INTERVIEW – Rencontre avec Hemmen

Hemmen - DR

Hemmen publie ce vendredi « Insomnie », un excellent premier EP solo aux accents pop aériens et évanescents. Séduits par ce projet éminemment personnel, nous avons contacté Félix afin d’en savoir un peu plus sur sa genèse et la suite qu’il envisage de lui apporter. L’occasion d’évoquer aussi l’arrêt prématuré de la tournée « Visage » des BB Brunes et faire le point sur cette année particulière qui vient de s’écouler. Rencontre avec Félix, un garçon insomniaque avec des étoiles sémaphores dans les yeux…

Reportons nous un an en arrière, si tu veux bien. Mars 2020. BB Brunes est en pleine tournée « Visage ». Le confinement arrive et lui met un clap de fin. Que se passe-t-il dans ta tête ?

C’était une ambiance assez bizarre. On était en pleine tournée « Visage », comme tu le dis. On a réussi à faire quasiment toutes les dates, sauf la dernière qui a dû être annulée. Et par la suite, tous les festivals prévus l’été ont, eux-aussi, été annulés. Ce premier confinement a été un confinement total en plus, personne n’avait jamais vécu ça. Ça a été un peu dur à vivre, comme ça l’a été pour tout le monde. J’avais déjà écrit et composé quelques chansons dans mon coin avant ce premier confinement. Et j’étais déjà allé en studio en enregistrer quelques-unes avec un ami, Jean-Charles Bastion. Il m’aide beaucoup sur ce projet. C’est lui qui réalise les titres. Nous avions donc à cette époque quelques chansons en anglais, et j’ai profité de cette pause forcée avec BB Brunes pour les sortir sur les plateformes. Et j’ai en tout cas bien profité de cette pause forcée pour bosser dans mon coin. Paradoxalement, ça m’a motivé (sourire). J’ai rapidement compris que j’allais avoir beaucoup de temps libre, et donc, il fallait que je le mette à profit. Du coup, j’ai composé pas mal de morceaux. On est rentré à nouveau en studio après ce premier confinement et c’est à cette époque que nous avons enregistré cet EP.

Hemmen, premier EP
Hemmen, premier EP

Tes premiers titres solo avaient été écrits en anglais. Que s’est-il passé pour que tu passes au français ?

C’était l’idée de Jean-Charles. C’est lui qui me l’a suggéré. Sur « Wooden Chair », j’avais déjà écrit un petit couplet en français, sur ses conseils. Je n’aurais, je pense, jamais franchi le cap et essayé le français sans lui. Ça me faisait un peu peur, j’avoue (sourire) C’est donc sur ses conseils avisés que je m’y suis mis. Ça a été un peu difficile et laborieux au départ, puis, progressivement, j’y ai pris de plus en plus de plaisir. C’était compliqué pour moi d’aller vers le français. Il me fallait un déclic. Jean-Charles a été celui qui m’a fait comprendre que c’était faisable et possible. Très sincèrement, je ne m’en sentais pas capable. Tout simplement. Ça me paraissait difficile à faire sonner, contrairement à l’anglais. Et je pense aussi avec le recul très honnêtement que c’est facile de se cacher derrière des mots anglais que personne ne comprend ou auxquels on fait moins attention en tout cas… (sourire) Bref ! Heureusement que Jean-Charles m’a donné l’idée, je l’en remercie vivement, parce que mon accent anglais, entre nous, il est vraiment pas terrible !! (rires)

Quand on écoute les paroles des chansons, on sent un besoin d’ailleurs, d’évasion, de repousser les limites… Est-ce l’isolement (et donc précisément le confinement) qui a induit ça ou était-ce en toi déjà ?

Je pense que c’est quelque chose qui est en moi depuis longtemps. Je n’ai pas encore assez de recul aujourd’hui pour pouvoir répondre précisément à ta question. Je ne peux pas dire si le confinement m’a inspiré ou pas. Disons qu’il a été le contexte de l’écriture de ces chansons, donc, forcément, c’est un des paramètres qui a joué, mais à quel niveau ? Difficile à dire. Ce projet « Hemmen », en tout cas, est en moi depuis un moment. Il est né à un moment de ma vie où il y a eu du changement. J’ai vécu une rupture et du coup, j’avais envie de faire quelque chose pour combler ce vide. Cet épisode dont je te parle date d’avant le confinement. Je fais de la musique et j’écris des textes pour m’évader, pour essayer de penser à autre chose, pour voyager, pour rêver… Je me rends compte que les chansons que j’écris ont une constante : elles sont toutes assez oniriques et aériennes. Faire de la musique, c’est ma manière de m’échapper de la vie de tous les jours.

