ?

J’ai déjà repoussé la sortie. Comme tout le monde, je regardais ce qui se passait et essayais d’anticiper… avant de comprendre que c’était peine perdue. On n’a aucune vue sur le futur proche. Au bout d’un moment, je me suis dit que les chansons étaient là, que j’avais besoin de les sortir. Je me suis dit aussi qu’il allait y avoir un rush à un certain moment… Donc, en y réfléchissant, j’ai pensé que c’était mieux de les sortir maintenant. Évidemment, le fait qu’il n’y ait pas de scène, ça rend la chose assez étrange et difficile. On a l’impression d’être complètement isolé. Il y a de la promo, on a les réseaux sociaux… mais aucun retour direct du public. Alors, oui, je fais des Facebook live, mais ce n’est pas la même chose. Depuis un an, les rares concerts que j’ai faits, je les ai faits assise dans un salon… (rires) Ce sont des concerts sans énergie, finalement ! Alors, ce que j’espère de tout mon cœur, c’est que l’album vive du mieux qu’il puisse dans les prochains mois, et puis qu’il puisse vivre sur scène, dès que ce sera possible, quitte à le ressortir dans une édition augmentée.

Un like ou un com’ sur Insta ou Facebook ne remplace pas une réaction lors d’un concert ou un échange de vive voix…

Ah, non, c’est certain ! Disons que cette période que nous vivons a redistribué les cartes. Nous sommes tous logés à la même enseigne de toute façon, que ce soient les gros artistes ou nous, artistes indépendants.

Un très chouette clip a été réalisé par Christophe Crénel pour « Nuit Noire ». Quelle importance accordez-vous à tout ce visuel qui accompagne votre projet ?

Une très grande importance. L’image compte énormément aujourd’hui. Je me souviens, sur un de mes précédents albums, j’avais publié un clip bien après la sortie du disque… et pas mal de gens avaient découvert l’album à cette époque. C’est la force de l’image, du clip en l’occurrence. On sait que de toute façon les gens sont plus réceptifs à un projet musical quand il y a de l’image et de la vidéo. Après, si je le pouvais j’aimerais clipper au moins cinq titres de cet album, mais sera-ce possible économiquement parlant ? Pas sûr ! (sourire) Parce que je sais que ce sont ces chansons qui auront été clippées qui seront les plus écoutées. Là, sur « Nuit Noire », j’ai eu la chance d’avoir Christophe Crénel à la réalisation. C’est lui qui avait fait les visuels de l’album, la pochette et les photos de presse. Il m’a donc proposé tout naturellement de réaliser le premier clip. J’ai trouvé que l’idée était bonne, dans un souci de cohérence.

Vous l’avez tourné entre deux confinements…

Oui. Il nous fallait de la vie à Pigalle. On avait besoin de filmer la vie parisienne qui grouille, les sexshop allumés, les bars ouverts, les gens dans la rue. Heureusement, on a trouvé un moment où tout était à peu près ouvert !

C’est Fred Perriot qui a réalisé le disque, et le mix a été assuré par Fabien Martin et Soria. Pourquoi avoir fait appel à eux ? Et qu’ont-ils apporté à vos chansons ?

J’ai rencontré Fred Perriot un peu par hasard dans le 9ème à Paris. Je cherchais à cette époque un réalisateur. Nous en avons discuté, il a fait un essai sur un des morceaux, et ça m’a plu. On a donc commencé à travailler ensemble. Je cherchais quelqu’un qui soit capable d’aller vers une esthétique électro pop atmosphérique assez profonde. Il a très très vite compris ce que je voulais. Je pense d’ailleurs que c’est une des personnes qui a le mieux compris ce que je voulais artistiquement parlant depuis mes débuts. Après, évidemment, ça a été des allers-retours de travail entre nous. Avant le premier confinement, nous nous retrouvions en studio, après, on a beaucoup travaillé à distance. Par la suite, j’ai eu envie de suivre son équipe pour avancer dans le projet, pour garder une cohérence. Il bossait déjà avec Fabien Martin, et donc, c’est lui qui a mixé le premier volet de chansons, et Soria le second, et assuré le mastering. Avant, j’avais travaillé avec des anglais comme Clive Martin ou Steve Prestage. Je retravaillerai peut-être par la suite avec eux, mais travailler avec de nouvelles personnes, c’est bien aussi. Ça rafraîchit un peu le projet.

Evie © Christophe Crénel
Evie © Christophe Crénel

On évoque souvent Françoise Hardy quand on parle de vous dans la presse. Est-ce une artiste que vous avez beaucoup écoutée ?

Pas plus que ça… du coup, j’ai été très étonnée, et très heureuse, de cette comparaison. C’est une artiste que je respecte énormément. J’aime beaucoup sa façon de chanter. Elle a gardé la même voix qu’à ses débuts. Un peu plus grave, mais l’intention est identique. Son écriture est très pure, très simple et en même temps très poétique. Donc, oui, je suis honorée. Je pense qu’on nous rapproche dans une certaine façon de poser la voix… En tout cas non, ce n’est pas une artiste que j’ai écouté énormément mais la comparaison est plus que flatteuse.

La scène étant donc incertaine dans un avenir proche, que va-t-il se passer dans les prochaines semaines ?

Il y a donc ce Facebook live le 6 mai. Et je vais continuer l’exercice tant que nous n’avons pas d’autres alternatives. Il va y avoir un deuxième clip. Il sera tourné au mois de mai sur la chanson « Des vents contraires ». Avec une sortie en single et en clip probablement en juin. Et comme je vous le disais, je suis en train d’adapter deux ou trois titres en anglais. J’ai commencé par l’anglais et puis je suis passée sur le français sur mes albums en solo, en abandonnant purement et simplement l’anglais… Là, je me suis dit que ce serait intéressant d’adapter une, deux ou trois chansons. J’aimerais bien voir ce que ça donne. Je vais également enregistrer une reprise, j’en ai d’ailleurs une ou deux déjà dans les tiroirs. Et puis, j’aimerais aussi avoir un ou deux remixes. Tout ça, dans l’idée, comme je vous le disais tout à l’heure, dans quelques temps, de pouvoir faire une réédition d’album, avec, si possible une édition vinyle et quelques titres inédits. Mais tout ça n’aura de sens que quand les concerts reprendront. Ce sera une sortie d’album plus réaliste…

Propos recueillis par Luc Dehon le 27 avril 2021.
Photos : Christophe Crénel

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Author: Luc Dehon