INTERVIEW – Rencontre avec RoSaWay

RoSaWay @ Audrey + Wandy

Elle est flûtiste et vient du classique. Il est batteur et vient du blues. En couple à la ville comme à la scène, ils forment le tandem RoSaWay qui a déjà publié pas moins de deux EP (« Stranger » en 2019 et « Dreamer » l’année dernière) et plusieurs titres, dont l’excellent dernier en date « Midnight ». Séduits par l’univers métissé qu’ils développent sur scène, nous avons contacté Rachel et Stef pour en savoir plus sur leurs différents projets…

J’aimerais, avant de parler de vos nombreux projets, évoquer vos parcours respectifs dans les grandes lignes, ce qui vous a menés à fonder RoSaWay il y a quelques années. Venez-vous l’un et l’autre de familles de musiciens ?

Stef : Je viens d’une famille de musiciens, mon père est guitariste de blues et ma mère est pianiste. J’ai donc été initié à la musique très très jeune… presque in utero ! (sourire)

Rachel : Moi, je viens plutôt d’une famille d’intellos soixante-huitards… donc forcément dans laquelle on écoutait beaucoup de musique ! (rires) Et donc, très rapidement, j’ai été mise au Conservatoire. J’y suis rentrée à trois ans et en suis sortie à…  25 !

Tu as été professeure au Conservatoire également.

Rachel : Effectivement. J’y suis donc restée un bon moment !

Rosaway © Audrey + Wandy
Rosaway © Audrey + Wandy

Ton parcours musical, Rachel, est pour le moins « classique », au sens propre du terme. Tu as tout de même monté quelques groupes à l’adolescence ?

Rachel : Un parcours très classique, comme tu le dis. Et non, pas de groupes au sens où on l’entend à l’adolescence, mais bien des projets avec d’autres élèves du Conservatoire.

Toi, Stef, c’est l’inverse, je suppose.

Stef : Oui, j’ai monté quelques groupes…

Rachel : il était la star du lycée !

Stef : En fait, j’ai eu la chance d’être engagé dans des groupes pros ou semi-pros très jeune. Entre douze et seize ans, j’ai pas mal joué avec des gens qui avaient une sacrée expérience. Des musiciens d’une trentaine d’années qui étaient déjà pas mal implantés et qui venaient me chercher pour faire des tournées et des répétitions. Donc, j’ai assez peu connu les groupes d’ados de garage, j’ai eu la chance de tout de suite jouer dans des conditions assez sympas. Un fois, je me rappelle, nous avions joué dans la chambre de l’internat… et nous nous sommes fait virer !

Tu étais déjà presque pro à l’adolescence Stef.

Stef : Peut-être pas presque pro, mais je jouais tous les week-ends tout de même.

Que se passe-t-il dans vos vies de musiciens avant de fonder RoSaWay ?

Rachel : Il faut savoir que les musiciens classiques ont un parcours pro qui est très lié aux études. Nous continuons nos études jusqu’au moment où nous rentrons dans un orchestre. L’orchestre, c’est le Graal, surtout quand tu es flutiste comme je le suis. J’ai donc passé énormément de concours, tout en continuant à me former. Donc, mon parcours, c’est un Conservatoire Supérieur avec concours sur concours. Parallèlement, j’ai monté différents projets, comme une compagnie pour enfants qui mêlait la danse et le dessin, avec une amie contrebassiste. Après j’ai monté un quatuor et puis, j’ai accompagné différents chanteurs de variété française. Au fil des rencontres, j’ai fini par rencontrer un agent qui a pris un peu ma carrière en mains et du coup, j’ai fait pas mal de télés à cette époque. J’ai donc accompagné des Pop Stars comme on dit. Là, je suis rentrée de plein fouet dans l’industrie Pop. J’ai rapidement compris que c’était vers ça que je voulais me diriger.

Rosaway © Audrey + Wandy
Rosaway © Audrey + Wandy

Ce sont pour le coup, deux univers très différents l’un de l’autre.

