INTERVIEW – Rencontre avec RoBERT

RoBERT © Guillaume Rabeyrin

Après quelques années de silence, la chanteuse RoBERT est de retour avec un très touchant nouvel album intitulé « Le Chant des Égarés ». Séduits et interpellés par cet opus singulier et probablement l’un des plus personnels que l’artiste ait livré en trente ans de carrière, nous l’avons contactée afin d’en savoir plus sur sa genèse. L’occasion également d’évoquer son envie de remonter en scène, son rapport à l’écriture ou encore son parcours atypique dans le paysage musical français. RoBERT n’est pas une simple chanteuse, elle est une enchanteresse.

De l’eau a coulé sous les ponts depuis la publication du dernier projet sous le nom de RoBERT. C’était « Aux marches du palais » en 2012. Il y a eu ensuite ce projet commun avec George Pappas « Art Plastic Noise » en 2014. Puis le silence.

Effectivement. On va résumer cette période en disant « grave problème de santé ». Je ne pensais pas pouvoir rechanter un jour. Je ne pensais pas pouvoir recommencer à écrire… J’étais seule et dans un piteux état perdue quelque part dans le centre de la France que je connaissais mal. J’écoutais en boucle la musique d’un compositeur dont je suis fan, Alien Skin [George Pappas, NDLR], avec qui j’avais travaillé sur le projet « Plastic Art Noise ». Il chante en anglais, je ne comprenais pas les paroles. Je l’ai écouté sans cesse… Et puis un jour, ne me demandez pas comment ni pourquoi, je serais incapable de vous répondre, un premier texte m’est venu. Ce texte est devenu la chanson « Je veux ». J’ai été très surprise que l’écriture me revienne. J’ai donc embrayé tout naturellement sur d’autres chansons… jusqu’à arriver à un nombre suffisant pour un album. Les musiques d’Alien Skin se sont imposées à moi.

Vous le dites vous-même, c’est un album sans hit.

Oui, il n’y a aucun hit, du moins aucune prétention de hit. Ce sont des chansons très intimistes. De toute façon, est-ce que je fais ce métier pour aligner les hits ou être célèbre ? Non. Je le fais uniquement pour procurer des émotions. Donc, j’ai assumé le fait de publier un album sans hit… Vous savez, il y a très longtemps, Laurent Voulzy avait publié un 45 tours dont la Face A n’a pas été appréciée en radio. En face B, ils avaient mis ce qu’on appelle une « chanson poubelle » en qui personne ne croyait. Cette chanson, c’était « Belle-Île-en-mer »…

Quand on regarde votre discographie, j’ai envie de dire que cet album est le plus personnel que vous ayez publié. Vous le dédiez d’ailleurs à votre papa.

Je suis d’accord avec vous. Mes précédents albums étaient bien entendu très personnels eux aussi, forcément, puisque j’écris toujours mes textes sans réfléchir. Ça vient d’un jet, je n’ai pas le temps de penser à quoi que ce soit. C’est comme le sang qui coule quand on s’ouvre les veines. Ça coule  comme ça. Je ne réécris jamais mes chansons. Je ne les retravaille pas.

Jamais ?

Non ! (éclats de rires)

Depuis quand écrivez-vous ?

(sourire) D’après mes parents, depuis l’âge de quatre ans… Mais mes premiers souvenirs remontent à mes onze ans. Je n’ai jamais cessé d’écrire. Quand j’étais danseuse, j’écrivais. Quand j’étais comédienne, j’écrivais aussi. Et puis un jour, j’avais arrêté la danse, j’ai vu Catherine Ringer et les Rita Mitsouko. Je me suis dit que je pourrais redanser en chantant. Il a fallu que je trouve un compositeur et puis… hop ! C’était parti.

Écrivez-vous aujourd’hui pour les mêmes raisons qu’hier ?