Hemmen - DR
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Quelles ont été tes principales sources d’inspiration pour l’écriture de ces chansons ? Déjà au niveau des textes. On devine qu’ils sont assez intimes. C’est assez flagrant sur un titre comme « Demi-Lune », mais je suppose qu’il y a d’autres sources d’inspiration…

Oui, c’est effectivement essentiellement ce que j’ai vécu ces dernières années qui est une grande source d’inspiration. Ma vie, tout simplement. Après, j’essaye de romancer et poétiser tout ça. Je tisse une histoire autour et je crée des personnages parce que tout n’est pas calqué sur ma vie non plus, ce n’aurait pas grand intérêt. Il ne faut pas prendre mes textes littéralement comme de l’autobiographie ! (sourire) Il faut que ça puisse parler à chacun. Mais au départ, ça part de moi, de mon vécu. Après, je m’inspire aussi pas mal de livres que je peux lire ou de films. Je suis assez branché science-fiction. J’adore ça. Je viens de me remater « 2001, L’Odyssée de l’espace » de Kubrick il n’y a pas longtemps. J’adore ça. On reste dans cette idée de voyage et de rêve.

Et au niveau musical ?

Je pense que je m’inspire aujourd’hui de tout ce que j’ai pu écouter dans ma vie. Ça peut se ressentir dans mes morceaux… ou pas du tout d’ailleurs ! (rires) Je suis un grand fan de Nirvana, par exemple, et je sais qu’on ne retrouve pas beaucoup de Nirvana dans ces chansons que je publie aujourd’hui ! (sourire) Mais c’est en tout cas le groupe qui m’a forgé et qui m’a donné envie de faire de la musique. Ensuite, je suis passé à des artistes qui utilisaient un peu plus de synthés et de boîtes à rythme. Je pense notamment à Depeche Mode, New Order et même les américains de Devo. Je n’ai écouté que du rock pendant un moment. Ce n’est qu’après que j’ai découvert qu’on pouvait faire de la musique avec autre chose que des guitares et une batterie, et j’ai adoré ça. Donc, tout ce que j’aime en musique se retrouve à plus ou moins haute dose dans mes chansons.

Hemmen - DR
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C’est ce que j’allais dire, on ressent pas mal d’influences différentes dans ces quatre titres.

Effectivement. Et dans cet Ep, les habillages sont différents d’un titre à l’autre. Il y a des ballades, il y a des trucs un peu plus électros… « Insomnie », par exemple, c’est vraiment boîte à rythme, synthé, basse… Après, étant aussi un grand fan des Beatles, j’aime les belles mélodies pop. C’est grâce à eux notamment que j’ai appris à faire d’autres accords à la guitare. Au début, je ne faisais que des power chords pour jouer du rock. Les accords des Beatles sont un peu plus complexes. Ils m’ont ouvert un champ de possibles à ce niveau. Après, j’aime beaucoup aussi Tame Impala et Andy Shauf. Ses albums sonnent hyper bien. J’aime beaucoup sa façon d’aborder la ballade folk. Il a un son énorme ! Et le mec a une voix exceptionnelle. J’aime aussi beaucoup OkLou. Ses chansons sont hyper aériennes, elles donnent envie de s’envoler.

Quand on lit les papiers qui te sont consacrés, le nom d’Etienne Daho revient souvent.

Quel honneur ! Je prends ça comme un très gros compliment, parce que j’aime beaucoup tout ce qu’il fait. J’ai toujours aimé ses chansons. C’est un super mélodiste. Il utilise des synthés très 80, sans jamais rentrer dans des clichés. Franchement, c’est un honneur d’être comparé à lui.

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As-tu l’une ou l’autre petite anecdote à me raconter sur ces quatre chansons ?