Rachel : Complètement. Mais le chemin s’est fait très naturellement. Il a fallu, avec les différentes expériences, que je grandisse et que je comprenne vers quoi je voulais tendre. Le Conservatoire, c’est une grosse machine. Quand on est dedans, on ne se pose plus trop de questions, on suit le calendrier des concours. On les rate tous, évidemment, puisqu’il n’y a à chaque fois qu’un vainqueur. Du coup, on est dans cette dynamique et on ne se pose pas trop de questions. C’est vraiment au fil des rencontres hors Conservatoire que je me suis rendue compte qu’il y avait tout un tas d’alternatives dans le milieu musical que je ne connaissais pas. J’ai d’abord bifurqué vers le spectacle vivant, puis plus tard, la musique Pop. Après, j’ai rencontré Stef…

Stef : Tout est de ma faute ! (rires)

Rachel : Stef vivait aux États-Unis, je suis donc allée m’installer là-bas. Et c’est là-bas que je me suis rendue compte de la perméabilité des musiques. Ici, en France, ce n’est pas trop possible. Tu fais du rock ou du classique, de la Pop ou du Blues. Tout est très cloisonné, alors qu’aux États-Unis, tu es juste musicien et tu joues la musique que tu as envie de jouer. Un jour, tu fais du Gospel, un autre du classique, un autre de la Funk… Tout ceci m’a ouvert les yeux, en fait.

Toi, Stef, tu es professionnel depuis presque toujours.

Stef : J’ai eu mon statut d’intermittent du spectacle à 19 ans, juste après le Bac. Donc, oui, j’ai toujours été professionnel. À l’époque, il n’y avait pas tous les réseaux. J’ai fait beaucoup de salons et assisté à de nombreuses masterclasses. J’ai dépensé beaucoup d’argent en train à l’époque pour me faire un petit réseau en France et en Suisse. Mon mentor de l’époque m’a dit qu’il fallait que j’aie une certaine visibilité. Il m’a conseillé de publier une petite vidéo sur Youtube. Deux ans plus tard, le manageur d’Ana Popović, une grande guitariste de Blues, m’a contacté et m’a invité à aller passer une audition à Amsterdam. Comme quoi, même en 2008, sans les réseaux, c’est déjà grâce à Youtube que j’ai été pris dans la tournée d’Ana Popović en 2009.

Rachel : Nous avons failli nous croiser à cette époque. Nous aurions dû nous retrouver dans une soirée, que j’avais déclinée parce que je préparais un concours. Stef est parti juste après aux États-Unis. Finalement, ça restera un rendez-vous manqué.

Quand vous êtes-vous rencontrés ?

Stef : En 2013, dans un… mariage ! (rires) Un mariage dans lequel il n’y avait que des musiciens, mais donc pas du tout dans un contexte professionnel.

Vous avez rapidementeu  envie de partager un projet musical ensemble ? Vous venez tout de même de deux univers pas radicalement opposé, mais presque…

Rachel : Très honnêtement, quand nous nous sommes rencontrés en 2013, nous n’avions aucune envie de faire de la musique ensemble. À cette époque, Stef habitait aux États-Unis depuis un moment et il allait déménager pour la Nouvelle-Orléans. Sa vie était vraiment là-bas, donc, l’idée de faire de la musique ensemble n’est pas venue sur la table tout de suite. En 2014, on a enregistré « Libertango » en studio ensemble, plus pour le fun qu’autre chose. À la fin de cette année, Stef m’a invitée sur une date. C’est la première fois que nous jouions ensemble.

Stef : Là, on s’est dit que c’était très cool… (sourire) On a réenregistré un nouveau titre l’année suivante, un vrai titre qu’on avait composé ensemble, mais toujours pour la plaisir, pas du tout dans l’idée de monter un duo. Ce sont des personnes extérieures qui nous ont demandé si nous avions l’intention de monter un groupe… Et c’est parti comme ça. Finalement RoSaWay a mis quelques années à voir le jour officiellement. Ce sont plein de petites étapes qui nous ont mis sur ce chemin.

Rachel : Ça a été une histoire de timing. Stef en a eu marre de vivre aux États-Unis et de tourner là-bas. De mon côté, j’avais participé à quelques projets, mais j’avais envie de proposer ma propre musique. RoSaWay est né à ce moment-là.

Stef : Nous avons eu la même envie au même moment.

Quelles étaient vos envies précises justement à cette époque ?

Rachel : Jouer sur scène.

Stef : Oui c’est ça. Partager ce que nous avions créé ensemble.