Je crois qu’il n’y avait pas de raisons hier. Et il n’y en a pas plus aujourd’hui.

Quelles ont été vos principales sources d’inspiration sur ce disque ?

Je n’en sais rien. J’ai écrit dans une période où je ne voyais personne. J’étais seule. Totalement seule dans un appartement au Puy-en-Velay que j’ai quitté depuis. Ce n’est donc pas la rencontre avec d’autres personnes qui a pu m’inspirer. C’est difficile de répondre à votre question, parce que je n’ai pas de réponses.

RoBERT, Le chant des égarés
RoBERT, Le chant des égarés

Avez-vous relu « Les Égarés » de Frédérick Tristan ?

Non. D’ailleurs, pour la petite anecdote, l’album ne devait pas s’appeler « Le chant des Égarés ». Vous savez, j’ai toujours une mauvaise opinion de moi. J’avais tellement honte de publier un album aussi intimiste… que je m’étais dit qu’il s’appellerait « Bout de moi », comme si je donnais un petit bout de moi comme ça, sans prétention. Et puis, mon ingénieur du son qui est à mes côtés depuis 1990 m’a dit « RoBERT, ce n’est pas possible, toutes tes chansons sont magnifiques, mais la chanson phare de ce disque, c’est Le Chant des Égarés. Cet album, c’est le chant des Égarés. » Ayant une confiance aveugle en cet homme, j’ai dit « D’accord ».

Sans renter dans l’explication de texte, exercice toujours un peu scolaire et stérile, y a-t-il selon vous un fil rouge qui se tisse au fil des chansons de ce « Chant des Égarés » ?

Je pense qu’il y en a un, oui. Mais ce n’est pas à moi de le révéler. Ce sont les gens qui vont écouter ce disque qui m’en parleront. J’ai d’ailleurs toujours beaucoup de mal à me remettre à l’écriture d’un nouvel album quand j’en termine un. J’ai besoin du retour du public pour ressentir ce que j’ai écrit. C’est le public qui me donne cette envie d’écrire à nouveau. Pour en revenir à votre question, ce fil rouge, je pense sincèrement qu’il existe. Mais je ne le connais pas encore…

L’album bénéficie d’une très belle édition physique avec des illustrations de Sauveur Carlus. Comment avez-vous travaillé avec lui ? S’est-il greffé aux chansons que vous lui avez confiées ou avez-vous travaillé main dans la main dans le processus ?

Sauveur s’est greffé au projet. Les chansons existaient déjà quand il a commencé à dessiner. J’adorais son travail. J’ai lu beaucoup de livres sur lui, j’ai aimé ses dessins et ses peintures. Il est juste incroyable. J’avais envie pour une fois de ne pas mettre de photos de moi dans ce disque. On m’avait assez vue sur les réseaux sociaux ! Je me suis dit « ça suffit ! » J’avais l’envie de travailler avec un artiste qui aillait illustrer mes chansons. Tout s’est fait en vingt minutes à peine. Il m’a téléphoné et m’a demandé ce que je voyais sur chaque chanson. Sur « Je veux », par exemple, je voyais une toute petite personne avec un petit couteau devant un géant. Sur « Écris-moi une lettre », je voyais un lit couvert de lettres. Sur d’autres chansons, comme « Juste en fermant les yeux », je ne voyais rien. C’était le noir. Lui a alors laissé aller son imagination. Nous avons donc travaillé main dans la main. Certaines idées étant de moi et d’autres de lui, mais c’est toujours lui qui a illustré. Je ne sais pas dessiner.

J’allais vous poser la question. Dessinez-vous vous-même ?

Absolument pas. Des fois, je m’amuse à mettre de la peinture sur des toiles avec un couteau. J’ai les mains qui tremblent et je ne sais peindre qu’au couteau. Mais je ne suis pas peintre, je fais juste ça par plaisir.

« Le Chant des Égarés » bénéficie d’une édition physique très classieuse, sous forme de livre-disque. Comment est née cette idée ?