Bien sûr ! Celle que j’ai eu le plus de mal à finir, c’est « Mirage ». Je ne sais pas vraiment pourquoi mais j’ai eu beaucoup de mal à écrire ce texte. Je l’ai écrit et réécrit de nombreuses fois, par petits bouts. J’ai longtemps été insatisfait de cette chanson. Et c’est d’ailleurs la dernière chanson qui a été enregistrée. C’est typiquement la chanson qui a été prise de tête à écrire. J’ai eu besoin de quitter mon petit chez moi, aller me balader dans les parcs, aller aux terrasses… à l’époque où elles étaient ouvertes… enfin là, elles viennent de rouvrir… bref ! (sourire) Je me suis posé à différents endroits avec mon carnet pour trouver l’inspiration. Elle m’a donné du fil à retordre.

C’est une chanson qui a été un peu galère à écrire, mais qui se retrouve finalement en single.

Oui ! (rires) C’est cool de se dire qu’en travaillant d’arrache-pied, même si c’est difficile, tu peux arriver à un résultat qui te plaise. Trouver une solution sur une chanson, ça donne de la confiance pour la suite.

« Demi-Lune » est une chanson sur la rupture. Très personnelle, celle-là, pour le coup.

Effectivement. C’est une chanson que j’ai d’abord écrite en anglais, et que j’ai transposée en français. Comme « Mirage », d’ailleurs et beaucoup d’autres. La seule que j’ai écrite en français directement, c’est « Insomnie ». « Demi-Lune » est une chanson qui a plutôt coulé de source. J’ai rapidement trouvé des phrases qui me plaisaient et qui sonnaient bien. Finalement, je suis resté assez fidèle au texte anglais, du moins à son idée.

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« Vraiment Vraiment », pour le coup, sonne très Daho.

Je pense que c’est la manière dont je la chante qui fait ça. Et pareil que « Demi-Lune », cette chanson a coulé de source. C’était un truc assez droit. C’est un texte assez naïf et second degré. Un amour un peu basic.

« Insomnie » est donc la seule de cet EP à avoir été écrite directement en français.

Oui. Pour la petite histoire, j’habite au quatrième étage. Et cette chanson, je l’ai vraiment écrite en pensant à mon appart’… « Du haut de ma tour, j’examine mes failles »… C’est moi qui fais les quatre cents pas dans mon appart’ pendant la nuit en train de réfléchir à la vie. Je l’ai écrite dans une période de ma vie où je faisais justement pas mal d’insomnies… ce qui m’arrive souvent d’ailleurs. Du coup, cette chanson, avec « Demi-lune », sont les deux chansons qui sont les plus personnelles sur cet EP.

Au sein des BB Brunes, tu n’as jamais été le front man, tu n’as jamais véritablement chanté non plus, si ce n’est sur « Hémophile ». Est-ce que ça a été facile de te mettre en avant ? D’assumer ta voix, en fait ?

On va dire que j’ai toujours composé timidement dans mon coin. Pour BB Brunes, il y a tout de même quelques chansons qu’on a composées à plusieurs, mais c’est vrai que j’ai toujours été en retrait d’une certaine manière. Alors que chez moi, je suis toujours en train de chanter des chansons avec ma guitare. Je pense que ce projet solo, c’est une suite logique. J’ai toujours pris du plaisir à écrire, composer et chanter. Disons qu’aujourd’hui, je sors de ma bulle et je propose mes chansons au public… (sourire) Je savais qu’un jour ou l’autre ces chansons que j’avais écrites dans mon coin avec mes tripes, j’allais les sortir. Je voulais vraiment en faire quelque chose. Et là, j’ai trouvé le bon timing. J’ai eu le temps de peaufiner le projet, et personnellement, je sentais que c’était le bon moment. C’est une suite logique de mon cheminement de musicien. Je ne me suis pas dit « Allez, je me jette à l’eau maintenant ! » Non. Tout s’est fait naturellement dans le temps.

« Mirage » a bénéficié d’un très chouette clip.