Rachel : J’étais encore vachement interprète à l’époque. J’écrivais un peu par la force des choses. Je n’avais pas particulièrement le goût de l’écriture. J’écrivais très honnêtement uniquement parce qu’il nous fallait du matériel pour jouer. L’écriture à l’époque était un exercice assez scolaire pour moi, assez laborieux voire abscons et douloureux aussi. C’est en chantant et jouant sur scène que le goût de l’écriture est venu. C’est donc la scène qui est l’essence de RoSaWay.

Rosaway © Audrey + Wandy
Rosaway © Audrey + Wandy

Et aujourd’hui, tu écris avec plus de plaisir ?

Rachel : Avec plaisir, je ne sais pas… (sourire) L’écriture est toujours un exercice assez douloureux, mais disons que j’aime le faire… C’est paradoxal, je sais ! (sourire) L’écriture, c’est un accouchement, quelque part. Il y a beaucoup de doutes quand on écrit. Le masochisme le plus total va jusqu’à faire écouter aux autres ce que tu as écrit ! (rires) C’est un exercice ambivalent. Écrire seul, c’est douloureux. Présenter ses textes aux autres, l’est tout autant, mais différemment.

Comment bossez-vous tous les deux ? Qui amène quoi ?

Stef : Il n’y a pas de règles. Nous avons écrit et composés tous les titres à diverses époques et de manières très différentes les uns des autres. Un morceau peut venir d’un thème, parfois d’une harmonie… C’est variable.

Rachel : La constante, c’est que Stef est un peu l’électron libre du tandem. Alors que je suis très scolaire. J’essaye d’être méthodique et d’avoir une démarche assez claire et logique. Stef est plus dans le ressenti. Il est très sérieux quand on bosse sur un morceau, mais il est un peu plus foufou que moi…

Stef : Tu sais, je peux prendre beaucoup de plaisir à composer un morceau sur mon iPhone quand je suis dans le van ou dans le train. Les idées, je ne les commande jamais, elles viennent quand elles viennent. Ce n’est que le lendemain, à tête reposée, que je vais mettre tout ça à plat.

Rachel : Oh là là ! Je ne pourrais jamais faire ça !… Il faut que je me mette à table et que je bosse. Je reste vraiment un peu scolaire à ce niveau…

Stef : Pour la petite anecdote, un des premiers morceaux que j’ai écrits pour RoSaWay, et pour le coup, j’avais les paroles et le refrain, je l’ai écrit dans un van. Nous étions en tournée aux États-Unis et nous sommes passés devant la nouvelle prison d’Alcatraz à San Francisco. Tout d’un coup, paroles et musique me sont venues en têtes. Tout le monde dormait dans le van, je conduisais et donc je ne pouvais pas prendre mon téléphone pour enregistrer… du coup, pendant une heure et quart, je me suis chanté dans ma tête la mélodie et les paroles, pour ne pas les oublier. Ce n’est que quand nous nous sommes arrêtés que j’ai pris mon iPhone et que j’ai enregistré le tout.

Rachel : Après, quand il y a une idée sur la table, on se met sérieusement à bosser dessus. Nous ne sommes pas hyper prolixes à vrai dire. C’est quand on a besoin d’une nouvelle chanson ou qu’un thème nous semble intéressant à travailler qu’on se met au travail.

Rosaway © Audrey + Wandy
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Vous publiez un premier EP début 2019, « Stranger ». Qu’en retenez-vous de ce premier bébé ?

Rachel : Nous avions joué ces chansons à Los Angeles bien avant la sortie de ce premier EP, en janvier. Puis le EP est sorti. On a eu l’occasion de le jouer en France, en Italie, en Angleterre, en Belgique… On a tourné un clip en Italie. On a fait une petite tournée complètement homemade en Californie. Et on a joué notre dernière date de 2019 en décembre. Donc, nous avons eu une année complète pour faire vivre cet EP… et il a bien vécu ! « Stranger », c’est vraiment le premier bébé qui nous a donné des ailes et qui nous a donné l’envie d’aller plus loin… C’est marrant par ce que la couleur de « Stranger » est différente de celle de « Dreamer ». Il était plus mélancolique, peut-être pas sombre, mais avec cette patine un peu jazz…

Stef : N’aie pas peur des mots, Rachel, il était plus sombre… (sourire)

Rachel : (sourire) Plutôt mélancolique, clair-obscur… D’ailleurs « Dreamer » qui est paru en 2020 a eu des couleurs plus solaires, puisqu’il avait été écrit pendant cette année 2019 qui fut si riche et si intense. Très honnêtement, 2019, c’est clairement l’année la plus riche et la plus intense pour RoSaWay à mes yeux.