C’est une idée que j’ai eu très rapidement. Je ne voyais pas l’intérêt de publier un énième CD cristal ou un digipack. C’est tout juste si les gens ont encore chez eux un lecteur CD !… Personnellement, j’en ai un seulement depuis trois mois, donc vous imaginez… (sourire) Il n’y a quasiment plus de CD qui sortent, si ce n’est pour quelques gros vendeurs. Je savais que ce ne serait pas avec ce disque que j’allais me faire de l’argent. Le métier a changé et nous, artistes chanteurs, travaillons autrement. Nous vivons avec les concerts aujourd’hui, plus qu’avec les ventes de disques. Donc, pour ce retour, je voulais un « objet cadeau ». Je voulais quelque chose de beau et de grand. Le coffret fait donc quelque chose comme 18 cm sur 18, à peu près la taille d’un 45 tours. Je voulais que le CD soit noir comme un vinyle, avec des striures, et que le livret soit bien fourni, au moins une trentaine de pages. Tout ceci était très clair dans ma tête. Et j’avais à cœur aussi que cet objet ne soit pas trop cher. Je suis toujours embêtée quand je dois fixer un prix… Mais le coût de fabrication d’un tel objet n’est pas donné. Et la Covid n’a pas joué en notre faveur, avec l’augmentation de certaines matières premières. J’ai donc essayé de fixer un prix honnête.

De toutes les chansons qui composent cet album, y en a-t-il une pour laquelle vous avez une tendresse particulière ?

« Le bout du monde », sans aucune hésitation. Et c’est embêtant parce que c’est un titre qui n’a quasiment pas de paroles… (rires) J’adore cette chanson. J’ai d’habitude un regard assez critique sur mes chansons. Mais celle-ci, elle me plaît beaucoup. « Si le bout du monde était une fleur, j’irais la cueillir pour toi »… j’aime bien l’idée du bout du monde…

Nous avons parlé tout à l’heure de votre collaboration avec George Pappas / Alien Skin dont la musique s’est imposée à vous et vous a donné envie de vous remettre à l’écriture. Pourtant on retrouve une chanson dont la musique est signée Mathieu Saladin, « Prise au piège ». C’est une ancienne chanson ?

Oui… très ancienne ! Je l’ai écrite en 1986 et je n’ai jamais osé la chanter. J’ai retrouvé le texte, j’ai demandé à Mathieu si je pouvais garder la musique qu’il avait composée dessus à l’époque, et il m’a dit qu’il n’y avait aucun problème. C’est une chanson que j’avais écrite pour enregistrer une maquette lorsque je démarchais les maisons de disques, bien avant que je ne signe avec Sony Music pour l’album « Sine ».

Vous allez me trouver indiscret, mais avez-vous intentionnellement été rechercher cette chanson, ou est-ce le fruit du hasard ?

Je suis tombée par hasard dessus. Lorsque j’ai relu ce texte, je l’ai trouvé touchant. La décision a été rapidement prise. Plus de trente années plus tard, je me suis autorisée à la chanter.

RoBERT © Guillaume Rabeyrin
RoBERT © Guillaume Rabeyrin

Un mot sur la scène, maintenant. Vous avez toujours défendu vos projets sur scène. Quid du « Chant des Égarés » ?

