Interview – Rencontre avec Weekend Affair (Louis Aguilar & Cyril Debarge)

Weekend Affair © Die Frau

Le tandem lillois Weekend Affair a publié il y a quelques semaines un excellent (et le mot est faible) nouvel album intitulé « Quand vient la nuit ». Séduits par ce projet, nous avons été à la rencontre de Louis et Cyril pour en savoir plus sur ce projet élégant fortement inspiré, comme son nom l’indique, par la nuit. L’occasion également d’évoquer le parcours du groupe et ses aspirations.

« Du rivage » est paru en 2018. Que retenez-vous de l’exploitation de ce précédent album et finalement, quel a été le terreau de « Quand vient la nuit » ?

Louis : « Du rivage » est un album qui a vraiment marqué un virage dans le projet. Déjà, le passage au français. Je pense que c’est à partir de cet album qu’on a trouvé la forme de Weekend Affair. Avant, j’ai envie de dire que c’était comme un autre morphe, finalement… Et puis, c’est avec ce disque que Weekend Affair est sorti du côté « side project » des débuts. Il faut savoir que notre tandem a d’abord été créé sans grandes ambitions. C’était un projet un peu rigolo qu’on menait en parallèle de nos autres projets respectifs. Sur « Du rivage », nous avons fait le choix de nous investir à fond dans ce projet. Du coup, il a vraiment trouvé son identité. L’écriture en français a beaucoup joué dans ce sens, je pense. En tant qu’auteur, je suis moins parti dans le fictionnel, du coup, les textes ont beaucoup plus collé à ma personnalité. Au bout du compte, « Du rivage » nous a montré l’étendue des possibles qui s’offraient à nous. Aussi, il nous a permis de voyager. On a joué en Russie, au Portugal, en Allemagne, en Belgique… J’ai envie de dire que c’était la première pierre de l’édifice Weekend Affair, les autres productions étant les fondations. Et ce nouvel album, du coup, s’inscrit comme la suite logique, toujours plus proche de nous.

Weekend Affair, Quand vient la nuit
Weekend Affair, Quand vient la nuit

D’ailleurs, quand on regarde les tracklistings des deux albums, « Du rivage » se terminait par « La fête est finie » et « Quand vient la nuit » débute par « Fini de jouer ». On est dans la continuité.

Louis : Ah Ah ! Tu es le premier à nous le faire remarquer et c’est marrant que tu le notes… (sourire) En fait, ça n’a pas été pensé comme tel, mais c’est logique. D’ailleurs, quand j’y pense, « La fête est finie » est un titre qui aurait très bien pu être sur « Quand vient la nuit ». C’est un morceau de transition, tout comme « Fini de jouer ». Et les deux titres dont tu parles racontent à peu près la même chose. Tourner une page.

Vous êtes-vous remis rapidement à travailler sur « Quand vient la nuit » après la sortie de « Du rivage » ?

Cyril : Comme te le disais Louis, « Du rivage » a marqué le début d’une nouvelle façon de penser le projet. Très honnêtement, avant la publication de « Du rivage », je me suis clairement posé la question de savoir si je n’allais pas arrêter la musique et reprendre un métier normal. Parce que c’était dur, on n’avait pas d’élan… Du coup, « Du rivage » nous a donné un nouveau souffle. J’ai d’ailleurs été agréablement surpris du succès, du moins de l’écho, que l’album a reçu. Il nous a tout de même emmenés sur la route pendant près de trois ans. Du coup, ça m’a remis du baume au cœur et m’a donné l’élan pour continuer à explorer la musique, puisque pour Weekend Affair, j’essaye de chercher les ambiances musicales qui vont donner à Louis le décor adéquat pour écrire ses textes. Je me suis donc remis à recomposer dans mon coin, à bidouiller avec des synthés, à expérimenter des grilles d’accords… J’ai beaucoup cherché et j’ai accumulé pas mal de matière. Par contre, on n’avait pas forcément pris conscience qu’on se mettait en route pour un nouvel album. On n’avait fait aucun plan sur la comète, aucun planning. C’est la rencontre avec Antoine Brun qui a tout chamboulé et tout éclairé, d’une certaine manière. Il a mis un peu de sens dans nos idées et nos plannings. Comme on produit nos disques nous-mêmes en toute indépendance, ça fait peser pas mal de responsabilités sur nos épaules. Avec son énergie et sa clairvoyance, Antoine a mis de l’ordre dans tout ça, il nous a permis de poser des dates, des deadlines, et nous a éclairés sur tel ou tel autre morceau, etc… On était en 2019 à cette époque. Nous devions sortir le disque en 2020, puis la Covid est passée par là et ça a tout décalé. Donc, le terreau de « Quand vient la nuit », c’est deux/trois ans de recherche musicale, puis la rencontre avec Antoine qui a été décisive pour amener les morceaux au bout.