Finalement, « Dreamer » qui est sorti en plein confinement a bénéficié de toute cette lumière et ces couleurs autour de la sortie de « Stranger ».

Stef : C’est tout à fait ça, parce que pour le coup de parcours de « Dreamer » est très très différent… puisque c’est l’année du confinement.

Justement, parlons-en. « Dreamer », lui, est sorti en 2020. Année plutôt morose… Il a été porté par des titres comme « Good for you » ou « It’s alright ».

Rachel : Oui et non… (sourire) Oui, parce que 2020 a été une année pénible et vraiment pas chouette du tout, c’est un fait. Nous avons tous été embarqués dans la même crise sanitaire. Mais non, en ce qui concerne RoSaWay précisément. Cette crise sanitaire nous a permis de nous mettre en pause d’une certaine manière. Comme nous te l’expliquions, 2019 a été une année très intense, et 2020 s’annonçait l’être encore plus. On avait booké beaucoup de concerts, nous avions le projet d’aller nous installer aux États-Unis, nous avions signé pas mal de sponsoring… Bref, le process était en route et l’année s’annonçait très très chargée. Du coup, avec ce confinement et tout ce qui s’en suit, nous avons été obligés de nous mettre en pause. Nous avons appris que le Président avait décrété le premier confinement en sortant de scène, c’est le public qui nous l’a annoncé. Et très bizarrement et paradoxalement, j’ai été soulagée. J’ai un peu honte de le dire, mais c’est ainsi. Après, évidemment, nous ne nous attendions pas à ce que ce soit aussi long.

Stef : Nous avions une vingtaine de concerts programmés, la deadline pour l’EP arrêtée et nous avions assez peu de temps devant nous. Je ne pense pas que sans le confinement, nous aurions pu aller au bout de tout ce qui était programmé.

Rachel : Après ce soulagement relatif… Nous avons tout de même été effrayés ! Très franchement, quand on a vu que ça s’éternisait, on s’est demandé ce que RoSaWay allait devenir, si le projet allait survivre à cette presque apocalypse. Il faut se remettre dans le contexte, toutes les dates étaient annulées ou reportées et les visions sur le futur étaient vraiment restreintes.

Stef : Pendant trois jours, on s’est posé beaucoup de questions. Soit on arrêtait tout, soit on mettait à profit ce temps qui se dégageait comme par magie pour booster RoSaWay. Il faut savoir que le projet nous coûte beaucoup d’argent, nous prend beaucoup de temps et demande beaucoup d’énergie, donc… la question méritait d’être posée. Il faut savoir prendre des décisions… Réflexion faite, nous avons pris l’option de mettre les bouchées doubles et travailler dix fois plus que de par le passé.

Rachel : Dès le premier lundi, on a eu l’idée de faire un live stream. On a été dans les premiers à faire un live confiné, du coup, il a été vu et partagé des milliers de fois. C’était complètement fou. Et là, on a compris qu’on n’avait qu’une seule option : continuer et aller de l’avant. Du coup, 2020 a été une année un peu compliquée. Comme tout le monde, on ne savait pas quand ça allait reprendre. Cette course contre la montre, sans savoir quand le chrono allait s’arrêter ou redémarrer, ça a été très difficile à appréhender. Nous avons la chance d’être deux et de vivre ensemble. C’est aussi ça qui nous a fait tenir. Nous avons beaucoup d’amis qui évoluent dans des groupes. Les groupes ont été, de fait, séparés et ça a marqué un clap de fin pour beaucoup. Le fait de ne plus se voir, de ne plus pouvoir répéter, de ne plus pouvoir jouer, le fait aussi que les dynamiques aient changé… tout ça a tué de nombreux projets. Nous, le fait d’être ensemble à la ville comme à la scène, a été notre force. Nous avons profité de ce temps qui nous était accordé pour rentrer dans notre bulle d’écriture.

Stef : Finalement, c’était une période ultra enrichissante. Nous avons beaucoup composé pour RoSaWay, évidemment, mais aussi tout un tas de mini-morceaux pour les réseaux. Tout ça nous a permis de rester inventifs et créatifs. Au final, ça nous a permis de toucher un tout autre public que celui qui s’intéressait déjà à notre projet.