J’y pense. Très fort. Je suis d’ailleurs en train d’essayer de booker une salle en ce moment. Je souhaite une salle pas trop grande. Je ne sais pas si les gens m’ont oubliée ou non. Après avoir chanté à l’Olympia, à La Cigale… je vous avoue que je suis un peu terrorisée par ce retour. Il y a cependant une salle dans laquelle j’ai déjà joué et qui me plairait bien… C’était un concert incroyable. On avait beaucoup ri. Pour la petite anecdote, j’étais tellement mal avant de monter en scène que je suis arrivée devant le public avant le spectacle pour expliquer qu’il m’était impossible de débuter le concert, que j’avais trop de trac … j’ai fait plusieurs allers et retours entre la coulisse et la scène en chantant « Dans la troupe, y’a pas d’jambes de bois… » [RoBERT entonne le titre]. Ça m’a détendue, et j’ai enfin pu démarrer le spectacle. Donc, je pense que si on arrive à trouver une date dans cette salle, ce sera dans cette salle que je remonterai sur scène…

Allez-vous intégrer l’œuvre de Sauveur Carlus dans la scénographie de ce nouveau spectacle ?

Oui, oui, oui, oui…

Et vous n’en direz pas plus…

Non, non, non, non… (rires)

Des clips sont-ils prévus ?

Oui ! Quatre clips sont prévus, et peut-être plus. Sur « L’Otage de tes pardons », je ne me voyais pas tenir le rôle d’une femme battue. Je trouvais ça un peu gore et indécent. Sauveur m’a donc proposé de faire un clip en dessin animé. Il a eu une très belle idée, que j’ai acceptée immédiatement. Pour le second clip, je le tournerai personnellement. Et puis il y aura d’autres clips… Je sais qu’il y a des chansons qui plaisent beaucoup à Sauveur, comme « Le bout du monde », mais qui ne sortiront pas forcément en single, et qu’il a envie de les mettre en images… Quelques dessins animés devraient voir le jour prochainement.

Ça fait plus de trente ans aujourd’hui que le public a découvert cette étrange RoBERT qui se promenait sur la bande FM… Trente ans, c’est vertigineux. Quel regard jetez-vous sur votre parcours ?

J’ai envie de vous dire que jusqu’à ce matin, je ne portais aucun regard. Et puis, est arrivé un livre… Amélie Nothomb a écrit un livre sur ma vie il y a quelques années, le « Robert des noms propres ». Mon ex-mari, Mathieu Saladin, a voulu aussi écrire un livre, le « Robert des non-dits », dans lequel il retrace une grande partie de ma carrière. Contrairement à moi, lui n’a rien oublié. Pas le moindre détail. Rien. Je l’ai lu ce matin pour la première fois et toute ma carrière m’a été livrée ainsi noir sur blanc. Et là, je me suis dit « Quelle chance, j’ai eu ! ». J’ai eu la chance d’avoir tellement de fans qui m’ont portée et aidée. Ils sont venus filmer mes concerts, ils ont fait des montages, des clips, ils ont vendu du merchandising, ils ont aidé à la conception de certains décors… C’est incroyable. J’ai eu une chance inouïe d’avoir de tels fans. Ce sont eux qui m’ont portée. C’est grâce à eux que le « Tour de France » a pu exister. Je n’avais pas de tourneur, et ce sont eux qui ont trouvé des salles en province. Et puis nous sommes partis sur les routes de France en camping-car… Si j’étais restée en major, pensez-vous que j’aurais un jour chanté à l’Olympia ? Je ne le pense pas. Jamais ils n’auraient pris de risque de programmer RoBERT à l’Olympia, puisque je ne suis quasiment jamais passée en radio, ou très peu. Et pourtant, je l’ai rempli à deux reprises. Voilà ce que je retiens de ces trente années et quelques poussières…

Après cette longue parenthèse, vous recommencez presque seule aujourd’hui.

Oui, j’ai presque envie de dire que je repars à zéro. Avec mon manager et quelques rares autres personnes à mes côtés. Vous savez, je me suis toujours assez peu souciée de ce que je faisais dans le passé. Je découvrais parfois même mes disques lorsque les fans me demandaient de les leur dédicacer ! (sourire) Aujourd’hui, c’est différent. Je suis de A à Z chaque détail. Je fais attention à tout. Et puis après presque dix ans d’absence, j’ai peur que les gens ne m’aient oubliée…

Vous pensez qu’on oublie les chanteuses qu’on aime ?