Weekend Affair © Die Frau
Weekend Affair © Die Frau

Comment la pandémie a-t-elle impacté votre projet ?

Cyril : La première semaine du confinement, on enregistrait les voix def de l’album. Les mixes étaient terminés. Potentiellement, on avait dans l’idée de sortir le premier single à l’été. Du coup, on a un peu zoné comme tout le monde… On peut dire que la pandémie nous a bouffé un an et demi dans notre projet.  Mais on a tout de même rencontré une super directrice artistique, Sylvie Die Frau, pour les photos et tout le travail visuel. Le temps dégagé, nous l’avons donc mis à profit pour travailler sur toute l’esthétique visuelle du projet qui n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui. On a travaillé avec des stylistes, et finalement, le résultat est vraiment sympa. Avec le recul, aujourd’hui, quand je vois les photos et l’histoire que le visuel raconte autour de notre musique, ce n’était pas du temps perdu. C’était même bénéfique.

Louis : Il faut dire qu’on a aussi une bonne tendance à voir le positif dans les évènements, même quand c’est difficile. Et là, quand le premier confinement est tombé, on s’est mis à l’évidence : nous avions eu la chance de ne pas sortir notre album juste avant. On savait qu’on avait encore toutes nos cartouches dans les mains, contrairement à d’autres qui avaient sorti leur projet à ce moment-là ou juste avant. C’est d’ailleurs ce qui m’a rendu le plus triste pour mes amis musiciens. Certains avaient sorti leur disque deux semaines avant le confinement et booké toute une série de concerts et de festivals… Et malgré les reports, il y a plein de dates qui sont tombées à l’eau et l’engouement est retombé. Une sortie de disque, c’est toute une dynamique qui se met en place. Et là, pour eux, tout s’est effondré. Nous, nous étions dans la bonne position, finalement, puisque rien n’était encore sorti.

Qu’est-ce qui a nourri ce disque ? Quelles ont été vos principales influences ? Mis à part Antoine Brun et Sylvie Die Frau, avez-vous fait d’autres rencontres décisives ?

Louis : De mon point de vue, en grande partie, ce qui a nourri les idées de textes, c’est l’introspection. Je me suis juste rendu compte de plein de choses avec le temps… je n’avais plus envie de sortir et ce genre de choses. Pour la petite histoire, lorsque j’écrivais les premiers textes, j’étais allé à un enterrement de vie de garçon à Lisbonne. J’étais avec plein de trentenaires qui ne pensaient qu’à faire la fête. J’avais beau avoir 27 ans, j’avais déjà une fille et je n’avais déjà plus envie de sortir faire la fête. J’avais envie de tourner la page. Nous logions à onze dans un appartement et nous avions deux clés. Une pour moi, une pour les dix autres, parce que je rentrais me coucher avant tout le monde. Je me levais quand ils rentraient de soirée. Là, je me suis dit qu’il y avait quelque chose de changé dans ma vie, je que je n’étais plus vraiment le même. Alors que deux ans auparavant, j’étais celui qui rentrait à neuf heures du matin ou… qui ne rentrait pas d’ailleurs ! (sourire) J’ai senti à cette époque que je n’en étais plus capable et que je n’en avais plus envie, tout simplement. C’est de là qu’est venue toute cette introspection et je parle beaucoup de ça dans les textes de ce disque. Rentrer tard, avoir l’impression d’avoir perdu mon temps à certains moments… Beaucoup de choses ont changé dans ma vie. Je vois les choses différemment. Est-ce que je me sens bien dans cette nouvelle vie ? La réponse est oui. Sans rentrer dans de grandes considérations philosophiques, il y a une forme de thérapie dans ces textes-ci. Et puis, dans une forme plus artistique, la musique que j’écoute, de la Folk américaine ou du Bluegrass instrumental, ne me sert pas beaucoup dans Weekend Affair. Je lis beaucoup de livres, essentiellement de la littérature japonaise. J’adore Noragami et les récits qu’il fait de la nuit. Ce sont des personnages qui se croisent le temps d’une seule nuit. J’aime ses descriptions de la nuit. Elles m’inspirent beaucoup.

Cyril : En ce qui concerne la partie musicale, sur cet album, c’est un peu le best of de ce qui a inspiré le plus Louis sur trois/quatre ans de recherches nourries par de grandes tendances. « J’ai mis mon survêt » vient d’une recherche plus électronique. J’écoute beaucoup de musique en règle générale. Là, j’écoute beaucoup de jazz dans une veine très pop, genre BadBadNotGood. C’est ce qui va nourrir les prochaines expérimentations musicales. C’est comme ça que je fonctionne, je me laisse influencer par ce qui me plait. Je compose beaucoup et nous ne gardons que les ambiances instrumentales qui suggèrent à Louis un décor mental pour une bonne histoire. C’est comme ça qu’une chanson démarre. Parfois, je lui soumets des trucs que je trouve vraiment géniaux, et je vois directement dans son œil de poisson mort que ça ne l’intéresse pas… (sourire)

Louis : De toute façon, si ça ne me parle pas, je fais autre chose ! (rires)

Cyril : On se connait suffisamment maintenant pour que je sache en dix secondes si une instru l’inspire ou pas. On a suffisamment de matière sonore pour explorer tout un tas de choses.