Rachel : C’était une période où les gens étaient très en demande de culture, et ça nous a permis de fédérer pas mal de gens autour du projet. Le confinement a donné une belle visibilité à RoSaWay, et donc, ça, c’était aussi très positif pour nous.

Stef : Notre salon est devenu d’un côté un studio photo et vidéo. De l’autre, un studio d’enregistrement avec micros et tout ce qu’il faut pour enregistrer dans de bonnes conditions. Le confinement a donné une nouvelle dynamique au projet. Et cerise sur le gâteau, nous avons même réussi à booker quelques dates (rires) ! On n’a pas le droit de dire ça, mais 2020 nous a permis d’avancer… (sourire)

« Midnight » a été écrite quand temporellement parlant ?

Rachel : Pendant le troisième confinement. En avril / mai dernier, en fait. C’était une chanson que nous avions déjà et que nous avions arrêté de jouer. On trouvait qu’elle avait quelque chose d’intéressant, mais qu’à côté, il lui manquait un truc. Du coup, on lui a ajouté ce petit twist avec quelques mots en français.

Stef : On a tout de même complètement refait la musique. On a juste gardé les paroles anglaises d’origine, pour garder le thème. Et on lui a ajouté quelques mots en français.

Rosaway © Denis Piednoir
Rosaway © Denis Piednoir

Ça lui a apporté quoi ces quelques mots en français ?

Rachel : Beaucoup de choses finalement, et à des aspects différents. Pour les gens qui ne parlent pas anglais, ça lui donne une petite touche sucrée et gentille. Alors que pour ceux qui comprennent l’anglais, le texte est tout de même assez épicé et truffé de mots d’argot que certains américains n’osent même pas prononcer… C’est drôle parce que la presse française a reçu le titre comme quelque chose de lollipop, tout doux, tout sucré. Alors que la presse américaine a vu ce titre très différemment… Les francophones y voient une minette qui se fait avoir où les anglophones y voient une nana qui insulte le gars en question !

L’envie du français était là depuis un moment ?

Stef : Clairement non. On en avait déjà parlé, mais ça ne faisait pas partie de nos préoccupations à vrai dire. Il fallait juste que ça se défende artistiquement parlant.

Rachel : L’histoire de RoSaWay s’écrit et s’écrira clairement en anglais. Déjà pour des raisons évidentes de sonorités et de musicalité de la langue. Mais nous sommes français et notre musique est métissée, donc, ponctuellement, mettre du français a du sens. Sur ce titre, « Midnight », le français me permettait dans l’interprétation d’aller plus loin, donc, le choix se justifiait parfaitement. La partie anglaise était assez osée, le français me permettait de contrebalancer ça.

Et dans le futur, vous allez aller vers plus de français ?

Rachel : Uniquement au cas par cas, si ça se justifie. Même si, je ne te le cache pas, nous avons eu beaucoup de retours très positifs. Et pas que du côté francophone. Beaucoup d’étrangers sont en demande de français. Le français a ouvert une nouvelle porte, que nous exploiterons certainement dans le futur, mais ponctuellement.

Vous avez fait le choix de publier une live session pour « Midnight » et pas un véritable clip. Une façon d’annoncer le changement de line up sur scène ? Puisque vous êtes désormais quatre et plus deux…

Stef : Oui et non… On a voulu en tout cas un mix entre le clip et le live. On a dirigé cette live session de A à Z, que ce soit au niveau des lumières, du stylisme, des plans ou du montage.

Rachel : Nous ne devions pas être ici, normalement, mais aux États-Unis. Nous aurions dû tourner là-bas, et nous n’avons pas pu y aller donc, nous avons tout préparé ici assez rapidement. Après, comme tu le soulignais, cette live session nous permettait aussi d’ouvrir ce nouveau chapitre avec ce changement de line up, puisque nous sommes désormais quatre sur scène.

Ajouter deux musiciens sur scène, c’est beaucoup plus riche, mais plus lourd aussi…

Rachel : Surtout que nous nous occupons de la prod nous-même… (sourire)

Stef : à dire vrai, nous sommes cinq sur la route aujourd’hui. Quatre sur scène et un ingé son en régie. Ce sont des billets de trains et des chambres d’hôtel en plus… C’est vrai que c’est plus conséquent !