Oh oui ! Et plus vite qu’on ne le pense. (sourire) Mais là, je reçois les premiers retours quant au « Chant des Égarés », et je me dis une fois de plus que je suis chanceuse. Très chanceuse.

Comme vous venez de me parler du « RoBERT des non-dits ». Quel est le dernier livre qui vous a marqué ?

Je lis énormément en ce moment… il faut que je fasse un peu le tri dans ma tête ! (rires) [RoBERT réfléchit un moment] Il m’est très difficile de mettre un livre particulier en exergue, voire impossible. J’ai plutôt envie de vous parler de l’œuvre d’un auteur que j’aime énormément. C’est Stefan Zweig. J’ai tout lu (et relu) de lui, ses romans, ses biographies… Un roman comme « La pitié dangereuse », je l’ai probablement lu une dizaine de fois. Et à chaque fois, j’ai l’impression de lire une nouvelle histoire. Ma perception est différente à chaque lecture. Plus on relit un livre, plus on découvre des choses.

Un peu comme un disque.

Vous avez raison. D’ailleurs la première écoute d’un disque n’est généralement pas la meilleure. Je me souviens d’un patron chez Sony qui m’avait dit que la musique c’était comme une pommade. Quand on la pause sur un coup, ça ne fait rien. Et puis si on la masse, au bout d’un moment, elle pénètre et on commence à sentir ses bienfaits. À la première écoute d’un album, on trouve ça surprenant. À la deuxième, on devient curieux. À la troisième, on le déteste ou on l’aime. Il faut écouter un disque plusieurs fois avant de le découvrir véritablement.

À votre avis comment faut-il le découvrir ce « Chant des Égarés » ?

Certainement pas assis dans un canapé. Il faut s’allonger dans le noir et laisser la musique nous pénétrer. Peut-être faut-il s’endormir ? Je ne le sais pas… il faut l’écouter comme s’il n’était composé que d’une seule chanson.

J’allais vous faire la même réflexion. C’est probablement le premier album que vous publiez qui est construit comme une histoire à part entière. Il est assez narratif finalement.

Je l’ai remarqué aussi. En tout cas, il s’écoute comme ça. La première chanson que j’ai écrite, comme je vous l’expliquais tout à l’heure, c’est « Je veux ». Il était donc évident qu’elle se retrouve en première position sur ce disque. Après, je ne me rappelle plus dans quel ordre j’ai écrit les autres, mais au final, ça donne un album peut-être plus narratif, comme vous le soulignez. Mes précédents albums étaient une collection d’histoires, ici, c’est une histoire qui se déroule…

« Le Chant des Égarés » est paru il y a quelques jours maintenant, dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Je suis un peu surprise à vrai dire… (rires) J’ai reçu un mail de Believe m’indiquant que j’étais classée 37ème dans le top iTunes des ventes… Je suis restée perplexe. C’est une drôle de surprise.

En parlant de la distribution numérique, ne trouvez-vous pas dommage que certaines personnes vont écouter ce Chant sans regarder les illustrations de Sauveur ?

J’espère que mes chansons seules leur dessineront des dessins dans leur imaginaire. Et que leur imaginaire leur créera de belles illustrations. C’est ainsi avec la distribution numérique…

Une dernière petite question avant de vous quitter. Si le bout du monde était une fleur, quelle serait-elle ?

Un coquelicot. Ce n’est pas ma fleur préférée, mais j’ai toujours imaginé que le bout du monde était un coquelicot. C’est étrange. Si le bout du monde était une fleur, j’irais la cueillir pour toi… alors qu’on ne peut pas cueillir un coquelicot sinon il perd ses pétales…

Propos recueillis par Luc Dehon le 22 septembre 2021.
Photos : Guillaume Rabeyrin

Illustrations : Sauveur Carlus

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Author: Luc Dehon