Weekend Affair © Die Frau
Weekend Affair © Die Frau

La nuit a beaucoup inspiré Louis dans ses textes, avais-tu, toi aussi, quand tu composais des images de nuit ou pas du tout ?

Cyril : Non, pas du tout à vrai dire. Je ne compose pas avec des images ou des histoires en tête. C’est plus tout un travail sur le groove d’un morceau, une grille d’accords intéressante ou l’émotion pure qui s’en dégage qui m’importe. C’est plus la beauté de la prod et les enchainements entre couplets et refrains que je recherche. Ça reste un travail purement musical. Je fais de la musique pour la musique.

Avez-vous l’un et l’autre une petite anecdote à me raconter autour d’un titre qui pourrait permettre, par exemple, aux gens qui la connaitront d’écouter le titre différemment et le percevoir autrement ?

Cyril : C’est un peu du domaine privé, mais je fais partie de ces couples qui ont explosé pendant le confinement. Je me suis donc séparé de la nana avec laquelle j’étais depuis un paquet d’années. Je me souviens que je suis arrivé pour la dernière session d’enregistrement des voix, Louis chantait « Juste un rêve », et j’ai été carrément bouleversé d’entendre cette chanson qui ne parle pas de ça, mais qui reflétait à certains égards ce que j’étais en train de vivre dans un présent très douloureux. Mettre fin à une relation, même si c’est une relation qui doit se terminer, ça reste des moments très tristes. Du coup, je me suis pris une très grosse claque émotionnelle lors de l’enregistrement de « Juste un rêve ». Je pleurnichais littéralement sur mon tabouret…

Louis : Je raconte déjà beaucoup de choses dans les chansons… Mais… et ce sera plus une remarque qu’une anecdote, je ne sais pas pourquoi, mais toutes les chansons que j’écris sur la nuit se passent à Paris. Sur le précédent album, le titre « Descends », je l’imaginais sur les Grands Boulevards. Des morceaux comme « Quand vient la nuit » ou « Te regarder danser » se situent à Paris rue Oberkampf. « Te regarder danser », précisément, je la vois dans un club où j’étais allé il y a quelques années, le « 1999 ». Alors que je n’ai jamais vécu à Paris de toute ma vie et que je n’y ai pas passé beaucoup de soirées, ne me demande pas pourquoi, mais dans mes chansons, je suis Louis Garrel à Oberkampf. Alors que ce sont mes propres histoires, mais je transpose le décor à Paris. On donne le décor qu’on veut à nos souvenirs, finalement… et tous mes souvenirs, je leur ai donné un autre décor, plus cinématographique, plus parisien…

Un mot sur le clip de « Fini de jouer ». Quel est votre rapport à l’image ?

Louis : Le clip, c’est un passage « obligé », du moins un minimum. Finalement, nous ne sommes pas trop, avec Cyril, de la génération Instagram. J’ai le sentiment d’avoir un peu loupé le train d’Instagram, plus par refus de monter dedans qu’autre chose, d’ailleurs… Nous vivons dans une époque de culte de l’image qui ne m’intéresse pas vraiment. Mais étant des artistes à vocation publique, nous nous devons de véhiculer une image. Et comme nous te l’expliquions tout à l’heure, nous avons vraiment pris ce paramètre au sérieux sur ce disque, en raison de la pandémie. C’est donc Die Frau notre directrice artistique qui a fait venir une styliste pour travailler notre visuel. Pour ce disque, on est clairement dans une image plus maitrisée. Avant, on prenait la première veste et la première paire de chaussures dans le placard, on les enfilait et on prenait des photos. Point barre. Là, le point de vue est très différent. Les images sont plus travaillées et recherchées.