Rachel : Et puis au niveau de l’organisation, ça change tout. Nous deux, nous nous connaissons tellement qu’on n’a pas toujours besoin de se dire les choses pour se comprendre. On se fait totalement confiance !… Avec d’autres personnes, c’est très différents. Nous sommes devenus « chefs d’entreprise » avec ce changement de line up. Avant, tout était très calme entre nous deux. Là, c’est différent : RoSaWay est devenu une équipe aujourd’hui. C’est une nouvelle étape, qui est extrêmement enrichissante.

Stef : On a la chance d’être cinq individus qui nous entendons très bien tous ensemble. C’est un peu le principe d’une grande famille.

Rosaway © Denis Piednoir
Rosaway © Denis Piednoir

La suite, comment l’envisagez-vous ? Un nouvel EP ? Un album ?

Stef : Nous n’avons pas le fantasme de l’album.

Rachel : Soyons pragmatiques. Un album coûte très cher et le processus est très long. Si tu n’es pas appuyé par un gros label qui met de l’argent sur la table, c’est très très compliqué. Une sortie de disque a toujours quelque chose de violent. Donc, en autoprod, je ne me sens pas d’affronter ça. Toi non plus, je pense, Stef.

Stef : Non, non. Nous n’avons pas les épaules à vrai dire. Le projet RoSaWay est encore trop jeune pour penser à un album. Ça me bloquerait, je pense, de penser à la sortie d’un album en 2023 ou 2024.

Rachel : Le format de l’EP est plus léger. Il permet de tester des choses rapidement, de rester dans l’immédiat et le spontané. Et ça nous correspond très bien pour le moment. Si demain, on rentre dans une grosse écurie, avec une production solide derrière nous, on verra les choses différemment, c’est certain. Mais en autoprod, non, a priori pas d’album tout de suite.

Stef : Le fait d’avoir pu, sur « Dreamer », faire cinq clips ou live sessions, ça nous a permis de grandir. Avec un album, nous n’aurions pas pu le faire. Et nous avons besoin de grandir encore.

Du coup, que va-t-il se passer dans les prochaines semaines / prochains mois ?

Stef : Nous attendons avec impatience les résultats pour les nominations pour les Grammy le 23 novembre. C’est une première étape, une grosse étape.

Rachel : Ce sera un très bon indicateur pour nous de savoir combien de personnes ont auront voté pour nous. Avoir été prénominés, ça nous a donné des ailes. Ce n’est certes pas une nomination, mais disons que ça nous a donné confiance en nous, et une belle exposition. On est en compétition  avec de très grosses productions, et rien que ça, ça nous prouve que notre projet tient la route.

Stef : Et puis, nous avons les concerts qui reprennent dès la fin novembre, avec une première date en première partie de China Moses [le 21 novembre à La Traverse (Cléon – 76) dans le cadre du 22ème festival Chants d’Elles, NDLR]. Ensuite, on va enchainer les dates jusqu’à Noël, on va aller en Belgique notamment. Et puis, les dates reprendront en 2022.

Rachel : Après, il devrait y avoir un nouveau titre au printemps, quelque chose comme ça. Mais dans un avenir proche, c’est avant tout la scène.

Vous avez de la matière ?

Stef : On a des choses intéressantes sur la table, peut-être même un featuring… Qui sait ?!… (sourire)

RoSaWay va, de titre en titre, vers quelque chose de plus solaire, plus lumineux. Plus pop finalement.

Stef : Peut-être est-ce parce que nous sommes de plus en plus heureux ?… Il se passe tellement de belles choses autour de ce projet ! RoSaWay, c’est notre vie, c’est notre bonheur. Je n’ai jamais été aussi heureux de ma vie que depuis que nous nous sommes lancés dans ce projet avec Rachel. Même s’il y a des hauts et des bas, comme on le dit dans « On your way up » d’ailleurs, même si on gravit une colline et qu’on tombe souvent du mauvais côté, il y a bien un moment où on va tomber du bon. En tout cas, ce que nous vivons avec Rachel avec RoSaWay, je le souhaite à tous les musiciens et artistes. C’est incroyable. Donc, je te rejoins quand tu dis que nous allons vers quelque chose de plus solaire de titre en titre…

Propos recueillis par Luc Dehon le 4 novembre 2021.
Photos : Audrey + Wandy , Denis Piednoir (série Midnight)

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Author: Luc Dehon