INTERVIEW – Rencontre avec Thomas Monica

Thomas Monica, Ulysse

Thomas Monica publie ce vendredi « Ulysse », un recueil de six titres fortement inspirés par « L’Odyssée » d’Homère qui portent l’empreinte de cette pandémie que nous vivons en ce moment. Il y évoque notamment l’idée de collapsologie, la famille, l’enfermement, les rapports conflictuels au sein des couples, la naissance de son fils… Nous avons contacté Thomas afin d’en savoir plus sur son parcours et ce projet plutôt sombre dans son ensemble mais véritablement passionnant.

Un mot rapide sur ton parcours. Tu as été élevé par tes grands-parents. Que t’ont-ils fait écouter dans ta petite enfance ?

J’ai grandi dans un environnement multiculturel, en France, entre l’Algérie et l’Italie. Ma grand-mère écoutait plutôt de la musique classique italienne. Mon grand-père, lui, n’était pas fana de musique. Il écoutait juste un peu de musique orientale.

Et toi, vers quelle musique t’es-tu dirigé à l’adolescence ?

Par définition, l’adolescence, c’est un peu l’âge de la rébellion, je me suis donc forcément dirigé vers le rock et des groupes comme Nirvana.

La suite, c’est quoi dans les grandes lignes ? Des groupes comme beaucoup d’ados ?

Oui. Ensuite, j’ai fait mes premières armes en tant que guitariste. J’ai commencé la guitare à l’âge de huit ans. Je répétais avec mes copains dans les caves de leurs parents. Après, ce sont les premiers concerts, les premières tournées…

À cette époque, tu étais guitariste, pas chanteur. Le chant est arrivé quand dans ton parcours ?

Le chant a toujours été présent, finalement. J’ai toujours enregistré des choses, même quand je faisais mes études de musique. Mais le déclencheur a été ma rencontre avec Mathieu Chedid. Là, j’ai tout décomplexé ! (sourire) J’ai compris que c’était le bon moment pour enregistrer mes propres chansons et prendre mon envol.

Tu écris depuis longtemps ?

J’ai toujours écrit. Ça a toujours été en moi. Je me souviens, gamin, j’avais tout un tas de petits calepins dans lesquels je racontais des choses de mon enfance. J’ai même déjà pensé à écrire un bouquin. En fait, j’ai toujours beaucoup écrit, pas forcément des chansons d’ailleurs. L’écriture de chansons s’est véritablement concrétisée sur le premier album. J’avais enregistré quelques maquettes auparavant, mais pas grand-chose.

Que retiens-tu de ce premier album « Le paradoxe de l’Utah » qui est paru il y a deux ans ?

Ah la la… (sourire) Il a été super bien accueilli, je trouve, pour un premier album. J’ai une façon de travailler assez particulière en ce sens où j’écris, je compose, je joue, j’enregistre, je réalise… J’ai un rapport très global avec la musique. Et donc, ça peut être un désavantage sur un premier disque. Mais aujourd’hui quand je le réécoute, j’en suis assez fier. « Aux entrelacs » passe encore en radio de temps en temps. Et j’en suis ravi. Ça a été en tout cas une très belle première expérience discographique. Et puis, il a été produit par le grand Ian Capple qui a bossé avec Bashung, ce qui est plutôt très chouette !

Tu as travaillé à nouveau avec Ian Capple sur « Ulysse ». C’était une évidence ?

Oui. Avoir un entourage bienveillant, clair et bien intentionné, c’est assez rare. Trouver quelqu’un qui te comprend autant humainement qu’artistiquement, aussi. Et j’ai trouvé en Ian Capple tout ça, en plus de son talent. Donc, je n’avais pas envie d’aller « voir ailleurs », entre guillemets. Ian est un prodige du son et il mixe à merveille. Et en plus, nous sommes devenus amis avec le temps.

Quand as-tu posé les premières pierres d’ « Ulysse » ?

Après la sortie du premier album, j’avais dans l’idée d’enchaîner sur un deuxième, comme on le fait habituellement. Et j’avais dans l’esprit un tout autre concept. Sauf que là, cette crise est arrivée et a changé la donne. Du coup, je suis parti sur un mini-album et non un véritable deuxième album.

Thomas Monica, Ulysse
Thomas Monica, Ulysse

Comme tout le monde, tu as bouquiné, je suppose, pendant ce premier confinement. Et tu as relu « L’Odyssée » d’Homère.