Cyril : J’ai eu plusieurs aventures de groupe et j’ai sorti plusieurs paires de clips. J’en ai même réalisé quelques-uns. Donc, la vidéo est un plaisir pour moi. Mais ça reste un plaisir douloureux, parce que c’est beaucoup d’énergie et d’incertitude tant que ce n’est pas dans la boîte… Entre ce que tu vises et ce que tu récupères, il y a toujours un petit distinguo. Mais ça fait partie du jeu ! Le clip se pose comme un objet artistique à nos yeux, c’est certain, mais il reste un outil de promotion, il faut garder ça à l’esprit. Un clip doit répondre à des besoins précis, il doit pouvoir passer en télé pour faire la promo de la chanson, il se doit de raconter un tant soit peu l’histoire de la chanson, sans pour autant l’illustrer littéralement. Et puis, il doit être assez simple dans le sens pouvoir parler à tout le monde. C’est ce qu’on a essayé de faire avec le clip de « Fini de jouer » en racontant une histoire d’amour, sans rester trop classique dans la mise en scène. On s’est dit qu’on allait parler de ce qu’est Weekend Affair. Je suis celui qui essaye de mettre le tempo dans les idées et même le planning. Comme nous sommes indépendants, je m’occupe un peu de la production, donc dans la voiture… Louis, il est là avec son talent et il attend que je l’emmène. Nous souhaitions mettre ça en avant, moi au volant et Louis sur sa remorque, tous les deux allant vers notre destin. On a trouvé cette idée pour raconter une histoire autour du changement, puisque c’est une chanson de transition comme le soulignait Louis. On a ajouté aussi une dimension surréaliste un peu lynchienne, avec des allers-retours dans le temps pour nous parler dans le passé et dans le futur.

Weekend Affair © Nicolas Djavanshir
Weekend Affair © Nicolas Djavanshir

Quid du prochain clip ?

Cyril : Eh bien… on se pose énormément de questions en ce moment. Il faut déjà qu’on choisisse le single, qu’on bosse sur un scenario… C’est une toute nouvelle aventure qui se profile ! Comme nous ne venons ni l’un ni l’autre du monde de l’image, c’est toujours un peu compliqué à mettre en œuvre. Autant la musique, c’est notre rayon, autant l’image, c’est une autre paire de manches ! (sourire) Mais on apprend tranquillement…

Vous avez joué ces nouvelles chansons au Backstage à Paris il y a quelques jours. Comment ont-elles été accueillies par le public ?

Cyril : Plutôt bien. On a construit le set de manière à ce qu’il y ait un roller coaster, on commence fort, puis on calme les choses avant de repartir dans le final avec une grosse énergie.

Louis : C’était un concert un peu particulier. Il y a eu un beau moment de connexion avec le public. Je me suis emmêlé les pinceaux, je ne me souvenais plus des paroles, pris par l’émotion. J’étais complètement ailleurs. J’ai eu besoin de prendre une pause et discuter avec les gens. C’est la première fois que je le faisais. C’est à ce moment que j’ai pris vraiment conscience que le disque était sorti… (sourire) C’était donc un vrai concert de sortie de disque. On a eu de supers retours du public. Les gens ont bien accroché. C’était un concert super agréable. Ça nous a fait un bien fou.

Vous avez un nouveau line up, vous désormais êtes trois sur scène.

Louis : Oui. Là, on a un nouveau gars avec nous sur scène, John. Avant, j’étais au chant et à la basse, et Cyril à la batterie et aux machines. Là, John prend la basse et les machines. Ce qui permet à Cyril de se concentrer sur la batterie et moi sur le chant. C’est une formule qui nous permet d’être présents à 100%. On découvre un nouveau groupe, finalement, puisque nous avons fait seulement quatre ou cinq dates avec cette formule.

Un vinyle a été édité, comme pour tous vos précédents projets. J’imagine que c’était capital à vos yeux.

Louis : Oui. C’était primordial.

Cyril : Nous faisons partie de cette équipe qui écoute du vinyle et qui aime le vinyle. Donc, oui, c’était évident. Il était hors de question de ne pas en éditer un.

Louis : Et même d’un point de vue purement artistique, je trouve que ç’aurait été vraiment dommage de ne pas mettre en valeur toute l’identité artistique que Die Frau a développée autour de cet album. Le vinyle est le seul format qui permet de se prendre un disque en pleine face. C’est beau, c’est grand, c’est un objet à part entière. Elle s’est donné tellement de mal que le sortir juste sur un format CD, ç’aurait été dommage.

Weekend Affair © Nicolas Djavanshir
Weekend Affair © Nicolas Djavanshir

L’album est sorti il y a quelques jours maintenant, vous avez déjà joué les chansons sur scène. Dans quel état d’esprit êtes-vous l’un et l’autre aujourd’hui ?

Cyril : Là, clairement, on a envie de le jouer sur scène. On est en train de travailler avec les gens qui nous entourent pour mettre en place quelques dates.

Louis : Et puis, tranquillement, on est en train d’écrire de nouveaux titres. On est dans les startingblocks. Allongés mais on y est ! (sourire)

Propos recueillis par Luc Dehon le 16 décembre 2021.
Photos : Die Frau (couleurs), Nicolas Djavanshir (nb)

Liens utiles :
Facebook : @ weekendaffair | https://www.facebook.com/weekendaffair
Instagram : @ weekendaffair | https://www.instagram.com/weekendaffair/

Author: Luc Dehon