Ce sont des potes qui m’ont aidé à le faire. C’est le résultat de quelques séances de brainstorming à plusieurs ! L’idée est partie sur une envie de surimpression. On s’est rapidement dit que ce procédé de surimpression collait bien avec le côté aérien, contemplatif et lancinent qu’on voulait suggérer. Après, je voulais quelque chose de très coloré. Je voulais jouer avec des effets de couleurs, notamment en ce qui concerne le ciel et les paysages. C’est Luca Nardone qui l’a réalisé et ma sœur, Lucille, s’est occupée du montage. Elle a super bien bossé parce que nous avions tourné pas mal d’images assez sympas, mais sans vraiment d’histoire. Et au final, elle a réussi à monter un clip qui raconte quelque chose et qui tient la route. Elle a dû bien galérer la pauvre ! (rires) On avait aussi le souci, parce que ça fait partie du truc il ne faut pas le cacher, de rester dans un petit budget. Et je suis ravi du résultat.

La suite, c’est quoi à court terme ? D’autres clips sont-ils prévus ? Des remixes ?

Tu me donnes une idée avec les remixes… (rires) Très sincèrement, ce n’était prévu, mais pourquoi pas ! Par contre, d’autres clips, oui. Là, je vais en tourner un deuxième prochainement, sur « Insomnie ». C’est une chanson qui est un peu différente des autres, et je l’aime beaucoup. Du coup, j’avais envie de la mettre en avant pour la sortie du EP, ce sera le deuxième single. On va la clipper. C’est un ami de Jean-Charles, Greg Orio, qui va s’en occuper. Il a eu une super idée. Je suis hyper content et hyper pressé de le tourner.

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Et à moyen terme ?

J’ai plein d’autres chansons qui sont prêtes. On vient de les enregistrer en studio. Pour le coup, elles n’existaient même pas en anglais avant, elles ont été écrites en français directement. Je suis hyper pressé de finir de les enregistrer. Donc, le but est de sortir ces chansons dans un futur proche. Je ne sais pas encore sous quelle forme. Un nouvel EP ? Un album ? Je n’en sais encore rien. Et puis, faire des concerts, évidemment… quand ce sera possible…

Le fait justement de publier ce premier EP solo dans des conditions totalement inédites, sans perspective de concerts très claires… tu le vis comment ?

C’est clair, le contexte est vraiment particulier. Ce qui est le plus dommage, de mon point de vue, c’est de ne pas pouvoir aller le défendre sur scène directement… ça c’est clairement dommage. Mais ça va forcément revenir un jour. Le plus tôt possible sera le mieux ! Tu sais, je suis un mec assez positif dans la vie, donc, je ne me prends pas trop la tête avec le négatif. Après, je trouve que c’est assez excitant de sortir mon premier « petit bébé ». Je l’ai composé avec mes tripes, j’y ai mis tout mon cœur. Et ça me fait super plaisir de pouvoir le publier, peu importe le contexte. C’est un projet que j’avais depuis assez longtemps et je suis heureux qu’il se réalise enfin. C’est excitant d’avoir monté ce projet petit à petit, au fil des rencontres… Parce que je le porte, mais c’est une somme de rencontres qui a fait qu’il puisse exister aujourd’hui. Ce n’est que le début. Il est encore tout petit. Mais j’ai envie de voir les choses en grand et penser à la suite. Comme je te le disais, j’ai déjà pas mal de morceaux, et j’ai envie d’en écrire plein d’autres. Je suis dans une bonne dynamique. Je suis tout excité comme un petit gamin ! (sourire)

Finalement, cette année un peu particulière que nous venons de vivre aura été plutôt bénéfique pour toi.

D’un point de vue travail, oui. Clairement. D’un point de vue social. Non, pas du tout. Mais c’est le même problème pour tout le monde. Je suis resté seul dans mon appart pendant je ne sais plus combien de semaines… Ce qui est triste dans cette histoire, c’est que ces différents confinements et cette pandémie ont cassé plein de choses. L’ambiance n’est plus vraiment à la fête. Rien que le fait que les bars et restos aient été fermés, ça a tout foutu en l’air. L’ambiance est pesante. C’est terrible. Après, au niveau travail, je fais partie des privilégiés. Avec une guitare et un ordi, seul chez moi, je peux écrire des chansons et avancer. J’ai eu la chance aussi, quand j’étais en manque d’inspiration, de pouvoir quitter Paris pendant quelques semaines et aller m’installer à la campagne, seul avec une guitare, un clavier et un ordi. Ça a pas mal nourri mon projet aussi, cet épisode-là…

Propos recueillis par Luc Dehon le 21 mai 2021
Photos : DR

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Author: Luc Dehon