Exactement. Et c’est ce qui a donné le souffle de ce mini-album, en fait. C’était une période très étrange. Ma compagne était enceinte, mon premier enfant est né et il s’appelle… Ulysse (sourire) Ce mini-album, c’est tout un travail d’introspection sur ma vie, sur la naissance de mon fils, sur ce que nous avons vécu avec cette pandémie… « L’Odyssée », je l’avais lue en cinquième ou sixième, quelque chose comme ça. Et je me suis replongé dedans pendant ce confinement. J’ai surtout relu l’ouvrage de Sylvain Tesson, « Un été avec Homère ». Je me suis rendu compte combien celui d’Homère était un ouvrage important. C’est de la philosophie, de la sociologie… Quand on le décrypte, c’est l’histoire de nos vies, en fait. Le travail d’artiste étant aussi un travail du moment et de l’instant, j’ai écrit des chansons en faisant un amalgame entre cette Odyssée et ce que nous vivions. Calypso avait retenu Ulysse une dizaine d’années et cette histoire m’a évoqué les couples qui se sont retrouvés ensemble H24 du jour au lendemain. Le moly, c’est cette plante magique qu’Hermès donne à Ulysse comme antidote pour ne pas être transformé en monstre. J’en ai fait une chanson très introspective en y mêlant l’histoire de ma vie, qui n’a pas toujours été ultra joyeuse.

Il est d’ailleurs assez sombre dans son ensemble ce mini-album…

De base et de fait je ne fais pas de la musique de boute-en-train (sourire). Mais il y a tout de même des rythmes latins plutôt dansants. J’ai en tout cas souhaité cette espèce de contraste assez fort entre les textes et la musique.

Tu publies un vinyle. C’était important à tes yeux de matérialiser ce projet avec un bel objet ?

Oui. On vit dans une époque où tout est dématérialisé, et a fortiori la musique. Et donc, éditer un vinyle était essentiel à mes yeux. Il y a un côté un peu fétichiste et collectionneur dans cette démarche, c’est sûr. Mais le vinyle a ceci de supérieur au CD, c’est que tu le perds pas. C’est un objet précieux, presque de décoration.

On a parlé de « L’Odyssée » d’Homère qui est le fil d’Ariane qui se tisse tout au long de ce mini-album, mais je suppose que tu as eu d’autres sources d’inspiration…

Bien entendu. Je pense à Nietzsche et Baudelaire que j’ai beaucoup lus. Il y a la littérature scientifique et les livres de philo aussi que je lis beaucoup en ce moment. Je lis un peu tout ce qui me tombe sous la main en fait (sourire)

« Ulysse » sort dans des circonstances totalement inédites, sans concert notamment, comment le vis-tu ?

Je suis sincèrement un peu dégouté parce qu’on avait mis en place pas mal de dates avec Dionysos et d’autres artistes. Ma dernière date de concert doit remonter à décembre 2019, en première partie de Vanessa Paradis. Du coup, en tant que musicien de scène, je ne le vis pas bien, c’est certain. La scène me manque. Et en même temps, je me dis que cette période est une aubaine créative pour travailler sur le deuxième album et d’autres projets. Mes journées sont plutôt très bien remplies. Par contre, l’industrie de la musique est en train de crever littéralement, et ça, c’est épouvantable. Pour les artistes, mais pas seulement, les techniciens et tous les métiers qui tournent autour du monde du spectacle, c’est une catastrophe que nous vivons. Beaucoup commencent à être dans le besoin.

Un mot sur ta collaboration avec Yara Lapidus. Tu viens de lui écrire plusieurs chansons pour son nouvel album.

J’ai eu la chance de lui donner deux titres et succéder ainsi à Gabriel Yared, un monument de la musique de films, qui avait composé les titres de son précédent album. Et c’est l’occasion aussi pour moi de travailler avec Jean-Louis Piérot et l’équipe d’Etienne Daho qui ont mis en place ce disque. C’est un super album en tout cas qu’elle est en train d’enregistrer.

Thomas Monica - DR
Thomas Monica – DR

Un mot sur le clip de « Calypso ».

C’est un clip beaucoup plus solaire que celui de « Moly », qui va bien avec la chanson, qui est plus joyeuse dans un certain sens. Nous le tournons très bientôt [notre interview a été réalisée fin avril, NDLR]

Tu as fait quelques concerts en live streaming. Ça se passe comment ?

C’est assez angoissant de jouer seul devant son téléphone ! (sourire) C’est chelou. C’est la conjoncture qui veut ça. Ce n’est pas le gros kif, mais c’est aujourd’hui une des rares alternatives aux vrais concerts, donc, nous n’avons pas trop le choix. Ça permet de garder le lien avec les gens qui nous suivent. C’est une période dans laquelle on a besoin d’humain, de contact… et on fait avec les moyens du bord…

La suite, c’est quoi ?

Je prépare un nouvel album. Probablement pour 2022, mais c’est un peu trop tôt pour en parler. Ce qui est certain c’est que « Ulysse », je le vois comme une parenthèse ancrée dans le temps entre le premier et le deuxième album. Et donc, je ne pense pas que l’on retrouvera des titres de ce mini-album sur le deuxième. J’aime l’idée du concept-album. Donc chaque projet est unique et propre à lui-même. Chaque projet a sa propre cohérence.

Propos recueillis par Luc Dehon le 27 avril 2021.
Photos : DR

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Author: Luc Dehon